Tous les matins j’ouvre mon agrégateur de flux pour y découvrir les articles des blogs que j’aime postés depuis la veille. À chaque fois je m’émerveille devant ces sujets qui n’ont rien à voir avec la pandémie, le confinement, la casse des acquis sociaux, la mort, l’angoisse et l’incertitude. Je n’arrive pas à lire ces articles qui parlent de crèmes pour visage et de vêtements cousus main. J’aimerais, j’aimerais aussi pouvoir écrire sur autre chose. Du coup j’ai décidé de publier mon roman à la place. (plus d’infos à la fin de ce journal de confinement) (maîtresse du teasing)


Des années que je peste de vivre dans un trop petit endroit pour pouvoir pratiquer le yoga confortablement. Il faut toujours bouger les meubles et même comme ça, je suis trop serrée pour mettre les bras en croix, allongée au sol, et faire mes torsions à mon aise. En ce moment je relativise. Mon petit endroit est surtout trop petit pour se confiner d’un partenaire si je voulais lui épargner un virus. Une pièce et demi, comment faire alors ? Chez nous il y a 3 fenêtres et 3 portes. La pièce qui n’est pas notre salle de bain est le bureau, qui ne ferme jamais pour que le chat puisse y aller. Je repense à Maeve dans Sex Education qui rêve d’une cuisine aux grandes fenêtres. Je me surprends à partager ses rêves étroits et magnifiques. Dans les Sims quand je construis une maison, je mets une fenêtre devant l’évier parce que chez mes parents, on fait la vaisselle avec la vue sur le jardin et au-delà, sur la campagne.

Je pense à ma grand-mère, confinée dans son coin de campagne où elle a l’habitude de marcher plusieurs heures par jour. Enfermée avec mon grand-père qui, comme beaucoup d’hommes de 73 ans qui sont devenus adultes trop tôt dans leur vie, n’est pas facile à vivre, n’est pas très soutenant. Je pense à leur jardin immense, à leurs poules et au voisin qui a des oies, au petit chat qui surveille tout ça, aux bosquets d’hortensias. Et je pense à combien ma grand-mère doit se sentir seule malgré tout. Confinée confortablement mais comme une personne qui vieillit et dont les contacts sociaux ont besoin d’être réels. J’ai réalisé aujourd’hui qu’elle avait l’habitude de voir des gens, souvent. Ma famille, qui doit lui manquer. Peut-être que les aubes sont superbes et que le temps est doux, dans son coin de campagne, et peut-être que c’est quand même d’une solitude presque étouffante, dans un silence oppressant. Je suis triste.

Mais depuis mon tapis de yoga, allongée en Savasana, j’ai vue directe sur le ciel. Deux oiseaux passent dans le carré bleu percé dans notre toit et je vide mes poumons un peu moins angoissée qu’avant. Je suis peut-être à l’étroit pour faire des torsions mais j’ai l’immensité au bout des doigts.


Une de mes plus chères amies est à l’hôpital parce qu’elle a du mal à respirer.
Il n’y a rien d’autre à dire. Je fais des chiens tête en bas pour ne pas me noyer.


Mon livre ne sortira évidemment pas ce printemps. La nouvelle me cueille quand même comme un coup de faux, je m’y attendais mais ce n’était pas encore réel. Je suis saisie d’une longue tristesse qui me donne envie de relire Sylvia Plath. Je contemple mon dernier tatouage, il me semblait si unique, si représentatif de mon état d’esprit quand je l’ai imaginé – et voilà que nous sommes tous·tes des grenades dégoupillées emballées sous vide. Avec mon amoureux on regarde des films qu’on a déjà vus et qu’on a déjà aimés : il n’y a pas la place dans nos cœurs pour un peu plus d’incertitude, pour quelques heures gâchées à peut-être ne pas aimer la nouveauté. Je redécouvre que j’adore Emily Blunt. Je découvre aussi que James Blunt – aucun lien fils unique – a été militaire. Ça n’a aucune importance.


À partir de demain, je mettrai en ligne chaque jour un chapitre de mon roman, Limoges pour mourir, sur le site que j’ai bricolé pour l’occasion. Je ne sais pas pourquoi exactement je me suis décidée à faire ça, mais avec un peu de chance, ça vous plaira. Toutes les infos sur le roman et sur le site sont ici.

Il faut y croire : les mauvais jours finiront.

Image : Looper, 2012, film de Rian Johnson

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6 Comments

  • lathelize
    Posted 27 mars 2020 à 13:14 0Likes

    Ca, c’est une des leçons majeures de notre premier confinement : tout finit par passer, toujours. Ca ne se finit pas toujours bien mais pas toujours mal non plus mais les situations d’angoisse extrême finissent toujours par passer.
    Merci pour le roman! Je ne dis pas que j’ai hâte d’être lundi mais mettons que lundi, quand j’aurai fini ma journée de travail, que j’aurai vérifié les devoirs des enfants et que le diner sera prêt, je me plongerai dans ton livre.
    Bon courage à toi! A ton chéri dans votre pièce et demie et dans votre jardin de poche.
    Bon courage à ta grand-mère aussi : mes parents ont le même age et nous les prions de rester tranquille car ils ont décidé de ne pas se faire soigner au cas où. C’est par hyper simple de nous confier ça, à nous leurs enfants, parce qu’on y pense “au cas où”.
    Je t’embrasse,

  • Marie
    Posted 27 mars 2020 à 14:48 0Likes

    Vous lire adoucit ma journée. Je me sens comprise. Merci pour vos écrits <3

  • Lolli
    Posted 28 mars 2020 à 09:02 0Likes

    Le yoga, ce doux allié pendant ces heures angoissantes. Merci pour ce billet qui fait sourire et qui change de BFM et Cnews

  • Anne
    Posted 28 mars 2020 à 16:13 0Likes

    “Aucun lien, fils unique” meilleure référence de tous les temps.

    Prends soin de toi <3

  • Elodie
    Posted 30 mars 2020 à 12:06 0Likes

    Dès le début de l’article, une phrase fait écho à mes propres pensées :
    “Je n’arrive pas à lire ces articles qui parlent de crèmes pour visage et de vêtements cousus main”.
    Tes articles arrivent à me faire sentir moins seules avec mes pensées, personnellement j’ai l’impression que toutes les choses futiles ont volé en éclat. Elles ne comptent plus vraiment, et mon quotidien les a remplacé par des choses si simples : une belle lumière dans l’appartement, de la nourriture saine dans son assiette, un endroit confortable, et un corps en santé.
    Prend soin de toi <3

  • Laurelas
    Posted 30 mars 2020 à 14:50 0Likes

    Oui, les mauvais jours finiront, j’y crois. Je vais aller vite découvrir Limoges pour Mourir, je ne l’ai pas encore fait. Et j’ai souri, parce que je n’ai pas la place non plus pour faire du yoga très confortablement, je pousse les meubles et les bras en croix c’est pas tout à fait ça, mais ça fait du bien quand même.

    J’espère que ça va <3

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