Créature d’habitudes et d’états intérieurs consciencieusement inscrits dans mes journaux, j’ai pourtant longtemps été profondément déprimée par les bilans. Je les faisais quand même, parce que mon esprit à la fois cartésien et control freak avait besoin de mesurer le chemin parcouru. Mais, invariablement, j’étais déçue. De moi-même et de la vie : j’en avais des projets, et pourtant invariablement aussi, la vie me mettait des bâtons dans les roues. J’ai commencé une bucket-list en 2016, quand je reprenais mes études, et au début, mes objectifs sur cette liste étaient si minuscules qu’ils en étaient tristes. « Gagner un SMIC au moins une fois dans ma vie. » Arrêtons-nous un instant sur l’état d’un monde qui fait rêver le SMIC à une jeune femme de 22 ans. Je peinais à imaginer un mieux.

2020, la pandémie et mon existence bouleversée par l’écriture et son succès imprévu. Une année que je n’avais pas eu le loisir de mal vivre « comme tout le monde ». Là où la solitude et l’incertitude pesait sur beaucoup de monde, moi j’étais épuisée de sur-sollicitation sociale, et mon horizon qui s’ouvrait, large et prometteur. Mon rêve réalisé : vivre de l’écriture, au moins un temps. 2021 a eu cette saveur-là aussi.

Comme il m’arrive des trucs zinzins, j’ai décidé pour 2021 de faire une rétrospective mois par mois et épaulée par mes photos publiées sur Instagram. 12 mois d’écriture, de rencontres, de joie. Il y a, bien sûr, eu des difficultés, des moments durs et des passes à vide. J’en ai parlé à mesure que je les traversais. Alors pour cet article de blog, le dernier de l’année : que du bon, du bien, du beau. La positive attitude.


Janvier

Je rencontre ma Chien fou, qui me tatoue, et je mets donc les pieds pour la première fois dans ce qui deviendra quelques semaines plus tard mon lieu de travail. Je me rappelle avoir tergiversé brièvement mais très très fort : allais-je avoir les moyens de me payer ce loyer supplémentaire ? J’ai décidé de tenter le coup. J’avais besoin d’un endroit à moi où écrire, j’avais envie d’aller au bureau, d’avoir des collègues. En janvier, je commence à construire mon mode de vie choisi, rêvé. Je ne passerai pas un jour de cette année sans me dire que j’ai sacrément de la chance.

Février

Je découpe, colle et réarrange : Aux endroits brisés n’a pas encore ce titre mais il occupe une grande partie de mes pensées. Ça fait déjà quelques mois qu’on en parle avec mon éditrice et mon agente, mais j’ai du mal à réaliser que c’est vrai de vrai, que je travaille à une version d’un texte qui va sortir, en librairie et tout. Couper dans le tas, ça rend tout ça tangible. J’aime passionnément ce moment où, assise par terre sur le plancher brut, je deviens artisane de mes mots. (Le plus difficile est à venir.)

Mars

Je passe le mois beaucoup sur les routes : de Bruxelles je repars avec des spéculos, de Paris j’apprends que j’aime bien le whisky. Je recommence à tisser des liens sociaux, c’est étrange de voir des vraies gens après le moment de la promo de Moi les hommes où j’ai surtout parlé à des écrans. Je retrouve mon amour du train, de n’y rien faire ou d’y travailler. Le printemps arrive, mordant, et moi je me dis qu’une vie comme ça, d’arrêts à quai entre deux voyages, j’aime un peu bien je crois.

Avril

Je saute les deux pieds dans le vide : je décide d’écrire une infolettre presque toutes les semaines et de proposer un format payant. Je suis loin de me douter que vous allez autant être au rendez-vous. J’aime dire que j’écris surtout pour moi et si ça plaît à d’autres, tant mieux — c’est un peu vrai, mais dans la newsletter hebdomadaire, il faut quand même que ça plaise, sinon ça fatigue sans raison. Vous êtes là, ça vous plaît, moi aussi. Je continue. Les blogs sont peut-être en train de pousser leur chant du cygne, mais on trouvera toujours des manières d’écrire en ligne et d’être lu·es.

Mai

Je rencontre une vingtaine de personnes créatives, joyeuses, géniales et sincères, dans un château improbable à côté de Limoges (que je n’ai toujours pas vue, à ce moment-là). J’ose enfin parler de mes projets d’écriture à d’autres écrivantes, j’emmagasine les conseils, j’écris sur mon petit iPad sous un grand arbre en fleurs, je prends un énorme coup de soleil. Je me sens un peu décalée, pas tout à fait à ma place, mais je pense qu’on est plusieurs dans ce cas, à cette rencontre. Et je me dis qu’accepter ce sentiment collectivement permet de créer de nouveaux espaces. Je ressors de ce château forte d’amies et d’idées.

Juin

C’est le mois des ateliers Rébellion avec Six-Cent-Soixante Simones, un mois fou : on fait 4 ateliers au lieu des 2 prévus, je réalise un zine avec tous les textes partagés par les participantes, je suis enflammée à chaque rencontre. C’est notre deuxième mois d’ateliers avec Marion et je commence à comprendre un truc : j’adore ça, j’adore inventer des manières de faire venir l’écriture, j’adore écouter ce qui vient, et j’adore la confiance que les participantes placent en ma guidance. Je me sens douée pour ça, et je décide de ne pas faire la fausse modeste. Les ateliers d’écriture deviennent mon deuxième métier.

Juillet

Je pars en vacances, et comme chaque année je mets un point d’honneur à vraiment déconnecter. J’essaye d’apprendre à faire du vélo (ce n’est pas très fructueux), je passe une soirée géniale avec une toute petite fille trop marrante (j’adore les enfants), je dors tard et je lis énormément. J’ai besoin de beaucoup de vacances dans la vie, et je réalise qu’en devenant adulte ça devient de plus en plus difficile d’en prendre vraiment. Comme si le repos total était une illusion derrière laquelle on courait. Par exemple, pendant celles-ci, je pense à mon roman dont les épreuves m’attendront à mon retour. Tic-tac tic-tac.

Août

Je rentre travailler et j’adore ça. Les habitudes se créent facilement, moi retrouver les 30 min de marche pour m’assoir à nouveau à mon bureau, je kiffe. Je lis les épreuves d’Aux endroits brisés et le plus difficile est de prendre assez de recul pour me poser la question cruciale : En suis-je suffisamment fière ? Je tâche depuis quelques mois à mettre de la fierté dans mon travail. Ça se tricote ça, parce que la fierté c’est vu comme de l’ego mal-placé. Mais à quoi bon publier un livre dont on est pas fière ? Quand j’approuve le BAT je peux dire sans sourciller, que je suis fière de mon roman. Ça me soulage, un truc de fou.

Septembre

Il passe à toute vitesse celui-ci, et il se termine par un des jours les plus fous de ma vie : la sortie de mon roman. Cette semaine-là, une amie chère et chérie était venue célébrer ce grand moment et le jour J, on a fait le tour des librairies pour en avoir le cœur net. J’ai fêté la sortie dans la plus chouette librairie (L’Affranchie) avec quelques unes des personnes les plus importantes à mes yeux. Et après j’ai fait semblant de m’en fiche, que vous l’achetiez ou pas, que vous l’aimiez ou pas. (C’était totalement faux, évidemment que c’est turbo important pour moi.)

Octobre

Je vais à Florence avec Julie. Il fait super chaud, on dort dans un hôtel 4*, on mange tout le temps, on se balade mais on fait tout le temps le même trajet — ça ne me gêne pas trop, on traverse mille fois l’Arno, j’ai l’impression d’être dans une chanson. Je participe à une table ronde hyper sérieuse où apparemment je fais rire l’assistance, et quand je descends de scène, Gloria Steinem passe à 30 cm de moi. Je manque m’évanouir. Et puis je vais boire un Spritz. Cette nouvelle vie est effarante.

Novembre

De lui j’avais mille choses à vous dire : Toulouse, Francis Cabrel, le MOB Hôtel de Lyon et son fabuleux petit-déjeuner… mais je dois choisir alors je parle de la retraite de yoga du tout début du mois, celle où j’ai fait pour la première fois de ma vie, assistée et rayonnante de fierté, une roue qui m’a ouvert la cage thoracique et laissée pantelante et vidée. Au coin du feu chaque jour je notais des pages et des pages, d’un peut-être futur roman ou d’un journal intime, et j’ai noté tous les détails. Les yeux des femmes qui m’ont accompagnée pendant ces 5 jours, surtout, aux couleurs de l’amour.

Décembre

Et voilà une nouvelle année qui s’achève : j’ai eu 27 ans, me suis gorgée de l’amour de toutes les personnes qui m’entourent, j’ai fêté un Noël en famille inoubliable, et je n’ai presque aucune photo de l’Alsace où je suis terrée depuis quelques jours, parce que je ne fais que bouquiner et regarder des séries au fond du lit du minuscule AirBnB qu’on a loué. Et je n’échangerais ma vie pour rien au monde. C’est ce que je trouve le plus beau dans tout ça : je suis tellement amoureuse de l’existence que j’ai. Ça valait le coup d’attendre, et maintenant je vais en profiter.

Une nouvelle révolution s’achève. Pour moi le réveillon sera minuscule et grandiose, comme je les préfère : mon amoureux près de moi, à manger et dormir longtemps, parce que c’est agréable.

En termes de résolutions, je vais juste faire en sorte de me remettre à méditer quotidiennement, comme j’en avais pris l’habitude au retour de ma retraite de yoga. Ça m’avait fait énormément de bien, et je vais avoir besoin de ces 30 minutes rien qu’à moi ces prochains mois, aussi longtemps que ce sera possible.

Pour 2022, je me souhaite de m’habiter toujours mieux. D’entendre à mon oreille ma musique intérieure. Et d’aller au-devant de la vie le cœur généreux et les yeux toujours émerveillés.

À vous aussi, je souhaite le meilleur.

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4 Comments

  • marie
    Posted 1 janvier 2022 à 20:21 0Likes

    Quelle si belle rétrospective… de ta si belle plume.
    Je te souhaite un 2022 aussi joli que 2021 et de continuer à chérir ton existence.
    Bises.

  • Céline
    Posted 1 janvier 2022 à 23:22 0Likes

    Merci de nous partager cette belle rétrospective. Je te souhaite que tes vœux pour 2022 se réalisent !

  • Lucie
    Posted 2 janvier 2022 à 15:43 0Likes

    Très bonne année Pauline. J’adore les bilans et les rétrospectives alors merci de partager la tienne. :)
    J’espère que tu pourras vivre de l’écriture longtemps. Moi je crois que j’ai enfin accepté l’idée de ne pas en vivre, ça va laisser de la place pour autre chose et c’est bien aussi. :D

  • Échos verts ❀ Natasha
    Posted 5 janvier 2022 à 17:11 0Likes

    Bonjour Pauline,
    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette retrospective de ton année 2021 ! Je te souhaite de continuer à t’épanouir dans ton travail d’autrice et au-delà en cette nouvelle année.

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