Les newsletters ont un sacré succès depuis plusieurs années maintenant, mais j’avoue que comme pour beaucoup de choses, j’ai mis longtemps avant de rejoindre la fanfare. Comble du comble, puisque j’écris moi-même une newsletter depuis longtemps, à laquelle je tiens beaucoup. C’est un peu comme avec les podcasts : je suis réticente à sauter sur les contenus “à la mode”, parce que je suis une incorrigible snob. Mais c’est peut-être justement parce que j’ai ma propre newsletter, que je suis un peu exigeante, et que j’ai du mal à en trouver qui me font cet effet de cadeau quand je les reçois.

Ce que j’aime dans ce format, c’est l’idée d’une fenêtre un peu intime ouverte sur l’esprit de son auteur·ice. C’est pour ça que les envois très populaires et/ou gérés par des médias, me séduisent moins : je suis abonnée à quelques uns de ces spécimens, mais ce ne sont pas mes préférés. Moi, ce que je cherche, c’est découvrir des choses que je ne connais pas encore, une vision du monde qui est différente de la mienne. Je n’ai pas besoin de me conforter plus encore sur mon féminisme, ni de lire des brèves de l’actualité. Les e-mails, chez moi, c’est quelque chose d’assez intime : sur mon téléphone, par exemple, je ne reçois pas mes mails pro, parce que je n’ai pas envie d’une intrusion dans ma vie perso à un moment où je ne suis pas prête à ouvrir des courriers de ma comptable ou des impôts. J’aime recevoir des e-mails comme j’aime recevoir des cartes postales1. J’aime l’ouverture.2

Voici donc quatre newsletters que j’aime beaucoup lire, à la fois parce que je respecte beaucoup leurs autrices, et aussi parce qu’elles m’apportent cette respiration, ce souffle d’air frais qui me fait cogiter.

Spiritualitea, par Lev

Je suis Lev sur les réseaux sociaux depuis hyper longtemps, pour sa vision du yoga que j’adore, et parce que comme moi, c’est une personne qui a envie de foutre le feu à tout pour reconstruire sur des bases saines. Quand iel a annoncé préparer une newsletter sur la spiritualité, je ne saurais trop dire pourquoi mais j’ai su que j’allais adorer. J’ai été élevée dans une chrétienté non-pratiquante et assez libre (j’ai choisi moi-même de me faire baptiser vers l’âge de 10 ans), et si aujourd’hui je ne suis pas croyante dans une religion monothéiste, je suis quelqu’un qui a besoin de la spiritualité dans sa vie. Ce qui, inévitablement, me fait m’intéresser aux religions, à leurs lectures modernes, et aux personnes qui les vivent.

C’est donc le programme de Spiritualitea par le prisme notamment du judaïsme, et dont les deux numéros déjà reçus ont pu par exemple aborder la question de trouver des WC quand on en a besoin, ainsi que la série Marvelous Mrs. Maisel. Un cocktail assez éclectique, non ? Le tout saupoudré de références et de citations hyper intéressantes.

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Il faut que je vous raconte, par Asmae

Asmae est, à l’origine, une créatrice de contenu beauté green, ce qui n’est à priori pas mon domaine de prédilection. Mais depuis quelques temps, entre routines skincare et partages sur sa vie de maman, elle propose des contenus de plus en plus politisés, radicaux, qui sont — il faut le dire — parfaitement ma came. Féminisme, antiracisme, écologie… autant de sujets importants, surtout abordés conjointement ! Elle tient un club de lecture “conscient” avec des ouvrages résoluments engagés, et sa newsletter est à cette image : une conversation intime et politique sur des sujets de société.

Elle nous offre son point de vue et son vécu, ceux d’une femme racisée, musulmane qui plus est. C’est est extrêmement précieux pour, là encore, ouvrir les horizons et arrêter de tourner autour de son propre nombril quand on est comme moi, une femme blanche privilégiée.

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La Superbe, par Eva Kirilof

Je dois être une des dernières membres de l’instagram féministe à m’être abonnée à l’infolettre d’Eva, mais écoutez je suis comme ça, et puis surtout, je ne regrette pas.

Ce que nous propose Eva avec cette newsletter, c’est un cours de l’histoire de l’art (occidental) par le prisme du féminisme. Je me souviens d’avoir pris, pendant deux semestres à mon adolescence, un cours d’histoire de l’art. Et c’était comme toute Histoire : si on n’en fait pas l’effort conscient, on se retrouve à ne raconter que l’histoire des hommes, à tout voir par leurs yeux. C’est peut-être pour ça que je me suis déconnectée de cet univers, par envie de me défaire du male gaze mais sans avoir d’autres clés de lecture. J’ai trouvé dans La Superbe un propos féministe, une grille de lecture intersectionnelle, et aussi absolument pas une once d’élitisme. Ce qui, quand on parle d’art, est très important.

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La vie matérielle, par Notorious Bigre

C’est en discutant avec Tiphaine que j’ai réussi à mettre les mots sur ce qui me plaisait autant dans les newsletters. Ça ne fait pas longtemps que je suis abonnée à la sienne (mais à aucune, en vérité), mais c’est probablement ma préférée. C’est qu’elle écrit diablement bien, ce qui toujours me nourrit, d’autant plus qu’elle aborde un foisonnement de sujets qui ont trait, donc, à la vie matérielle.

Quand j’étais lycéenne (encore, décidément j’y reviens beaucoup aujourd’hui), on avait parlé très vite de Francis Ponge, et du Parti pris des choses, du Cageot, de la poésie du banal, du moins c’est ce que j’en avais retiré. Ça a dû me marquer, parce que je suis très sensible à ça, aux quotidiennetés et aux mots qu’on utilise pour en parler. C’est là-dedans que je puise une inspiration infinie pour mon propre travail — et je me découvre en ce moment une passion pour la réflexion autour de l’écriture. Bref, lire La vie matérielle, c’est lire beaucoup de très jolies phrases qui font beaucoup réfléchir sur la vie, les choses qui la peuplent, et notre rapport à eux, aux autres, à nous-mêmes. Hashtag deep (mais pour de vrai).

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Il y a aussi, bien sûr, ma propre infolettre : j’y parle, environ deux fois par mois, de ma vie (je ne sais faire que ça) et de ce que j’apprends, au fil de l’eau. Après mûre réflexion, je pense que ce que je fais, sans m’en rendre bien compte, c’est passer à l’âge adulte tout doucement. Il faut croire qu’un suivi psy ne me suffit pas puisque je ressens le besoin d’écrire de très longues missives à ce sujet.

Il paraît que c’est une newsletter plutôt chouette, en tout cas il y a déjà 1 700 personnes qui la reçoivent et ne semblent pas s’en plaindre. Peut-être que ça vous intéressera, vous aussi ? Auquel cas, il suffit hop ! de remplir le formulaire ci-dessous et voilà.

Et parce que je suis prise d’une certaine nostalgie, voici un humble cadeau. À bientôt.

LE CAGEOT

À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme.

À tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques, – sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

(Le parti pris des choses, Francis Ponge, 1942)


Photo © John-Mark Smith


Notes

  1. D’ailleurs, je militerais bien pour le retour de la correspondance papier, mais vu que le timbre est passé à 1,05 €, facile de comprendre pourquoi la lettre tombe en désuétude.
  2. Ça me fait vraiment me questionner sur ce qui peut tant plaire dans ma propre infolettre, dont je réalise qu’elle n’a aucune ligne éditoriale et qu’elle est extrêmement autocentrée, mais passons !
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6 Comments

  • Antonia
    Posted 18 janvier 2021 à 15:01 0Likes

    Hello,
    Lectrice “depuis toujours” de blogs en tout genre (j’en ai même tenu plusieurs, que j’ai fini par lâchement abandonnés) , je découvre sur le tard finalement les newsletter. Je me suis inscrite à la tienne d’ailleurs il n’y a pas si longtemps, ainsi qu’à celle de Lev.
    Aussi, je me demande, quand même, la différence entre une newsletter et un article de blog. Comment tu abordes l’écriture d’une newsletter en comparaison à celle d’un blog ?

    Belle journée,
    Antonia

    • Pauline
      Posted 19 janvier 2021 à 07:51 0Likes

      Hello Antonia :) merci pour cette question qui m’a donné du fil à retordre un peu ! C’est très personnel à chaque auteurice de newsletter bien sûr, mais du coup pour te répondre pour moi… La newsletter est un format plus intimiste, où je me permets d’aborder des sujets plus personnels et où je me laisse plus de latitude stylistique. J’y pense vraiment comme un mail que j’enverrais à des amies. Il y a quelque chose de particulier dans le fait de savoir qu’une fois qu’on a cliqué sur envoyer, on ne peut pas revenir en arrière, supprimer ce qu’on a envoyé, etc. Voilà !

  • Lou Désario
    Posted 19 janvier 2021 à 16:30 0Likes

    Ta newsletter intéresse, car comme tu le dis, elle ouvre à une intimité, à une autre vie que la sienne, à une ouverture, à l’autre. A l’inverse, ce peut être aussi un plaisir d’identification – de te lire me nourrit et me parle, on a des centres d’intérêt commun. Je m’y reconnais, et cela peut faire du bien. Et puis tout simplement, c’est un newsletter intelligente et sensible comme on peut les aimer, intéressante et variée, qui nous surprend, nous évade, nous fait réfléchir, nous accompagne. Merci !

  • Bénédicte
    Posted 20 janvier 2021 à 17:35 0Likes

    Bonsoir Pauline,

    Je profite de cet article pour faire un petit coucou, ce que je ne fais pas souvent. Recevoir une chouette newsletter fait vraiment partie de mes petits plaisirs mais il n’est pas forcément évident d’en trouver à mon goût. J’ai hâte de découvrir celles-ci :) Merci (pour ces recommandations et pour ta propre info-lettre) !!

    Connais-tu celle de Klaire fait Grrr?! Elle n’est pas régulière mais c’est toujours une vraie pépite. Je la trouve tellement drôle.

  • Trackback: Links I Love #174 | Whatever Works
  • Emma
    Posted 23 mai 2021 à 19:54 0Likes

    Pour moi, c’est ´la photo du lundi’ du magazine 6 mois. Comme son nom l’indique, une photo hebdomadaire avec son article associé, très souvent sur des gens, de différents endroits sur terre. Parfois drôle, touchant, dur, beau, poignant, on y trouve une qualité de photo-journalisme sans pareille avec une vraie ouverture sur le monde…

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