Me voici de retour pour partager avec vous plusieurs de mes coups de cœurs culturels de ces derniers mois ! Le dernier épisode de cette série date de novembre, n’hésitez pas à aller y jeter un œil si vous voulez d’autres recommandations chouettes. Quand je me souviens de l’époque où je publiais un article de ce type tous les mois, je me dis vraiment, j’avais le temps. Anyway! J’en profite aussi pour vous dire que si vous avez envie de suivre plus au quotidien mes lectures, je tiens mon compte Goodreads avec une assiduité presque religieuse – et je recense sur Instagram toutes les œuvres aux autrices féminines, dans la story Culture, avec un bref avis. Il y a de quoi faire !

Comme d’habitude, un petit sommaire pour ne pas vous perdre :

  1. Les livres
  2. Le jeu et l’app
  3. La série
  4. Les newsletters

Les livres

La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, de Clémence Michallon

Pour être honnête, je ne sais pas si j’aurais acheté ce roman de moi-même si je ne connaissais pas Clémence Michallon. La quatrième de couverture ne me parlait pas particulièrement, et si on m’avait dit « c’est un roman qui parle de culturisme et de pâtisserie », j’aurais été interloquée. Un peu curieuse, mais peut-être pas au point de l’acheter. Mais je suis son autrice sur les réseaux et j’ai eu la chance de discuter longuement avec elle pour une interview autour de mon livre, et c’est sûrement ce qui a scellé mon acte d’achat. J’ai eu envie de lire ce roman écrit par une Française féministe émigrée à New-York. Et j’ai bien fait.

Dans ce roman, Clémence Michallon aborde des sujets qui me sont chers : l’identité, la féminité, l’avortement, les troubles du comportement alimentaire. Elle glisse tout cela dans la bouche et dans les gestes de personnages qu’on ne croise pas encore assez souvent. Une sœur lesbienne qui a recourt à la PMA, mariée à une femme noire, un collègue drag-queen, une protagoniste bisexuelle. Tout ce petit monde se côtoie avec beaucoup de naturel, prouvant ainsi à qui en douterait encore que cette normalité qui existe, doit être représentée. En lisant La dernière fois que j’ai cru mourir c’était il y a longtemps, j’ai ressenti quelque chose de réjouissant, à des années-lumière de la fadeur d’un casting blanc, hétéro et lisse.

Tout ça n’aurait pas grand intérêt si le roman n’avait pas des qualités intrinsèques importantes. Une plume fluide et belle, des émotions fortes font la substance de cette histoire qui, sans ces ingrédients importants, n’aurait pas autant de poids.

Résumé Ce premier roman de Clémence Michallon, qui vit à New York et écrit aussi bien en français qu’en anglais, nous introduit dans l’univers de trois personnages en pleine mutation : Véronica la culturiste, qui vit au rythme des séances d’entraînement, des repas calibrés au gramme près, de la fonte des graisses et de la prise de muscles. Camélia la pâtissière très chic, mariée à une tradeuse de la bourse de New York et clouée au lit par une grossesse difficile. Nico, qui se partage entre la pâtisserie le jour et les scènes drag la nuit. C’est aussi un roman des corps tels qu’ils sont, devraient être ou seront, au gré des transformations qu’entraînent la puberté, les régimes, la grossesse, le sport intensif, l’art de la séduction.

Normal People, de Sally Rooney

Je m’étais préparée à ne pas aimer Normal People. Ne me demandez pas pourquoi, un mélange de snobisme et d’appréhension – quand quelque chose plaît beaucoup, j’ai tendance à me méfier parce qu’inconsciemment j’aspire à faire partie de cette classe sociale qui prescrit la tendance, pas celle qui la suit (c’est complètement débile et j’essaye de m’en défaire, my very bad), et que les histoires d’amour c’est quelque chose de sensible pour moi.1 Au final j’ai adoré Normal People et j’ai fait de Sally Rooney mon plus récent objet d’obsession créative : comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et je dois apprendre à ne pas toujours me faire confiance.

C’est donc une histoire d’amour, qui prend place dans l’âge tendre entre la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte, un âge qui n’est pas si souvent représenté dans la littérature. (Et c’est presque un miracle que l’œuvre de Sally Rooney ne soit pas cataloguée « young adults », peut-être à cause des scènes de sexe explicites ?) C’est aussi une histoire de classe sociale – je ne vous ai pas raconté ma lutte intérieure pour rien plus tôt, ça avait du sens – entre Connell, dont la mère est la femme de ménage de la famille de Marianne. Ils sont aussi camarades au lycée. Rien que cette relation, irrémédiablement biaisée, est un coup de génie.

On les suivra jusqu’à l’université, dans leurs retranchements respectifs, dans leurs intimités les plus profondes aussi. J’ai aimé la sensibilité de Connell, un jeune homme qui pleure on n’en rencontre pas souvent, et j’ai aimé le stoïcisme traître de Marianne. Les dialogues sont surprenants : il n’y a pas de ponctuation pour les séparer du reste du texte, et ça participe à leur conférer une véritable fluidité, et une certaine ironie aussi. Bref, Normal People m’a plu, m’habite et m’apprend beaucoup de choses. Si, comme moi, vous hésitiez : je vous le conseille chaudement.2

Résumé Connell et Marianne ont grandi dans la même ville d’Irlande. Il est le garçon en vue du lycée, elle est la solitaire un peu maladroite. Pourtant, l’étincelle se produit : le fils de la femme de ménage et l’intello hautaine connaissent ensemble leur premier amour. Un an plus tard, alors que Marianne s’épanouit au Trinity College de Dublin, Connell s’acclimate mal à la vie universitaire. Un jour, tout est léger, irrésistible ; le lendemain, le drame pointe et les sentiments vacillent. Entre eux, le jeu vient tout juste de commencer.

Anaïs Nin, sur la mer des mensonges, de Léonie Bischoff

Les traits de cette BD sont franchement magnifiques. Tout au crayon de couleur avec des nuances chatoyantes, le dessin nous emmène dans la vie de l’écrivaine Anaïs Nin, connue pour ses journaux intimes et ses romans érotiques. J’étais inculte de cette autrice pourtant pionnière, mais à force de voir Diglee en parler, j’ai commencé à avoir envie de m’intéresser à elle, et quand ma copine Chien fou m’a proposé de me prêter cette BD, j’ai sauté sur l’occasion.

C’est une belle introduction à la vie mouvementée et complexe de Nin : basée sur des extraits de ses journaux, on est vraiment plongés dans son intériorité, dans sa vie privée. Peut-être un peu trop, me suis-je dit après un échange sur le livre avec Coline Pierré, il est vrai qu’à la réflexion je regrette un peu qu’on passe autant de temps sur sa sexualité et beaucoup moins sur son processus créatif.

Quoiqu’il en soit, j’ai vraiment dévoré ce livre, j’ai trouvé toutes les décisions de mise en scène vraiment intelligentes et belles, et c’est la première fois que j’ai eu envie d’en savoir encore plus sur Anaïs Nin, qui jusqu’alors n’était pas une figure littéraire qui me parlait beaucoup.

Résumé Début des années 30. Anaïs Nin vit en banlieue parisienne et lutte contre l’angoisse de sa vie d’épouse de banquier. Plusieurs fois déracinée, elle a grandi entre 2 continents, 3 langues, et peine à trouver sa place dans une société qui relègue les femmes à des seconds rôles. Elle veut être écrivain, et s’est inventé, depuis l’enfance, une échappatoire : son journal. Il est sa drogue, son compagnon, son double, celui qui lui permet d’explorer la complexité de ses sentiments et de percevoir la sensualité qui couve en elle. C’est alors qu’elle rencontre Henry Miller, une révélation qui s’avère la 1re étape vers de grands bouleversements.

Le jeu & l’app

Stardew Valley

Ce petit jeu est pour moi la garantie de quelques heures de repos mental et de ressourcement. Je l’ai acheté l’an dernier, au début du premier confinement, et pendant deux ou trois mois j’y ai joué non-stop sur mon ordinateur. Mais comme tous mes centres d’intérêts, ce cycle est passé (remplacé par du canevas et du tricot), jusqu’à ce que je m’achète une Switch. J’ai racheté le jeu sur Switch immédiatement et c’est hyper agréablement d’y jouer à la console, posée tranquillement dans mon lit après une dure journée.

Dans ce jeu, on incarne une personne qui quitte sa vie d’employée de bureau et hérite de la ferme de son grand-père, en bordure de Pelican Town. Quand on arrive, c’est un terrain en friche avec une cabine sommaire, et le but est d’améliorer la ferme en plantant des cultures et élevant des animaux. On peut devenir ami avec les villageois, améliorer ses compétences de pêche et de cueillette, aller miner des métaux dans la mine pour améliorer ses outils. Si je devais le décrire en une seule phrase : c’est le mélange parfait entre Animal Crossing et Minecraft.

Son design un peu rétro, son système de progression tout doux et sa bande-son calme en font un jeu parfait pour canaliser mes angoisses et me vider la tête d’une manière qui fait vraiment du bien. C’est un jeu répétitif, oui, mais personnellement j’adore. Dans ma partie sur Switch, je n’ai même pas l’ambition de devenir une fermière richissime, avec des automatisations et des dizaines de bêtes. Je veux juste planter mes choux et les voir devenir grands, et devenir copine avec Leah.

Stardew Valley sur PC, Mac (14,99 € sur Steam) et Switch (13,99 € sur Nintendo Store).

Procreate

Je suis tombée dans la marmite. J’ai acheté un iPad… et j’ai installé Procreate. Bon, en vrai c’est allé dans l’autre sens : pour pouvoir créer le nouveau logo de ma newsletter, Un invincible dimanche, j’ai emprunté l’iPad de mon beau-frère et j’ai expérimenté avec Procreate. Comme le logo de mon blog est basé sur ma propre écriture, c’était soit ça soit faire ce que j’avais fait au lancement du blog, aka écrire mille fois sur un papier, scanner en haute résolution, nettoyer sur Photoshop, et espérer que ça fasse le job. (Et je n’ai plus Photoshop…)

Je crois que je vous en parle uniquement pour me la péter, mais allez on va dire que je fais ce que je veux sur ce blog : regardez ce logo, il est super non ?

Procreate sur iPad (10,99 € sur l’App Store)

La série

Schitt’s Creek

Conseillée par un ami, j’ai lancé Schitt’s Creek il y a quelques semaines et j’ai mis un peu de temps à accrocher, je crois. Mais une fois accrochée, j’ai bingewatché les 5 premières saisons – il m’en reste une – avec délectation. On y suit les Rose, une famille ultra-riche composée d’un ancien magnat du vidéoclub, d’une actrice de soap-opera, et de leurs deux enfants, David et Alexis, qui sont aussi gâtés-pourris qu’inadaptés à la vie en société. Suite à une mésaventure, ils perdent leur fortune et leur maison et déménagent dans le village un peu pourri de Schitt’s Creek (pun intended) où ils devront s’habituer à une vie moins luxueuse.

Au début j’ai adoré rire des riches déchus qui tentent de mépriser leurs nouveaux voisins, mais qui doivent bien réaliser que tout ploucs et grossiers qu’ils sont, ces nouveaux voisins sont les seules personnes qui peuvent les aider désormais. Il y a eu un moment de flottement où j’ai eu du mal à m’habituer à la méchanceté des personnages inhérente à leurs privilèges (et toujours pointée du doigt comme problématique). Et puis il y a eu un déclic, et je suis tombée amoureuse de tout le monde. Je les adore.

Mon préféré, c’est bien entendu David Rose, joué par l’excellent Dan Levy (co-créateur de la série avec Eugene, son père, qui joue aussi son père à l’écran – très mignonne cette histoire de famille). Ses expressions faciales sont hilarantes, je ne me souviens pas d’un autre acteur qui a un vocabulaire non-verbal aussi riche et varié. La série est très douce aussi sur les questions d’orientation sexuelle, ce qui fait chaud au cœur. En gros : doudou et bonbon, j’aime.

Plus dispo sur Netflix (à part avec un VPN 🤭)

Les newsletters

Oui, je suis totalement tombée dans le kiff des newsletters. J’en avais déjà recensées quatre de mes préférées dans un précédent article, mais depuis j’ai continué à en trouver des chouettes alors on y va.

cailloux

Cette newsletter tenue par Alexia Chandon-Piazza est décrite ainsi en ses propres termes :

Cette newsletter approximativemensuelle […] est née de l’envie de garder une trace de mes lectures et de sortir de l’immédiateté des réseaux.

C’est une excellente description et les bribes partagées par Alexia sont toujours hyper intéressantes, enrichissant à leur tour ma liste de lecture. Un petit moment doux en dehors du temps qui file trop vite.

S’inscrire à cailloux

Règle30

Ce n’est qu’après avoir été invitée à participer à cette newsletter éditorialisée par Lucie Ronfaut que j’y ai vraiment jeté un œil. Il se trouve qu’elle est hyper intéressante pour quiconque s’intéresse au féminisme et à la culture web. L’édito de Lucie Ronfaut est tout ce que j’aime : à la fois personnel et politique.

S’inscrire à Règle30

The Audacity.

Quand Roxane Gay a annoncé qu’elle lançait une newsletter dont une partie serait payante, qui lui permettrait de partager son point de vue sur le monde, d’inviter des jeunes autrices à s’exprimer et d’animer un club de lecture, j’ai été impressionnée par cette productivité. J’y suis abonnée depuis quelques semaines et c’est un envoi toujours hyper qualitatif, avec une rotation des contenus (je suis abonnée gratuitement, je n’ai pas accès au club de lecture). Encore une fois, Roxane Gay démontre avec nonchalance qu’elle sait captiver les foules.3

S’inscrire à The Audacity.

Voilà, c’est tout pour cette fournée ! J’espère que ça vous a plu et inspiré·e. J’attends vos suggestions et vos recommandations en commentaire, c’est toujours un plaisir de vous lire. À bientôt !


Notes

  1. Je le martèle mais c’est le sujet d’une de mes newsletters dont je suis le plus fière, donc bon, pour la lire c’est ici.
  2. Ainsi que la série, que je ne vous conseillerai pas dans cet article officiellement car à ma connaissance, elle n’est plus disponible en streaming légal. Mais c’est un bel objet télévisuel, vraiment.
  3. Puisque j’ai décidé de me la péter dans cet article, vous serez ravi·es de savoir qu’elle a lu I Hate Men et l’a qualifié, je cite, de « convincing af » et « delightful book ». J’ai hurlé de joie quand j’ai vu ça.
Afficher les commentairesFermer les commentaires

2 Comments

  • Samuel
    Posted 28 avril 2021 à 08:00 0Likes

    “… j’aspire à faire partie de cette classe sociale qui prescrit la tendance, pas celle qui la suit (c’est complètement débile et j’essaye de m’en défaire, my very bad)..”

    Marrant, j’aurais tendance à cultiver cela.
    Suivre la tendance pour suivre la tendance n’est en soit pas quelque chose de mal, il y’a des choses très cools et de qualités dans ce qui est à la “mode”. Cela me semble saint d’esprit de tout de même garder un oeil critique sur ses choses et rester curieux•se sur tout le reste.

  • Delphine
    Posted 28 avril 2021 à 23:31 0Likes

    Whaaat!! Tu nous as gardé le meilleur pour la fin bon sang de bonsoir de crévindiou Pauline! Et tu nous glisses ça dans une note de bas de page l’air de rien?! C’est beaucoup trop de modestie! Roxane Gay t’a luuue!! Et en plus t’a appréciée!! Existe-t-il seulement un mot pour décrire ça?! Aaaaah!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.