En novembre 2017, je me lance dans mon 6e challenge du NaNoWriMo. Cette fois, je suis déterminée : je veux écrire une histoire de bout en bout, ne pas m’arrêter avant d’avoir fini. Ça fait plus d’un an que cette phrase me trotte dans la tête, “Limoges, c’est une ville où l’on va pour mourir”, plus d’un an que j’ai ce tatouage sur l’avant-bras pour me rappeler la scène, que j’ai une note dans mon téléphone appelée “idées” et qui contenait au départ : “Titre : Limoges pour mourir ? L’histoire d’une fille qui va à Limoges pour se buter ?”

Cette année sera la bonne, me dis-je dès le mois d’octobre. Je commence à prévoir, à planifier. J’entame un nouveau carnet, orange fluo, j’y fais des schémas, j’y colle des tableurs au préalable réalisé sur Excel, j’y dessine des cartes mentales pleines de flèches. Je rature et je recommence. Je colle un calendrier d’objectifs à la porte du bureau. Je m’entoure soigneusement en demandant à deux amies, une qui écrit et une qui lit, de relire ma production au fil de l’eau pour m’encourager. Quand vient le 1er novembre, je suis dans les starting blocks et je me lance dans ce marathon qu’est le NaNoWriMo.

Le 30 novembre, j’ai atteint les 50 000 mots mais je n’ai pas terminé l’histoire. Alors je continue, sans relâche, sans répit, et le 5 décembre, la veille de mon anniversaire, j’écris le mot “FIN” à mon manuscrit qui fait alors 62 000 mots et qui, je le sais déjà, n’est pas du tout terminé. Mais le premier jet l’est, lui, et avec lui je coche une grande case dans ma bucket list. J’ai écrit une longue histoire qui tient debout. Elle a de beaux moments, elle finit bien1 et j’en suis fière. Je sais que si j’en suis fière, j’aurai le courage d’y retourner, pour l’améliorer.

Du premier jet au second

Ça m’a pris plus d’un an avant que j’arrive à une version qui me semble présentable à des maisons d’édition. Je sais qu’il y a énormément d’appelé·es et très peu d’élu·es, je sais que publier un roman ne garantit pas de vivre de sa plume, je sais que c’est probablement voué à l’échec mais je sais aussi que je suis trop jeune pour renoncer à mon rêve si tôt, et surtout avant même d’avoir fait face aux portes, avant même d’avoir le cœur net quant à leur statut, ouvertes ou verrouillées ? Alors je tente le coup. J’envoie. Je me plante, on me fait parvenir des silences ou des refus polis. Je ne me démonte pas. Je sais que c’est dur. Je sais que peut-être ça n’arrivera jamais, et heureusement j’ai Internet comme plan B : je sais que si je le veux, je pourrai faire lire mon histoire même imparfaite à qui voudra bien la lire.

Et puis septembre 2019 arrive. Je suis contactée par Monstrograph pour écrire un livre qui, c’est sûr cette fois, sera publié. J’accepte, je me plonge dedans, j’oublie un peu cet autre manuscrit qui prend la poussière dans mon bureau, en me disant quelque part dans un coin de ma tête : “si ça se trouve, une fois mon premier livre publié, ça m’aidera pour le prochain”.2

En mars 2020 : peste internationale, confinement, librairies fermées, on repousse la sortie du livre à la rentrée scolaire en espérant que ça lui donnera une meilleure chance.3 Frustrée, en quête éhontée de validation extérieure, je mets en ligne gratuitement ce qui s’appelle alors Limoges pour mourir. Un chapitre par jour, pendant 36 jours. Chaque matin, j’espère qu’au moins quelques lectrices sont au rendez-vous. Mon vœu se réalise et je suis super contente que mes personnages rencontrent de vraies gens qui les comprennent.

Accélération des particules

Quand Moi les hommes, je les déteste sort et qu’il se passe ce qu’on sait, une des choses qui m’a permis de garder la tête hors de l’eau et de fixer mon regard vers l’horizon, c’est Julie, Julie Finidori qui me dit qu’elle a lu mon roman, qu’elle veut bien être mon agente à moi, représenter cette histoire et la faire devenir un livre. Alors que je traverse le plus dur, je me dis que si toute cette merde me sert au moins à pouvoir publier mon roman, alors ça en aura valu la peine.4 Et Julie trouve une maison à mon histoire. Magicienne, ange gardien, professionnelle inégalable.

2020 m’a apporté beaucoup de très belles rencontres, Julie en fait partie et Eléonore aussi. Éditrice à l’œil de lynx mais à la poigne douce, elle va m’aider pendant des mois à atteindre une version imperfectible de ce qui devient à un moment donné, Aux endroits brisés. Imperfectible parce qu’il est je crois impossible de produire une œuvre parfaite (il faudrait que le monde entier soit peuplé de clones aux goûts identiques pour pouvoir atteindre ce type de consensus), mais qu’on est arrivées au meilleur qu’il était possible de faire. Il était question de rendre cette histoire à la hauteur de mes standards nouveaux, ceux de la Pauline de 2021. Je ne pouvais pas me contenter de vous présenter un roman dont je ne pourrais que dire “je l’ai écrit en 2017 ! J’étais une autre personne à l’époque !”. Je devais être fière de le lancer au monde à l’heure où il sortirait, avec mon passif engrangé, mon vécu récent, pas seulement fière d’avoir réussi à l’écrire à 23-presque-24 ans sans l’assumer complètement.

On y a rajouté des pages, des mots, des métaphores, des rimes, des chapitres, de la profondeur, de la douceur, de la sororité, de la beauté, une scène de fête que j’ai écrite à l’heure où les fêtes ressemblaient à un souvenir enfoui dans le cerveau reptilien. On y a gardé tout ce qui était déjà parfait. Je dis “on” parce que je n’aurais jamais réussi à le faire sans Eléonore, sans Julie, et sans ma copine Anaïs qui me soutient depuis que j’écris. C’est moi qui ai écrit les mots, mais c’est vraiment le fruit d’un effort collectif.

Un livre, un vrai

Toutes les étapes m’ont enchantée. J’ai eu la chance, le privilège immense, de pouvoir travailler sur la version finale de ce livre comme unique job. Ça, c’est la joie matérielle la plus intense depuis Moi les hommes. J’ai étalé des pages sur le sol et j’ai découpé dedans. J’ai mis une seule chanson en boucle et j’ai écrit péniblement en râlant et en chantonnant. J’ai eu des blocages, j’ai eu besoin de réassurance, j’ai eu des épiphanies, j’ai eu des fulgurances. J’ai fait un moodboard, je suis allée rencontrer l’équipe de Fayard en chair et en os, j’ai reçu la couverture finale (dont l’illustration est de Mathilde Crétier), j’ai été émue : ça devenait tellement réel.

Et dans une semaine tout pile, ce sera là. Il est déjà arrêté, imprimé, en transit, je ne peux plus y toucher et sa forme finale vous appartient déjà. Il sera dans toutes les bonnes librairies, et dans les moins bonnes (je plaisante) vous pouvez le commander. C’est l’histoire d’Anaïs, d’une ville où l’on va pour mourir, et de tout ce qui nous en retient. C’est une histoire d’amour protéiforme et de ce qui se passe sous la peau.

Moi les hommes, je les déteste était mon premier livre, une aventure inattendue, une opportunité incroyable. Et le début d’un rêve pour celle qui, depuis le départ, voulait raconter des histoires, inventer des mondes, redessiner des contours. Je pense humblement qu’à mon échelle, je participe un peu à cette grande entreprise de transformer les imaginaires. J’espère de tout cœur, de toute âme, qu’Aux endroits brisés vous plaira.

Couverture "Aux endroits brisés"
19,90 € • 396 p.
parution le 29/09/2021
ISBN : 978-2-213-72095-1

Curieux·se mais pas encore tout à fait convaincu·e ? En vous inscrivant à ma newsletter, vous recevrez ce dimanche le premier chapitre d’Aux endroits brisés.

On se capte ? Je publierai sur mes réseaux sociaux (Instagram et Twitter) et dans ma newsletter les dates de rencontres organisées autour du roman, venez me faire coucou !


Notes

  1. Les fâcheux voudront crier “spoiler alert !” mais à ceux-là je répondrai : c’est le voyage qui compte, bien plus que la destination.
  2. Narrator: Little did she know.
  3. Narrator: Again, little did they know.
  4. Il faut noter que beaucoup de trucs méga chouettes me sont arrivés qui ont vraiment rendu “toute cette merde” parfaitement cool une fois dans le rétro.
Afficher les commentairesFermer les commentaires

21 Comments

  • Adrestia
    Posted 22 septembre 2021 à 07:53 0Likes

    Félicitations!

    J’avais lu « Limoges pour mourir » d’une traite lorsque tu l’avais rendu disponible, il m’avait remué et poussé à reprendre contact avec quelqu’un que je croyait perdu, pour le meilleur.

    Bien sûr que je vais commander la version 2.0! (Et la faire acheter par ma bibliothèque, je participe activement au peuplement de leurs étagères par des autrices que j’aime ;) )

    J’espère que nous aurons le plaisir de lire ta plume encore longtemps, hâte que ton deuxième essai sorte!

  • Azilis
    Posted 22 septembre 2021 à 10:43 0Likes

    Tellement émouvant de revenir sur cette histoire ! Je l’ai commencé tout doucement, après une longue période sans lire, et j’ai hâate de le poursuivre.
    merci et bravo Pauline <3

  • Claire
    Posted 22 septembre 2021 à 14:52 0Likes

    Oui c’était doux de lire « Limoges pour mourir », j’ai hâte de le retrouver, et un eu peur de le retrouver « changé ».

    • Pauline
      Posted 12 novembre 2021 à 10:52 0Likes

      Comme je comprends ! J’ai moi-même de l’appréhension que les changements ne soient pas à la hauteur. J’espère que cette version aboutie te plaira quand même :)

  • Célie
    Posted 22 septembre 2021 à 16:24 0Likes

    La joie que me procure la lecture de tout ce que tu fais est une constante, cet article ne fait pas exception. Merci d’avoir partagé cette genèse, elle dit bien toute l’aventure qu’est la création d’un livre. Je souhaite à Aux endroits brisés la plus belle des vies de papier, j’ai hâte de l’emporter partout avec moi :)
    Bravo Pauline !!

  • Laurelas
    Posted 22 septembre 2021 à 17:46 0Likes

    J’ai adoré Limoges pour Mourir, je suis donc fin prête à aimer tout autant Aux Endroits Brisés – merci encore et je suis (je te le redis) très heureuse pour toi et pour ce roman, peut-être le premier d’une ribambelle d’autres jolis romans qui peupleront nos imaginaires futurs <3

    • Pauline
      Posted 12 novembre 2021 à 10:52 0Likes

      Merci Yasmine, je suis tellement heureuse de partager cette histoire (celle du livre, mais aussi celle d’écrire !) avec de chouettes personnes comme toi. <3

  • Ophélie
    Posted 23 septembre 2021 à 06:47 0Likes

    Quel article doux à lire et quel joli chemin ton roman et toi avez emprunté là. Limoges pour mourir m’avait accompagnée dans les premières semaines du confinement et j’ai hâte de découvrir à présent Aux endroits brisés. Je suis vraiment ravie pour toi, Pauline, tu le mérites.

  • Natasha Échos verts
    Posted 24 septembre 2021 à 05:03 0Likes

    Je me souviens de ta motivation lors de ce fameux NaNoWriMo… c’était il y a si longtemps ?! Que de chemin parcouru depuis, de mots posés, de phrases retravaillées, de livres imprimés… Je me suis plongée avec joie et émotion dans « Aux endroits brisés » hier soir et ça m’a remuée, pour plein de raisons. Bravo pour ce premier roman Pauline !

    • Pauline
      Posted 12 novembre 2021 à 10:50 0Likes

      Merci immense, Natasha ! C’est très émouvant pour moi de revenir sur ce moment et de voir que des personnes comme toi suivent mon travail depuis tout ce temps.

  • Lolli
    Posted 25 septembre 2021 à 14:56 0Likes

    Bravo !! Hâte de le lire !!

  • Louise
    Posted 6 octobre 2021 à 12:02 0Likes

    bonjour,
    j’ai donné le titre de votre roman en suggestion d’achat à ma médiathèque … suggestion acceptée et le livre me sera réservé dès qu’il sera enregistré. Je suis bien contente !
    bonne journée

  • Axel
    Posted 13 octobre 2021 à 16:06 0Likes

    Félicitation, c’est un très beau projet accompli, très en phase avec ce que je découvre de vous depuis ce blog

  • Anaïs
    Posted 3 novembre 2021 à 20:24 0Likes

    Felicitations pour ton premier roman! Ça doit être si émouvant de découvrir son livre en librairie.
    Je viens de l’ajouter dans ma liste de Noël.
    Je crois que ce sera le premier livre que je lirais avec une héroïne qui a mon nom :)

  • Marie-Espérance
    Posted 3 novembre 2021 à 21:11 0Likes

    Je suis en pleine lecture du SP de votre roman, et quelle merveille ! Je prévois de le défendre avec passion dans la librairie dans laquelle je travaille :)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.