Pour cette dix-neuvième édition de ma présentation de mes lectures coup de cœur, je vous promets un gros clash d’ambiance, comme le laisse sous-entendre le titre. Après un été plutôt pauvre en lectures, où j’ai pris plaisir à reposer mon esprit et à me laisser aller à d’autres formes d’évasion, j’ai retrouvé en cette rentrée beaucoup de plaisir à dévorer les pages d’ouvrages empruntés à la bibliothèque ou à des amies. Les trois livres que je vous présente aujourd’hui ont pour point commun de m’avoir beaucoup émue, et de m’habiter encore maintenant, alors que je les ai reposés depuis un moment déjà.

Vous retrouverez, en plus d’un roman destiné aux adultes, deux livres young adult. C’est un genre que j’apprécie de plus en plus, car j’ai l’impression qu’il y a dans la littérature jeunesse une plus grande liberté d’histoires à raconter. Les auteur·ices s’y autorisent plus d’émotions, et plus de happy endings, et quand les histoires sont bonnes et la plume juste, cela ne veut pas dire faire l’impasse sur des problématiques complexes ou des sujets difficiles. Disons qu’on n’a pas peur de véhiculer de bons sentiments à un public plus jeune, quand la littérature adulte est souvent cynique et douloureuse. Je ne peux que vous encourager à essayer cette littérature douce et souvent très puissant, et j’espère que les deux ouvrages dont je vous parle pour l’illustrer vous donneront envie !

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’Univers, de Benjamin Alire Sáenz

J’avais beaucoup entendu parler de ce roman et il m’a été recommandé par un ami lors de son séjour chez nous, alors je n’ai plus hésité et l’ai emprunté à la bibliothèque. Je suis obligée de vous avouer que, n’ayant aucune idée de ce dont ça causait avant de l’avoir entre les mains, je pensais que c’était un roman un peu “magique” dont les personnages étaient des animaux… Mais rien à voir, Aristote et Dante, malgré leurs prénoms pas piqués des hannetons, sont bien des humains : deux adolescents latinos qui se rencontrent dans un El Paso, Texas des années 70, lors d’un été.

Leur amitié qui naît et se développe est belle et les réflexions qui parcourent Aristote, le narrateur, m’ont beaucoup rappelé l’adolescente que j’ai été. Puisque j’ai lu un autre roman de cet auteur par la suite, je crois pouvoir affirmer que la force de Alire Sáenz est de donner à ses personnages masculins de belles émotions en trois dimensions. C’est assez rare pour être précieux : le monde a besoin de garçons et d’hommes qui ressentent des choses, en parlent, en pleurent parfois.

Le style limpide et parfois presque haché de l’auteur et le fait que ce roman est définitivement mené par ses personnages (character-driven story, comme on dit en anglais), peuvent ne pas plaire à tout le monde. Personnellement, cela m’a permis de m’investir à 200%, j’avais l’impression d’être à côté d’Ari et de Dante, et les quitter m’a fait un gros pincement au cœur. Heureusement, un second tome de leur histoire est prévu, et j’ai hâte !

Résumé Ari, quinze ans, est un adolescent en colère, silencieux, dont le frère est en prison. Dante, lui, est un garçon expansif, drôle, sûr de lui. Ils n’ont a priori rien en commun. Pourtant, ils nouent une profonde amitié, une de ces relations qui changent la vie à jamais… C’est donc l’un avec l’autre, et l’un pour l’autre, que les deux garçons vont partir en quête de leur identité et découvrir les secrets de l’univers.

L’insaisissable logique de ma vie, de Benjamin Alire Sáenz

En rentrant de vacances, j’ai décidé d’emprunter un autre roman de Alire Sáenz (en attendant que Nos vies en l’air de Coline Pierré arrive dans le catalogue de la bibliothèque). J’avais besoin de douceur et de beauté, et j’ai été servie ! Dans ce roman, celui-ci situé à notre époque, on rencontre Salvador, un jeune homme qui entre en terminale. Sa mère est morte et son père adoptif est d’origine mexicaine, et gay. Il s’apprête à traverser quelques mois difficiles, mais il a de la chance : il est vraiment très bien entouré.

Les jeunes garçons chez Alire Sáenz sont tumultueux, se cherchent et se posent un sacré paquet de questions. On retrouve aussi un point commun avec Aristote et Dante : ils ont autour d’eux des repères, des personnes bienveillantes avec qui ils tissent des liens d’une force incroyable. Ici, les relations entre Salvador et son père, ainsi que sa grand-mère, sont des rayons de soleil et un point d’ancrage pour un personnage un peu perdu. On parle dans ce roman de famille, de racines, d’amitié, de l’acquis et de l’inné, et de ce que la vie nous fait subir.

Évidemment, si j’aime autant ces deux histoires, c’est parce qu’elles offrent une représentation qu’on ne voit pas souvent et qui fait du bien. L’auteur étant lui-même latino et gay, il parle très bien, dans ce roman particulièrement, de l’intersection de ces deux identités. Il a aussi l’intelligence d’écrire des arcs narratifs où ombres et lumières se complimentent… et où tout finit bien. Thank God!

Résumé Sal mène une vie paisible et sans histoires, dans une famille moitié mexicaine, moitié américaine. Mais tout bascule le jour de sa rentrée en terminale. Pour défendre l’honneur de son père adoptif, il sort les poings et frappe. Surprise, colère, satisfaction, culpabilité se bousculent dans la tête du jeune homme, qui se met à douter de tout, même de sa propre identité. Alors, avec l’aide de Sam, sa meilleure amie, et de son père, Sal va tenter de comprendre l’insaisissable logique de sa vie.

Le corps d’après, de Virginie Noar

Attention, on change radicalement de public, d’atmosphère et de style, avec ce roman paru à l’occasion de la rentrée littéraire et que son autrice m’a fait gentiment parvenir avant sa sortie. Quand elle m’a présenté son pitch, Virginie m’a instantanément séduite : un roman qui traite d’être femme, quasiment dans l’intégralité de ses facettes. Je connaissais déjà sa plume donc j’étais convaincue que j’allais passer un bon moment, mais je ne savais pas que j’allais prendre une telle claque.

Dans Le corps d’après, une narratrice anonyme nous livre plusieurs récits entremêlés. Celui d’une grossesse, celui d’un accouchement, et aussi celui d’avant tout cela. J’ai lu beaucoup de récits liés à la maternité, car c’est un sujet qui m’intéresse énormément. Celui-ci est unique en son genre. C’est un roman violent, parce qu’il est sans concession, presque sans tabou, il parle de choses qu’on entend rarement et qui posent des milliers de questions.

J’ai dévoré Le corps d’après en deux jours, en me réfrénant pour ne pas le lire trop vite. Je serais très curieuse lire des retours de femmes qui ont enfanté, car ce n’est pas mon cas, donc ma lecture est peut-être un peu moins “personnelle” qu’elle peut l’être pour d’autres. Cela n’en reste pas moins une de mes lectures les plus marquantes de l’année !

Résumé C’est le début. L’absence de sensations. Les inquiétudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrête. Alors, stupéfier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensées alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-là, j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le désordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cœur.

En vrac, j’ai aussi aimé…

  • Mercy Mary Patty, de Lola Lafon : Après avoir beaucoup aimé Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, j’étais curieuse de découvrir une œuvre un peu moins autobiographique. Le style était surprenant (rédigé en “vous”), mais j’ai été happée par la plume incroyable de Lola Lafon.
  • La folle rencontre de Flora et Max, de Coline Pierré et Martin Page : Encore un roman jeunesse, français cette fois. Il était d’une douceur folle, je me suis délectée de chaque mot de cette correspondance entre deux adolescents mal adaptés qui tissent une chouette amitié.
  • Nobelle, de Sophie Fontanel* : Ce livre a failli être un coup de cœur. Il parle d’écriture, de talent et d’être une fille, tout ce que j’aime. Un bonbon dégusté en vacances, quelques chapitres à la fois, qui a beaucoup nourri ma réflexion par rapport à ma propre écriture. Voir Sophie Fontanel “renier” l’aspect féministe de ce roman lors d’une rencontre (entrevu sur Instagram, je n’étais pas présente) et parler de “incarner, non pas revendiquer”, m’a un peu déçue, donc j’ai modifié ma note initiale.
  • Journal pauvre, de Frédérique Germanand : Un livre prêté par une amie et qui me nourrit aussi énormément. Le journal d’une autrice (dont je n’ai rien lu d’autre) qui décide de quitter son emploi salarié pour se consacrer à l’écriture. Inspirant, un peu effrayant quand même, qui m’a laissée rêveuse.

* reçu en service presse

Je dois vous avouer que je n’avais pas encort ouvert un seul des livres que nous vous avons recommandés pour l’édition d’été du #CLFAntigones… Mais je suis actuellement en train de lire La Cinquième saison, une des propositions les plus populaires si j’en crois vos retours, et ça me plaît plutôt ! Je ne suis pas vraiment une amatrice de SF en général, donc je suis encore un peu sur mes gardes. Parmi mes prochaines lectures, j’ai commandé La manufacture du meurtre, un essai sur H. H. Holmes — il arrivera pile à temps pour le début de l’automne. Enfin, on m’a prêté Le Mur invisible, un livre que tout le monde semble avoir lu sauf moi, qui ne connaissais pas son existence avec qu’une amie me le glisse entre les mains. Hâte de m’y plonger !

Alors, et vous ? Que lisez-vous en ce moment, quelles lectures vous ont plu récemment ? Qu’avez-vous sur votre liste à lire ?

À bientôt !

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4 Comments

  • Irène
    Posted 9 septembre 2019 à 11:29 0Likes

    Cet été j’ai essayé de lire des autrices mais en plein milieu j’ai fait une pause et avalé l’intégrale 4 de GoT et ça faisait du bien aussi (même si plein de trucs m’ont agacée dedans)

    Merci pour cette belle sélection

  • Nathalie Z.
    Posted 11 septembre 2019 à 18:05 0Likes

    Merci pour ces 2 recommandations de livres young adult, c’est justement ce que je cherchais en ce moment. Je crois qu’au final ça reste un de mes genres préférés même si je ne suis plus ado, je repense toujours avec nostalgie à mon adolescence avec la multitude de trilogies et livres de ce genre (notamment de Scot Westerfield et de Pierre Bottero). J’avais l’impression depuis quelques années que ce genre ne comporte plus autant de nouveautés de qualité que dans les années 2000, je suis donc contente de découvrir un nouvel auteur.

    Sinon je viens juste de finir L’homme à l’envers de Fred Vargas, pas trop mal pour un polar avec toujours la surprise de ne pas comprendre de suite “la solution” de ‘intrigue.

    Je pense donc que pour les prochains mois à venir, je vais me procurer les 2 livres que tu proposes ainsi que relire certains séries que j’avais adorée plus jeune comme Everworld et Uglies.

  • Lili la plume
    Posted 11 septembre 2019 à 19:55 0Likes

    J’ai été scotchée par Les furtifs d’Alain Damasio, c’est ébouriffant d’intelligence tant par le fond que par la forme. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cette impatience pendant une lecture. La poésie de la langue porte l’histoire en l’amplifiant. Ça cogne, ça touche, ça émeut. Un grand livre, je te le conseille…

  • Delphine
    Posted 29 octobre 2019 à 23:39 0Likes

    Bonjour Pauline
    Merci pour ce partage.
    Après ta description, j’ai très envie de lire “Le corps d’après”. Ayant eu un vécu émotionnellement pfiouuu de la gestation/naissance ne correspondant pas du tout aux injonctions sociales, j’ai l impression en te lisant que je pourrais y retrouver des similitudes.
    Et sinon j’ai encore en mémoire une de tes lectures de deux filles dans la forêt et dont la couverture était magnifique et ça m’a tellement marquée que je me dis que je devrais le lire quand même!
    Dans un autre registre je viens de voir le documentaire “Schooling the world” (enfin qqn qui aborde ce sujet!!) Et j’ai vu qu’il y avait plein de ressources en anglais sur the economics of happiness (dont l’autrice apparaît dans le docu) pour notamment mettre sur pied des projets de relocalisation donc je compte m’y plonger.

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