Quand je suis partie en vacances début août, je savais que je reviendrai ici transformée. C’était prévu : après une semaine à respirer l’iode bretonne et à faire le plein de ressac, le tout accompagnée des meilleures personnes qu’il m’ait été donné de rencontrer, j’allais achever mon repos annuel avec mon mari et mes copains, pendant que mon livre sortirait. C’était parfait comme ça. Il sortirait presque détaché de moi, mon téléphone ne capterait aucun réseau et je serais plus occupée à observer les lapins lapiner qu’à scruter Twitter ou Instagram. J’aurais le temps de m’habituer au fait que mon rêve s’était réalisé, mais aussi que mon œuvre ne m’appartenait plus maintenant. Et que, c’est inévitable, elle ne pourrait pas plaire à tout le monde.

J’étais en train de prendre l’apéro, ou bien de dîner, dehors sous le ciel rose et or, quand j’ai appris qu’un employé du ministère voulait qu’on cesse immédiatement la vente de mon livre. Et j’ai eu le temps de rentrer de vacances, de recommencer à vivre dans le rythme normal et un peu douloureux d’une vie d’adulte, avant que tout devienne complètement fou.

Cela fait plusieurs jours maintenant que je suis rivée à mon téléphone comme l’ado accro aux réseaux que j’essaye de ne plus être. Entre les notifications et les mails — plus importants — auxquels il faut répondre vite, je ris au nez de l’alerte « Vous avez épuisé votre temps de connexion quotidien » installée pour me forcer à me détacher du petit boost à l’ego que provoque chaque like. J’ai la tête qui tourne, chaque heure apporte son lot de nouvelles, de changements, de soutiens et de détracteurs. On ne va pas se mentir, j’ai le vertige.

Alors revenir sur le blog, ce n’est pas si facile. Je suis une personne d’Internet assez impulsive, moi. Je tweete tout ce que je pense (même quand je pense à Francis Cabrel). Je publie des photos sur Instagram où on voit mon intérieur, la tête de mon mari, mon linge qui sèche en arrière-plan. Je blogue comme je respire. C’est difficile de trouver comment revenir alors que je ne sais plus à qui je m’adresse. Il n’y a jamais eu autant d’hommes (aigris et justifiant parfaitement mes propos) dans les commentaires de ce blog. Et jamais autant d’inconnu·es abonné·es à mes réseaux. (Vous êtes adorables pour la plupart, mais avouez que c’est intimidant.)

Je suis infiniment touchée du soutien massif que j’ai reçu ces derniers jours. Complètement époustouflée aussi de l’impact que cela a eu sur mon livre et, par extension, sur ma vie. Comme un gigantesque pied-de-nez à cet homme qui voulait interdire mes propos, ce livre qui n’aurait dû être tiré qu’à 500, peut-être 700 exemplaires max, a été commandé plus de 2000 fois. Ma maison d’édition, composée de deux humains formidables mais quand même juste humains, est surmenée. On retire le livre de la vente, pas parce qu’on a peur mais parce qu’on ne peut plus suivre le rythme. (Et pas pour toujours, promis.)

Dans tout ça, je vous avoue, il y a quand même une petite voix qui me souffle l’espoir que vous tous·tes qui avez acheté mon livre comme on fait un doigt d’honneur à un flic le trouverez intéressant malgré tout. (Pas le flic, hein.) C’est très étrange tout ça. Je me sens un peu fragile ici, vulnérable.

Si vous avez connu mon blog suite à la fameuse affaire : bienvenue. Ici c’est chez moi, et j’y fais ce que je veux. Si vous êtes toujours là après des années ou des mois à suivre mes expérimentations en ligne : merci encore. Ce livre que je chéris et dont je suis si fière, il n’aurait jamais pu exister sans ce blog, et sans tout ce que je peux y faire en toute liberté.

Je crois que l’avenir me réserve encore de sacrées surprises, et si 2020 est une année maudite à bien des regards, c’est aussi pour moi l’année de mes plus grandes fiertés. Quelle chance de pouvoir dire ça, quel privilège. Merci pour ça.

J’aurais encore des tas de choses à dire sur ce qui se passe, sur les côtés moins jolis d’une exposition médiatique inattendue, sur les hommes encore, sur le gouvernement, sur le féminisme. Peut-être plus tard. En attendant il est 7h du matin, c’est l’heure du thé, de regarder le jour se lever et d’aller faire du pain. La vie, grande farceuse, exige qu’on la traite avec légèreté parce qu’inexorablement elle continue.


Quelques infos pratiques :

  • Mon livre n’est plus commandable pour l’instant. Cependant, il est possible qu’une librairie près de chez vous l’ait en stock, ou reçoive un stock prochainement. J’essaye de tenir à jour une liste sur Instagram. (Story à la Une “Mon livre”)
  • De toute manière pas de panique : il sera réédité, très bientôt je l’espère, par une autre maison d’édition. Je vous en dis plus dès que j’en sais plus.
  • Je serai le jeudi 17 septembre à la librairie L’Affranchie (Lille), de 18h30 à 19h30 pour une séance de dédicaces. Je serai ravie de vous y rencontrer.

L’activité ici-bas devrait reprendre normalement, incessamment sous peu.

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13 Comments

  • Maartje
    Posted 3 septembre 2020 à 06:18 0Likes

    Juste : <3
    Amitiés,
    Maartje

  • Alice Battante
    Posted 3 septembre 2020 à 08:48 0Likes

    Je n’ai jamais été aussi ravie d’un désir de censure, tant il illustre la fragilité, la susceptibilité et surtout l’impunité que les hommes (qui ont quand même établi toutes les règles qui nous gouvernent) cherchent tant à préserver, en grands empereurs de cette société bancale qu’ils sont. Ça s’effondre, ça s’effrite autour d’eux, ils se raccrochent aux meubles, désespérément.

    Courage Pauline, longue vie à cet essai. ❤️

  • Marie Requin
    Posted 3 septembre 2020 à 11:09 0Likes

    Coucou Pauline,
    J’avais commandé ton livre ce printemps, en 2 exemplaires, un pour moi, un pour ma meilleure amie, c’était comme une évidence de partager ça avec elle, mon âme soeur en féminisme. Comme dans un rêve, ton livre est arrivé à la maison alors qu’elle était chez moi, et on a pu commencé à le lire en même temps. C’était un moment doux et tendre, à la fin de l’été, dans le calme de ma campagne. Je l’ai trouvé super, il m’a fait beaucoup de bien, mon amie aussi, mon mari aussi (ton livre m’a d’ailleurs permis de lui dire en substance : tu vois, c’est comme ça que je me sens la plupart du temps !).
    Et puis, voilà… Depuis le début de la semaine, je suis partagée : d’un côté, je suis très contente que ton livre soit commandé par des tas de personnes qui ne l’aurait pas connu sinon, et puis j’ai été ravie de t’entendre dans le podcast de Thomas Messias, je suis contente aussi pour les éditions monstrograph, qui sont super, et en même temps, à ma toute petite échelle de seulement lectrice, j’ai l’impression qu’un groupe de mecs bourrés vient d’entrer dans la pièce où on faisait la fête entre nous… Déjà, je me sens presque dépossédée, avec l’envie de leur dire “mais laissez-nous tranquille !”. Et je n’ose même pas imaginer ce que tu vis cette semaine, avec cette exposition, et plein de gens qui viennent envahir ton espace…
    Bref, tout ça pour maladroitement te dire que je pense fort à toi, et que je t’envoie des ondes de courage et de lutte, mais aussi de thé et de petits chats, des paillettes, et de la douceur bien sûr. Et aussi te redire que ton livre est super (je pense en recommander quand ce sera possible, pour le diffuser autour de moi, tellement je le trouve pertinent), et merci beaucoup beaucoup de l’avoir écrit…
    Avec tout mon soutien <3 <3 <3

  • mielou35
    Posted 3 septembre 2020 à 12:22 0Likes

    Hello :)
    Je suis méga contente que tu passes à l’Affranchie, je passerais sans doute te voir !
    Est-ce que pour l’occasion il y aura des livres disponibles à la vente dans la librairie ? Parce que je n’ai pas eu le temps de l’acheter avant qu’il soit en rupture de stock :(

  • Chloé
    Posted 4 septembre 2020 à 12:35 0Likes

    Bonjour, je n’ai pas lu votre livre mais plusieurs posts de votre blogue qui m’ont énormément plu, j’ai écouté avec intérêt et attention le podcast sur la misandrie de Thomas Messias. Merci pour tout ce que vous faites, les débats que vous provoquez, les discussions passionnantes qui s’en suivent. Je vous souhaite plein de courage, de bonheurs et de chouettes découvertes dans ce tourbillon. Je suis de tout coeur avec vous ! Merci, merci

  • Kaoutar
    Posted 8 septembre 2020 à 16:00 0Likes

    J’aimerais le commander aux etats-unis sur Amazon, cependant Je ne le trouve bulle-parts. Je fais comment ?

    • Pauline
      Posted 8 septembre 2020 à 19:13 0Likes

      Il n’est pour l’instant plus commercialisé :)

  • Jean
    Posted 8 septembre 2020 à 18:44 0Likes

    Bonjour, il y a un truc que je ne comprends pas bien: votre mari et vos copains, ce sont des hommes, probablement (bien que je sache que dans certains couples de femmes, le mot mari soit employé, ce dont je ne m’offusque pas). Donc c’est pas logique, vous ne détestez pas tous les hommes. Ou alors, voilà, en fait ce que vous avez écrit appartient au genre du pamphlet, et si ça se trouve, il ne faut pas en prendre le titre au pied de la lettre. Ah voilà, ça doit être ça, et le gugusse qui est allé menacer votre éditeur n’a pas les bases culturelles, ou l’intelligence, ou l’humour nécessaires pour le saisir. C’est curieux, un partisan de l’égalité ET EN MEME TEMPS (il doit être macronien, sinon, il ne serait pas conseiller ministériel) un bonhomme qui pratique la menace judiciaire comme s’il était en Russie ou en Algérie. Je ne sais pas si je vais lire votre livre, parce que j’en ai des tas d’autres qui attendent, et aussi parce que à tort peut-être les articles qu’il a suscités me donnent l’impression de déjà en connaître l’essentiel,qui ne m’a pas l’air horrible, d’ailleurs. par contre je sais que si j’étais Mme Truc, la patronne du gars dont le nom commence par Z, je m’en débarrasserais parce qu’il vient de montrer qu’il ne peut lui fournir que des conseils très stupides, car il faut l’être gravement pour ne pas savoir que rien ne vaut une tentative d’interdiction pour propulser un bouquin au hit-parade. Finalement, je ne sais pas ce que vous en penserez, mais moi je trouve qu’il est tellement bête qu’on ne peut pas vraiment le détester. Enfin, c’est un point de vue d’homme (blanc, sexagénaire, hétéro).

  • Jean
    Posted 8 septembre 2020 à 18:58 0Likes

    Mais alors, logiquement, votre mari n’est pas un homme? Et vos copains non plus? C’est troublant. Ou alors vous n’êtes pas si méchante que ça, et ah c’est donc ça, il ne faut pas prendre le titre de votre livre au pied de la lettre comme un appel à la violence, et c’est un pamphlet, et le genre du pamphlet implique une certaine vivacité de ton, et le gugusse égalitariste ET EN MEME TEMPS (je le suppose représentant du pseudo nouveau monde macronien) partisan de la censure et de l’intimidation judiciaire n’a pas les bases culturelles ni l’humour qu’il faut pour le comprendre. Franchement, si on me prête votre livre, ou s’il arrive dans les rayons d’une bibliothèque publique, je le lirai mais je n’en ai pas forcément envie au point de l’acheter, même si son contenu a l’air plutôt admissible, d’après l’article que je viens de lire au sujet de toute cette histoire (dans le Guardian). Par ailleurs, je suggère à Mme Moreno de se débarrasser d’un conseiller aussi bête que M. Z. Je me demande si on peut vraiment détester un gars qui est assez stupide pour ignorer que censurer un bouquin est la meilleure manière de le propulser en tête du hit parade. En tout cas c’est mon avis, celui d’un homme (blanc, sexagénaire, hétéro, détestable peut-être mais pas pour ces raisons-là, alors).

  • Anne-E.
    Posted 11 septembre 2020 à 14:38 0Likes

    Bonjour et effectivement j’arrive ici grâce à cet attaché de presse de talent, Ralph Zurmély. Ce que j’ai vu du livre (en attendant de le lire en entier) me paraît parfaitement sensé, joyeux même. Je me souviens de la première fois où j’ai consciemment interrompu un déjeuner barbant avec un imbécile qui s’écoutait en me disant “mieux vaut être seule que mal accompagnée”. C’était il y a 30 ans (!) à Manhattan, et d’ailleurs je ne me suis pas retrouvée seule du tout, je suis vite remontée chez la tante formidable qui m’hébergeait, pour écouter ses souvenirs de la France Libre à New York, avec Mendès-France et Lévi-Strauss, GOOD TRADE comme on disait. Encore bravo et merci !

  • Mimie
    Posted 12 septembre 2020 à 21:20 0Likes

    Bonjour Pauline,

    Je suis lectrice de ton blog depuis maintenant quelques années je crois (il me semble que j’étais arrivée quelques mois avant ton changement d’interface du blog EDIT : my, en fait j’ai débarqué en lisant ton article “Je suis une mamie”, je crois). J’ai à peu près ton âge, un an de plus je crois, et tu m’as, depuis que je te lis, toujours inspirée. Habituellement j’utilise les blogs et internet en anonyme, sans jamais exister par le biais d’un commentaire, un “j’aime” ou un repost, je surfe incognito (si tant que les GAFAM me laissent, ahah) sur la world wide web. Une amie très chère à mon coeur (Titi, si tu passes par là, MERCI !) m’a dit qu’elle “likait”, commentait, systématiquement, dès qu’elle le pouvait, le travail d’artistes et bloggueurs et autres sur le web, pour leur donner de la visibilité, du soutien, etc.
    C’est grâce à elle que j’écris ce commentaire. Je n’ai pas encore lu ton livre mais dès l’indication du titre il me tardait de le faire, alors j’espère bien qu’un de ces jours je pourrai l’avoir dans les mains !
    Peu importe le succès de ton livre, et les trous noirs de la vie, j’espère que tu arriveras à te rappeler que même dans le silence, dans l’effervescence insoutenable, des gens te lisent, te soutiennent, et espèrent que tu vas bien. J’en fais partie.

    PS : je pense que tu n’en es pas là en ce moment, mais ça me taraude depuis son arrêt (et autant profiter du fait que j’écrive un commentaire), est-ce que le CLFAntigones reprendra un jour son cours ? (Et égoïstement, parce que j’adore ce format, j’espère que tu continueras le blog encore un moment !)

    De loin, dans l’ombre, mais présente, amitiés,

    Mimie.

  • Candice
    Posted 14 septembre 2020 à 07:38 0Likes

    Bravo, mille fois bravo pour ce livre qu’il me tarde de recevoir.
    Bravo pour ta force et tes convictions, et de nous transmettre ça.

    Bon courage <3

  • Cécile
    Posted 7 octobre 2020 à 11:16 0Likes

    Je suis arrivée ici par l’article de Mediapart. Il a éveillé ma curiosité, mais ça ne me suffisait pas pour lâcher des euros… Alors je suis venue lire quelques articles du blog, et je suis bluffée par leurs qualités. Je vais donc acheter votre livre dès qu’il sera réimprimé, certes grâce à ce type qui vous a fait une sacrée publicité, mais surtout parce qu’il a l’air vraiment bien !

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