Dans ma volonté de vous parler de plus de choses qui ont du sens pour moi et me permettent de garder la tête froide quand l’actualité donne envie de se jeter par la fenêtre, j’ai eu l’idée de partager avec vous plus en détail de mon implication dans une association féministe. J’en fais partie depuis plus d’un an et demi maintenant, et je m’y sens si bien qu’il me serait difficile d’envisager la quitter (à moins d’être déracinée de ma ville chérie) : je pense donc que c’est le bon moment pour vous faire un retour sur cet engagement particulier.

Le contexte dans lequel nous vivons en France me semble incroyable propice à tenter des actions collectives. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai rejoint une association : j’avais l’impression de tourner en rond, seule avec ma colère et mes idéaux, et participer à quelque chose de plus grand que moi m’a depuis fait beaucoup de bien. En cas de coup de mou, la prochaine réunion de l’asso est un phare dans mon horizon. Et je suis profondément persuadée qu’on n’arrivera à changer des choses qu’en se réunissant ensemble, pour de vrai.

Pour écrire cet article, je vous ai demandé sur Instagram quelles questions vous vous posiez, à la fois sur mon association et sur l’engagement bénévole en général. Je vais donc essayer de répondre à un maximum de vos interrogations !

Note Je vous fais un petit topo sur ce que fait concrètement L’Échappée en fin d’article !
Note bis J’ai bien conscience qu’il est beaucoup plus facile de rejoindre une asso, a fortiori une asso dont les valeurs nous correspondent, quand on vit en ville et dans une grande ville encore plus. Je ne connais pas grand chose aux problématiques des militant·es en zone rurale, mais je sais que ce n’est pas aisé. Vos témoignages sont les bienvenus. Courage, camarades et sœurs !

Comment j’ai rejoint L’Échappée

De mon côté, j’ai commencé par donner un coup de main à L’Échappée pour la création d’un document de présentation. J’avais le logiciel et les compétences, donc j’ai bien évidemment accepté de me pencher sur la question quand une amie, membre du conseil d’administration, m’a demandé si j’avais le temps. Par la suite, cela s’étant bien passé pour moi, j’ai été co-optée au sein du CA : c’est un système de recrutement où on s’assure de connaître la personne, afin d’être dans la même vibe qu’elle, avant de l’inviter à nous rejoindre.

Ce n’est pas forcément la manière la plus courante d’intégrer une association, j’en conviens !

Comment intégrer une asso ?

Plus traditionnellement, si vous avez autour de vous des personnes engagées dans des associations dont l’objet vous parle : jetez une oreille, posez des questions… Et si ce n’est pas le cas, il existe dans la majorité des villes des annuaires des associations, ainsi que des forums et villages associatifs1, vous pourrez prendre contact avec certaines assos sur votre territoire. Enfin, pour les associations féministes particulièrement, le collectif Women who do stuff a créé une carte qui peut vous être utile.

Vous avez été nombreuses à me demander comment faire le premier pas, qui contacter en premier… Le premier pas c’est juste d’oser (ce que moi je n’ai pas fait, par exemple 😉) : aller à la rencontre directement, ou envoyer un petit mail après être passée sur le site internet de l’asso qui vous intéresse. J’avais beaucoup d’appréhension, comme vous peut-être, et maintenant je fais partie des bénévoles qui répètent sans cesse “Venez, on est super gentilles et on ne va pas vous manger !”.

Une question de valeurs

Il y a tant d’associations, la question de laquelle soutenir en s’engageant bénévolement est très pertinente. Pour ma part, venir en aide à une association féministe était une évidence : de toutes mes convictions, c’est celle qui guide probablement toutes les autres, c’est l’origine de mon militantisme. L’objet spécifique de lutte contre les violences sexistes et sexuelles a résonné en moi au bon moment, car j’ai rejoint L’Échappée peu après #MeToo et #BalanceTonPorc2. De plus, je savais à l’avance que le fonctionnement horizontal et les valeurs profondes d’intersectionnalité de l’asso correspondaient à ma vision du bénévolat et du féminisme.

Il me semble que l’important est de prioriser vos engagements3 et de bien se renseigner sur les valeurs des structures, histoire d’éviter au maximum l’émergence d’un gros conflit intérieur une fois engagé·e.

Mon rôle dans l’asso

Chaque association a un fonctionnement différent. Celui de L’Échappée est particulier, car en dehors des membres du conseil d’administration et des besoins ponctuels lors d’événements, il n’y a pas de bénévoles. Cela s’explique par le cœur de l’action de l’association : l’écoute aux victimes de violences est réalisée par des salariées, qui sont formées à ce métier. Les autres actions qui n’impliquent pas d’écoute sont prises en charges par les bénévoles membres du CA.

Du coup, moi, qu’est-ce que je fais ? Surtout de la communication, car c’est là que résident mes compétences, que j’ai acquises dans le but d’aider des assos à la base (je parle de ma reprise d’études en communication dans cet article). Je m’occupe de la newsletter trimestrielle de l’association, de la création des supports papier et numériques selon les besoins, et je participe activement, avec mon “œil de pro”, aux réflexions autour de la stratégie de communication de l’asso. (notre fonctionnement horizontal fait que tout le monde, CA + équipe salariée, réfléchit à ces grandes questions stratégiques)

Mais comme nous sommes une petite équipe, je mets la main à la pâte dès qu’il y a besoin et que ces besoins sont compatibles avec mes disponibilités. Remplissage ou relecture de dossiers de subventions, implication dans les processus de recrutement (vous auriez vu ma tête quand je me suis proposée de faire passer des entretiens d’embauche…), tenue de stand… Il y a aussi d’autres pôles d’engagement sur lesquels je ne me positionne pas, ou peu, pour l’instant : recherche de financements, gestion des RH… Une chose à la fois, avec l’énergie qu’on a !

“J’ai peur de ne servir à rien”

Cela dit, ça c’est mon parcours. Je me suis investie dans la com’ parce que j’adore ça, et que ça avait 1000% de sens de mettre mes compétences pro au services d’une asso. C’est aussi tout à fait compréhensible et légitime de ne pas vouloir amener des compétences purement professionnelles dans son bénévolat (genre, pour ne pas avoir l’impression de bosser 100% de sa vie, par exemple)4. Vous avez forcément d’autres compétences que celles de votre boulot, et d’ailleurs dans l’immense majorité des assos on vous le dira : l’important, c’est surtout la bonne volonté, car tout s’apprend et beaucoup de bénévoles seront prêt·es à vous transmettre ce qu’ils savent.

Si vous vous dites “Mais je n’ai rien à apporter, je ne vais servir à rien”, c’est quasiment sûr que vous avez tort… Surtout si vous êtes une femme, et que vous avez tendance à vous dévaloriser. Tout bêtement, il ne faut pas avoir fait l’ENA pour tenir un stand, ou pour réfléchir à comment récolter des dons. Il faut bien se dire aussi que c’est un peu beaucoup le rôle des bénévoles déjà installé·es dans l’asso, de vous aider à trouver votre place et à vous sentir bien ! J’ai la chance d’évoluer dans une asso hyper bienveillante, et quand j’ai des palpitations à l’idée de tenir un stand (oui vous voyez, je suis hyper courageuse dans la vie), il y a toujours quelqu’un pour me rassurer, me conseiller et me soutenir. (souvent + d’une personne même) (des anges)

Hypersensible et féministe

Une question hyper intéressante qui m’a été posée sur cette FAQ Insta : comment faire pour gérer son militantisme quand il impacte beaucoup le moral ?

Être féministe génère beaucoup d’émotion négatives : tristesse, colère, sentiment d’impuissance… Mais depuis que je milite “sur le terrain”, j’arrive mieux à gérer toutes ces émotions. Parce que je me sens moins seule.

Il faut d’abord souligner que si je suis bénévole dans une asso de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et que l’objet de l’asso est d’écouter les victimes, ce n’est pas moi qui les écoute. Je ne pourrais tout simplement pas le faire, je n’en ai pas les épaules5. Je viens en soutien à l’action principale de l’asso.

Du coup, retrouver régulièrement des meufs énervées par les mêmes choses que moi, et qu’on travaille ensemble pour œuvrer à notre petite échelle, c’est hyper précieux. J’ai rejoint une asso car j’en avais un peu marre de militer dans mon coin, sur Internet où parfois tout peut sembler stérile… et ne pas avoir de grand impact sur la vraie vie véritable. J’ai trouvé des camarades, qui partagent ma vision de la vie, du féminisme, avec qui on rigole bien même si on a très souvent envie de cramer des trucs. (on peut cramer des trucs en rigolant, c’est très witchy tout ça) Le fait d’avoir des personnes à qui parler, dans cette lutte si dure contre le patriarcat, permet d’évacuer frustrations et colères. La réalité est toujours dure, parfois invivable, mais je sais qu’au moins une fois toutes les 6 semaines, je vais avoir la sensation de faire quelque chose, ensemble.

Tout ça pour vous dire que si vous êtes très sensible et avez peur de ne pas pouvoir gérer la charge émotionnelle d’un engagement associatif sur un sujet très dur, il existe des manières d’apporter de l’aide, de militer, qui sont plus douces pour le moral. Vous n’êtes pas obligée d’être sous le feu de l’action, votre engagement ne sera pas moins précieux, moins valable, parce que vous n’êtes pas celle qui écoute, celle qui fait des collages, celle qui fait des die-in… Les assos ont aussi besoin de personnes qui gèrent des plannings, organisent des événements festifs, etc. Et surtout, une bonne ambiance dans l’asso est indispensable, pour que ce soit plus fun, mais aussi pour vous sentir à l’aise en situation difficile.

Le site : www.lechappee-lille.fr
La newsletter de l’asso / La page Facebook / Faire un don sur HelloAsso

Je m’arrête là pour aujourd’hui, car cet article commence à être un peu long ! J’espère en tout cas qu’il vous aura été utile, et qu’il vous aidera à alimenter votre réflexion si vous réfléchissiez à militer dans une association. Vous pouvez m’envoyez vos questions et vos remarques supplémentaires en commentaire, je me ferai un plaisir d’en discuter avec vous !

Et vous, êtes-vous bénévole dans une association ? Qu’est-ce qui vous a décidé·e à en faire partie ? Qu’en retirez-vous ? Dites-nous tout !


Notes

  1. Surtout à la rentrée scolaire, et pendant les temps forts liés à certains sujets : 8 mars pour le féminisme, Jour de la Terre pour l’écologie…
  2. Je me dis souvent que j’aurais pu le faire avant, et que c’est bête d’avoir pris conscience d’un truc que répètent les féministes depuis des lustres… Mais c’est comme ça qu’on fait son chemin aussi, parfois !
  3. On n’aime pas l’avouer mais en vrai on le fait tous·tes. De mon côté, je suis sensible à l’écologie bien sûr, mais je n’ai pas l’énergie de m’y investir. Je soutiens à fond les luttes antiracistes, mais étant blanche, je ne me sens pas légitime de m’y investir dans une asso. En bref, j’ai choisi la lutte qui me tenait le plus à cœur et que je me voyais bien porter avec vigueur.
  4. Pour ma part, j’ai surtout choisi de travailler moins dans mon job de freelance, pour avoir plus de temps à consacrer à mon travail bénévole. Ce n’est pas comme ça qu’on devient riche, mais c’est comme ça que je réussis à faire du bénévolat avec mes compétences professionnelles sans frôler le surmenage et/ou le ras-le-bol ! Pour info, je consacre de quelques heures à une dizaine par semaine, en fonction de l’actualité de l’asso.
  5. Et je ne suis pas formée pour, je pense pour ma part que c’est important qu’une personne qui reçoit des récits de traumatismes soit bien formée, pour apporter un bon accompagnement à la personne victime, et pour pouvoir gérer elle-même la réception de ces récits. C’est pourquoi l’écoute faite par des personnes salariées, formées, est importante à L’Échappée. Ainsi que pour s’assurer des conditions de travail optimales pour ces écoutantes, qu’on essaye de choyer un maxxx car leur travail est hyper HYPER important.
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10 Comments

  • Natasha - Échos verts
    Posted 6 novembre 2019 à 21:19 0Likes

    Merci beaucoup pour ce partage Pauline ! J’ai fait pas mal de bénévolat quand j’étais étudiante, dans divers contextes et pour différentes causes, mais je ne me suis jamais réellement investie au sein d’une association… pourtant, à la lecture de ton article, je pense que c’est une forme d’engagement collectif qui me correspondrait bien. Malheureusement, non seulement je ne suis pas assez disponible à l’heure actuelle, mais je me sens également limitée par la langue puisque je parle à peine allemand… Même si je suis sûre qu’on peut aider une association sans maîtriser la langue, je crois que cela génèrerait davantage de frustrations pour moi. En tout cas, je trouve ton article hyper motivant (et instructif !) alors merci !

  • lathelize
    Posted 8 novembre 2019 à 07:44 0Likes

    J’ai été un an bénévole tous les samedis pour la distribution de colis alimentaire d’urgence. J’ai arrêté parce que je ne supportais plus de voir des familles bleues de froid dépendre totalement de cette aide. J’ai arrêté quand j’ai pris conscience de l’aide minuscule par rapport au besoin. J’ai arrêté parce qu’il me fallait plusieurs jours à me remettre du choc.
    Je suis maintenant bénévole dans une asso de transition écolo. Ca me met en colère mais cela me touche moins émotionnellement

  • mielou35
    Posted 8 novembre 2019 à 14:52 0Likes

    Bonjour :)
    Merci beaucoup pour cet article que je trouve très inspirant. Ca fait un moment que j’ai envie de militer avec d’autres personnes, soit pour le féminisme soit pour l’écologie, et je sens que ton article va m’aider à me lancer (ça et le fait que mes études touchent à leur fin, et que je vais donc pouvoir envisager de rester plus d’un an dans la même ville ^^)

  • Laurelas
    Posted 11 novembre 2019 à 16:44 0Likes

    Merci d’avoir partagé tout ça avec nous, c’est inspirant et donne un aperçu de ce que peut être le militantisme – je ne suis pas toujours très militante (et je dois dire que c’est assez récent mon envie de “m’énerver” au sujet de certaines choses, enfin je veux dire c’est plus aux abords de mes trente ans que je me suis réveillée, instruite et impliquée, plus que dans ma vingtaine insouciante) et je ne sais pas si j’aurais les épaules de rejoindre une association un jour, mais qui sait, ton article m’a donné envie tout de même :)

    • Pauline
      Posted 19 novembre 2019 à 11:51 0Likes

      Merci à toi pour ton petit mot ! Au final, chaque chose en son temps et tout le monde n’est peut-être pas fait pour être bénévole dans une association :) Bises !

  • Luschka
    Posted 18 novembre 2019 à 01:18 0Likes

    Trop bien cet article! ça fait un moment que je veux m’engager dans une association, et l’actualité s’y prête tellement (toujours plus, en fait -malheureusement). Il est vrai que prioriser ses engagements est déjà un premier pas, j’ai encore du mal à le faire (j’ai l’impression de trahir mes autres engagements -c’est comme quand on me demande quels sont mes livres préférés et que j’ai l’impression de trahir les autres ^^”).
    Mais ton article m’a bien reboostée. Merci pour le lien de la carte des assos féministes !

    • Pauline
      Posted 19 novembre 2019 à 11:47 0Likes

      Merci pour ton commentaire ! Je comprends totalement et c’est normal de culpabiliser un peu de ne pas donner autant de ressources à toutes les causes qu’on soutient. Cela dit, le bénévolat est un engagement physique, et s’il y a bien évidemment des gens qui peuvent cumuler les engagements de ce genre, ce n’est pas le cas de tout le monde et ce n’est pas grave :) il y a une vie associative très riche en France, on peut se dire avec assez de sérénité qu’il y aura des bénévoles là où on ne choisira pas d’aller !

  • Mariam
    Posted 18 novembre 2019 à 15:45 0Likes

    Merci pour cet article. Ça motive beaucoup. J’ai été bénévole dans une asso pendant un an, je faisais du soutien scolaire dans un collège de zep près de chez moi. Une fois par semaine pendant 2h, j’étais avec des enfants de 11 à 14 ans, les aidais dans leurs devoirs, m’adaptais à leurs dons (certains étaient peu scolaires mais je voyais en eux plein de facultés). Cette séance hebdomadaire était un rayon de soleil : leur énergie, leur enthousiasme, le respect qu’ils avaient pour moi, que j’avais pour eux, m’ont beaucoup apporté. Je crois que c’est l’une des expériences qui m’a le plus enrichie dans ma vie, elle m’a faite grandir, m’a donné le sentiment de contribuer à diminuer les inégalités sociales. Et surtout d’être en contact avec des personnes si touchantes ! J’adore le contact humain, alors cet engagement était parfait pour moi. Ton article m’a rappelé cette expérience heureuse et m’a donné envie de m’intéresser à d’autres bénévolats. Merci de nous inspirer.

  • Delphine
    Posted 21 novembre 2019 à 20:37 0Likes

    Hello Pauline!
    Merci pour cet article. Le bénévolat m’a toujours attirée mais je ne me suis jamais officiellement investie, même si maintenant que j’y pense j’ai fait du bénévolat sans que ça en porte le nom: durant mes 2 dernières années du lycee je donnais un coup de main au self tous les midis pour servir les repas ou ranger la vaisselle. Et pour l’instant je suis dans un groupe de danse qui participe aux marches dont les causes nous parlent. Et vu l’actualité chilienne, bcp d’assemblées populaires s’organisent spontanément et j’essaie d’y participer. De plus, nous recevons régulièrement des inconnus chez nous pour leur expliquer notre maison et notre mode de vie “écolos”. Donc même si rien de tout cela n’est officiel, c’est finalement dédier du temps à d’autres (personnes ou causes) malgré tout.
    J’aimerais bien rejoindre une association de manière plus officielle mais en vivant en zone rurale et en mode unschooling, je crois que ça me demanderait beaucoup d’énergie – que je n’ai probablement pas pour l’instant
    En attendant, en essayant d’avoir un potager j’ai l’impression de militer malgré tout un peu au quotidien mais il manque la dimension de sororite qu’on peut trouver dans une assoc j imagine.

  • manon
    Posted 3 décembre 2019 à 10:52 0Likes

    Merci pour ce partage. J’ai toujours voulu m’investir dans le bénévolat mais habitant à la campagne, cela n’est pas évident de trouver une association proche de chez soi et de ses convictions, et surtout de prendre son courage à deux mains pour faire le premier pas vers une association.

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