Au matin j’ai déjeuné
de fruits de brume
et de quelques mots d’amour.

Dans la nuit il y avait eu
les choses qu’on se dit
quand toute lumière a quitté le monde
sauf celle qui luit au fond des yeux.

Il y avait eu aussi les éclats
de rire aux larmes,
tessons magnifiques
aux couleurs chamarrées.

Avant ça Paris,
nimbée d’or en fusion,
se préparait à revêtir ses perles
et ses diamants.

Je suis partie le cœur en bandoulière.


Boulevard Voltaire, un enfant aux cheveux très noirs et très drus, sac sur le dos, a demandé son chemin. Une femme téléphone en main l’a guidé, c’est sur le trottoir d’en face mais je vais te montrer. Qu’est-ce qui a fait de cet enfant le solitaire, sans autre phare pour l’aiguiller que le visage bienveillant d’une femme, parmi tant d’autres visages alentours ? Est-ce Paris, tentaculaire et pourtant habitée, qui rend les parents moins soucieux ou les enfants plus autonomes, qu’alors ils peuvent aller chez le dentiste ou chez le professeur de piano ou à l’épicerie, sans supervision amarrée, avec confiance ? Je n’ai pas eu envie d’imaginer à ce petit garçon d’autres scénarios.


J’ai besoin
des silences pour arrimer
ma conscience à ce qui m’est autour ce qui
me compose et
me tend
toile sur un métier qui n’en finit pas
d’être brodé.

J’ai besoin
quand la foule se presse

et ses corps déchaînés
de me tenir
bien droite ou
pas tellement
drapée dans
les fumées, les voix
qui montent autour des gens
comme autant
de colonnes d’un
feu
tranquille.


Réconfort

Un grand tout
un nous
qui enlace
les sursauts inscrits
à l’encre indélébile
sur le verso de nos peaux
— ce nous
n’oublie personne.

Il est le poids de ta joue
contre la mienne
quand tu me presses
contre ton cœur
et qu’on bat
à l’unisson tous les obstacles qui
font l’erreur de se dresser
devant nous.


Le ciel est immense et dedans, le vide s’étend. J’y loge impunément quelques temps malheureux qui ont, par grand jeu de domino, donné naissance à de beaux rendez-vous. Accrocs dans le velours de la nuit, percés par la grâce, ils ont laissé filtrer les plus pures des lumières ; c’est comme ça que naissent les étoiles.

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3 Comments

  • Lucie
    Posted 23 juin 2021 à 12:49 0Likes

    C’est si doux et joli, Pauline ! Merci :)

  • Marie
    Posted 25 juin 2021 à 14:09 0Likes

    Quelle douce poésie, c’est très gracieux et agréable, cela change de ce que tu nous proposes habituellement à lire et j’aime toujours autant la sensibilité avec laquelle tu joues avec les mots, la langue, le rythme…

  • Élodie
    Posted 9 juillet 2021 à 06:52 0Likes

    Douceur dans mon coeur en lisant ces mots <3
    La poésie des petits moments banals du quotidien est de loin ma préférée.

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