Je prends quelques minutes sur mon planning serré du NaNoWriMo1 pour me remettre enfin au blog. Hier j’ai refermé un roman fabuleux et ça m’a rappelé que ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de mes lectures, ni du reste de ce qui a animé ma vie intérieure culturelle d’ailleurs. Alors me voilà, avec 3 livres magnifiques, une série drôle, de la musique, et même un podcast ! Comme quoi, cette année est définitivement pleine de surprises. Comme d’hab, le petit sommaire :

  1. Les livres
  2. La série
  3. La musique
  4. Le podcast
  5. Les loisirs

Les livres

❤️ Betty, de Tiffany McDaniel

Ah, Betty. Ça a été, je crois, la sensation de la rentrée littéraire – ça paraît si lointain. Je n’ai pas l’habitude de lire les romans de la rentrée littéraire, parce que j’achète peu de livres et que je suis plutôt mon curseur interne (et ma to-read list sur Goodreads). Mais suite à l’article de Pauline Le Gall dans ChEEk, j’ai non seulement ajouté des tas de bouquins sur ladite liste, mais j’ai aussi tout fait pour lire Betty.

Je me suis fait vraiment rouler dessus par ce roman. Il est d’une beauté incroyable, et comme toujours dans ces cas-là, je n’ai pas les mots pour en parler correctement. C’est un de ces livres qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas, qui vous fait passer de la tristesse à l’émerveillement, et littéralement du rire aux larmes. J’ai pleuré trois fois (à gros sanglots, en plus) et en refermant ce gros pavé de 700 pages, j’ai continué à repenser à Betty et à sa famille pendant de longues semaines. Avec un style à la fois simple et d’une poésie inattendue, Tiffany McDaniel dessine une fresque familiale où les femmes ont une place prépondérante, dans une Amérique du temps qui passe mais où certaines choses restent : le racisme, la violence intrafamiliale, le patriarcat, la ruralité. J’ai adoré. Si vous avez besoin qu’on vous étreigne le cœur et qu’on vous l’essore (ça fait du bien de temps en temps), Betty est pour vous.

Résumé La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.
Avertissement L’éditeur devrait être très explicite dans son résumé et je regrette qu’il faille faire son boulot à sa place : Betty décrit explicitement (mais sans voyeurisme) des scènes d’inceste et de viol.

Chavirer, de Lola Lafon

Encore un bouquin boum, encore un bouquin de la rentrée littéraire (décidément !) et encore un roman recommandé par Pauline Le Gall. Mais Lola Lafon, je lirais tout d’elle, même ses listes de course. C’est pas très malin d’idolâtrer un·e artiste, mais je suis profondément amoureuse de la plume de cette autrice, de sa manière d’aborder ses sujets, de mêler intime et politique, de toucher au cœur l’important. Je me suis offert Chavirer juste avant le reconfinement : un bel auto-cadeau, tant c’était beau.

Lola Lafon a ce talent d’écrire des histoires qui se lisent toutes seules, dans une langue à la fois fluide et exigeante, avec des personnages, des femmes, dont les trois dimensions sont parfois douloureusement aiguës. Dans Chavirer, on retrouve des thématiques chères à l’autrice, ici, la danse et les violences sexuelles, intimement mêlées. Je crois que ce que j’aime le plus dans les romans de Lola Lafon, c’est sa manière de mêler la poésie du romanesque avec des idées politiques très définies, sans que ça ait l’air forcé au pied-de-biche. Au contraire, c’est normal, parce que tout est politique, et tout est poétique aussi. Bref, je parle comme toujours assez mal de ce que j’aime, mais j’espère que vous aurez quand même envie de lire ce très très beau roman.

Résumé Entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs, Chavirer raconte l’histoire de Cléo, jeune collégienne rêvant de devenir danseuse, tour à tour sexuellement piégée par une pseudo Fondation de la vocation, puis complice de ses stratégies de “recrutement”. Trente ans plus tard, alors qu’elle-même a fait carrière – des plateaux et coulisses de Champs-Élysées à la scène d’une prestigieuse revue parisienne – “l’affaire” ressurgit. Sous le signe des impossibles pardons, le personnage de Cléo se diffracte et se recompose à l’envi, au fil des époques et des évocations de celles et ceux qui l‘ont côtoyée, aimée, déçue ou rejetée.
Avertissement Chavirer fait explicitement mention de viols sur mineures au sein d’un réseau organisé de pédocriminels.

Radium Girls, de Cy.

Cette BD, c’est le coup de foudre graphique de cet automne. J’adore ce que fait Cy., depuis pas mal de temps maintenant : elle me fait rire dans ses strips, et elle m’éblouit quand elle peint2. Elle a cette manière de rendre les jeux de lumière et de transparence qui me font juste halluciner. Radium Girls, c’est donc sa troisième BD (il me semble), qu’elle a dessinée entièrement au crayon de couleur, et qui raconte l’histoire… des radium girls, ces ouvrières qui peignaient à la main les aiguilles et cadrans des horloges et montres, avec une peinture hautement radioactive.

J’ai lu une grande partie d’un roman biographique racontant exactement cette histoire3 donc je n’ai pas exactement appris grand chose. Pas de grand choc pour moi, pas de découverte, j’avais déjà été écœurée et verte de rage — mais sachez que c’est typiquement les réactions que cette lecture peut vous provoquer. Mais du coup, j’avais l’esprit entièrement accaparé par le dessin de Cy. C’est une BD peu loquace, ce que j’ai appris à aimer, et moi j’ai adoré les formes, les couleurs, une simplicité pleine de couches successives à décortiquer. Certaines pleines pages me sont restées entre les mains de longues minutes. En plus la couverture est phosphorescente ? Désolée, c’est trop trop beau. Foncez.

Résumé New Jersey, 1918. Edna Bolz entre comme ouvrière à l’United State Radium Corporation, une usine qui fournit l’armée en montres. Aux côtés de Katherine, Mollie, Albina, Quinta et les autres, elle va apprendre le métier qui consiste à peindre des cadrans à l’aide de la peinture Undark (une substance luminescente très précieuse et très chère) à un rythme constant. Mais bien que la charge de travail soit soutenue, l’ambiance à l’usine est assez bonne. Les filles s’entendent bien et sortent même ensemble le soir. Elles se surnomment les “Ghost Girls” : par jeu, elles se peignent les ongles, les dents ou le visage afin d’éblouir (littéralement) les autres une fois la nuit tombée. Mais elles ignorent que, derrière ses propriétés étonnantes, le Radium, cette substance qu’elles manipulent toute la journée et avec laquelle elles jouent, est en réalité mortelle. Et alors que certaines d’entre elles commencent à souffrir d’anémie, de fractures voire de tumeur, des voix s’élèvent pour comprendre. D’autres, pour étouffer l’affaire…

La série

Derry Girls

J’ai découvert Derry Girls sur les conseils insistants d’un ami cher, et quand on a finalement décidé de lancer le premier épisode, on s’est demandé ce qui nous avait pris d’attendre aussi longtemps. Il y a deux saisons pour l’instant, et on retrouve une bande de lycéennes irlandaises à Derry, dans les années 90 pendant le conflit entre l’Irlande et l’Angleterre. On rit beaucoup, parce que ces adolescentes, élèves dans une école hyper-catho, sont touchantes dans leur spontanéité. C’est aussi très poignant, parce que le monde “des adultes” est, lui, ponctué de la réalité hyper violente des Troubles — et on mesure bien l’impact que ça a sur la vie des ado. J’ai hâte de voir la prochaine saison, parce que la fin de la saison 2 m’a fait verser plein de larmes douces-amères et je suis super attachée aux personnages.

À regarder sur Netflix.

La musique

Une seule chose à vous supplier d’écouter, cette chanson entendue, je crois, chez une copine et qui depuis me hante : Pendant que les champs brûlent, de Niagara, à découvrir ici.

Le podcast

Rends l’argent, par Titiou Lecoq pour Slate

Si vous êtes en couple, a fortiori hétérosexuel, je ne peux que vous conseiller très chaudement ce nouveau podcast par Titiou Lecoq, l’autrice de Libérées ! qui était au programme d’une des éditions du #CLFAntigones. Dans cette série, l’autrice réfléchit à la place de l’argent dans le couple : qui paye quoi ? Comment ? Pourquoi ? En partant de son cas personnel (une femme en couple avec le même homme depuis 10 ans, sans compte commun, sans faire les comptes non plus), elle aborde plusieurs angles importants sur notre relation à l’argent, à l’amour, et à l’égalité dans le couple. Pour que moi, je vous conseille un podcast, c’est qu’il est vraiment bien. Voici le premier épisode, pour vous motiver :

Les loisirs

Canevas Fatal

J’avais senti le coup du reconfinement arriver, moi. Ou plutôt non rien à voir, juste quand j’ai vu que Canevas Fatal faisait une collaboration avec Cy., et que ce serait phosphorescent… j’ai craqué. Canevas Fatal, c’est une boutique créée par Marie Boiseau et Gauvin Manhattan, et qui fait des canevas. Vous savez ces trucs qu’on a appris à broder à dix ans, probablement poussées par une vieille tante ou une grand-mère. Normalement, on ne va pas se mentir, c’est assez ringard et moche. Canevas Fatal, du coup, dépoussière le concept en collaborant avec des artistes contemporain·es pour des illustrations en tirage limité, imprimées sur de la toile Pénélope, qu’il vous faudra ensuite broder pour créer une œuvre sinon unique, du moins fort rare.

J’ai craqué pour le Radium de Cy., donc, que j’avance à une vitesse dingue car j’ai capté que faire de la tapisserie le soir m’empêchait d’avoir très envie de m’allonger sur l’asphalte et de me laisser mourir. Relaxant, donc, pour les moins drama queens d’entre vous. Depuis, je me tiens au jus des nouvelles collections, chacune apportant des styles différents. Pour boucler la boucle de la transmission, j’ai pris une autre toile Canevas Fatal comme cadeau de Noël à ma grand-mère, qui avait tant aimé me voir broder Radium quand je lui ai rendu visite cet automne. C’est beau vous ne trouvez pas ?

Découvrir la boutique Canevas Fatal

Le bruit des aiguilles

Derrière la boutique Le bruit des aiguilles, il y a Ana, à Nantes. Elle teint de la laine dans des coloris superbes aux noms évocateurs, et surtout, elle teint de la laine autorayante. La laine autorayante est une laine pensée exprès pour les chaussettes, qui est teinte en différentes coloris qui vont permettre de créer des rayures sans devoir changer de fil tous les six rangs. Quand même fort sympa et fort pratique. Cela faisait très longtemps que je voulais m’offrir un écheveau de laine d’Ana, et apprendre à tricoter des chaussettes.

Et puis à la sortie de mon livre, Ana m’a contactée pour me proposer qu’on collabore. Moi, bébé-blogueuse qui ai des frissons de malaise quand on dit que je suis une influenceuse, une collab’ ? C’était la meilleure collaboration qu’on pouvait me proposer : imaginer avec Ana un coloris autorayant pour célébrer la sororité (et la misandrie, hinhinhin), et reverser par la même occasion des dons à L’Échappée, le collectif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans lequel je milite4. Ai-je accepté sans hésité ? Pour sûr. Résultat, une pelote au violet profond, à l’orange éclatant, et aux bleus et gris contrastants, pour faire des chaussettes misandres, sorores, solidaires et géniales. J’ai donc de quoi faire, et je vous en parle car peut-être que cela peut vous plaire. En ces temps de Covid, s’il faut faire des cadeaux ou se faire plaisir, autant que cela enrichisse des artisans et des petits commerçants, et que ça serve la bonne cause, non ?

Découvrir la boutique Le bruit des aiguillesle coloris “À nos sœurs misandres”

C’est tout pour cette fois, je réalise que j’ai été pas mal bavarde et tant mieux, ça me fait plaisir d’avoir eu autant de choses à partager avec vous. Ça me ferait tout autant plaisir de lire vos propres recommandations en commentaires : à vos claviers !


Notes

  1. Écrire 50 000 mots en un mois pendant le mois de novembre.
  2. D’ailleurs si vous n’avez pas vu son Inktober de 2020, foncez sur son compte Instagram, moi je meurs tant c’est beau.
  3. The Radium Girls, de Kate Moore (2017).
  4. Voir le site de L’Échappée.
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7 Comments

  • Laurelas
    Posted 12 novembre 2020 à 11:02 0Likes

    Il faudrait que je me penche sur le livre de Lola Lafon, et Betty aussi mais j’ai déjà tant de livres à lire chez moi… et Derry Girls est sur ma liste depuis un moment! Ici on a commencé Thé Queen’s Gambit, dont tout le monde parle, et après deux épisodes c’est déjà assez cool, l’actrice est captivante et même si j’y comprends rien aux échecs c’est intéressant :)
    Des bisous, c’était chouette de te relire par-ici <3

  • Lathelize
    Posted 12 novembre 2020 à 15:49 0Likes

    Merci beaucoup ! Je suis sur la liste d’attente pour Betty et Chavirer.
    J’ai hâte de les voir entre les mains

  • Marie
    Posted 13 novembre 2020 à 20:40 0Likes

    Oh et bien je sens que je vais très prochainement binger « Derry Girls » ! Je suis très fan des comédies dramatiques britanniques et irlandises, y’a un côté très cru et cet humour si particulier qui rendent la chose aussi attachante que percutante. (Bon, sauf la saison 3 de « The Crown », qui m’ennuie beaucoup, et j’en suis bien désolée car j’avais été assez accro aux deux premières.)

    J’espère que je trouverai « Radium Girls » au pied du sapin – je te dis pas la tête que j’ai faite quand j’ai appris que la couv’ était phosphorescente… Pure. Génie. J’aime beaucoup l’univers visuel de Cy, surtout quand elle utilise du violet ;-) Pour l’histoire, le pitch a l’air super, je ne connais pas l’histoire donc je me régale d’avance. Bizarrement, je n’avais pas été touchée par « Le vrai sexe de la vraie vie », c’était sympa à lire mais ça ne m’avait pas causé d’électrochoc particulier. Mais je suis vraiment heureuse que ce livre ait été édité et se trouve facilement dans les librairies grand public, c’est important. J’aurais adoré lire quelque chose comme ça quand j’étais ado !

    Merci pour ta sélection, c’est très cool comme format ! Tu as trouvé le bon équilibre entre qualité et quantité.

  • AURELIE
    Posted 14 novembre 2020 à 09:00 0Likes

    Merci pour tes partages, toujours très inspirants !
    Je ne connaissais pas cette illustratrice et Oh Mon Dieu le coup de coeur !

  • Gaëlle
    Posted 15 novembre 2020 à 10:54 0Likes

    J’aime te lire Pauline, voilà c’est dit. J’aime la manière dont tes mots s’articulent. C’est fluide et tellement agréable à lire !
    Je lis peu en ce moment mais ta présentation de Radium Girls de Cy m’a donné très envie de me procurer cette BD (ou le livre, je ne sais pas lequel choisir). En ce moment, je regarde The Queen’s Gambit sur Netflix. La photographie de la série est superbe, c’est beau à regarder !

  • Elodie
    Posted 19 novembre 2020 à 08:17 0Likes

    Merci Pauline, je suis tes recommandations toujours avec plaisir et sans jamais être déçue ! Je lis “les orageuses” en ce moment, comme tu en avais parlé sur ton Instagram.
    J’aimerais savoir tricoter pour utiliser cette belle laine misandre ;-) si tu as des conseils pour apprendre, je serais preneuse perso.
    Belle journée à toi !
    Élodie

  • Pauline
    Posted 20 novembre 2020 à 04:25 0Likes

    Merci pour ce partage qui donne beaucoup envie de lire ! Je vois que je ne suis pas la seule à manquer de mots lorsque j’ai un coup de cœur (c’est notamment le cas pour les romans de Léonora Miano). Récemment j’ai beaucoup aimé la BD California Dreamin’ de Pénélope Bagieu, et le soir j’aime me plonger dans le roman Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay.

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