Le mois d’avril est passé à toute vitesse, d’un coup d’un seul la première semaine de mai est déjà bien entamée, et voilà que je suis de nouveau en retard pour le lancement de notre nouvelle édition du Club de lecture. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir lu tous vos nombreux retours suite au petit sondage qu’Ophélie et moi avons mis en place (d’ailleurs c’est officiel, nous passons à des éditions bimestrielles, ce qui nous permet d’être plus relax en terme de timing), ni d’avoir pris du temps pour réfléchir à l’avenir du Club… mais il faut croire que les journées ne font que 24 heures, et que l’énergie n’est pas une ressource infinie.

Excellente transition pour introduire notre thématique pour ces deux prochains mois ! En effet, nous sommes tombées d’accord, comme souvent, sans avoir besoin de beaucoup discuter. Probablement, pour ma part, suite à mon action pour le 8 mars, qui m’a donné envie de creuser, et parce que c’est un sujet au cœur des réflexions d’Ophélie, nous avons envie d’aborder avec vous en mai et en juin l’intersection entre le capitalisme et le patriarcat. À travers l’ouvrage pour lequel vous voterez, nous avons envie de nous interroger sur ces deux systèmes, comment ils se recoupent, et pourquoi, peut-être, l’un ne peut aller sans l’autre.

Comme l’a souligné Ophélie à l’occasion de la Fashion Revolution Week, il est important et salutaire de comprendre les mécanismes du capitalisme et surtout, son caractère pernicieux : ce système tend à nous faire croire qu’il est le seul possible, or il est aussi très récent, et incroyablement destructeur. Il est intéressant d’essayer d’imaginer d’autres possibles, mais aussi de comprendre les ramifications du capitalisme.

Je me trouve bien marrie à essayer d’introduire ce sujet en fait, je vais être honnête avec vous. Je ne suis pas hyper copine avec le capitalisme, mais sans jamais avoir rien lu qui me permette d’appuyer mes ressentis et les transformer en opinions argumentées. Mes conversations avec mes ami·es anti-système-ils-perdent-leur-sang-froid me sont précieuses pour construire des réflexions, mais je tiens pas mal d’Hermione Granger et j’ai souvent besoin de lire pour me sentir plus assurée dans ce que je pense. Et si j’ai bien quelques idées des liens qu’il peut y avoir entre capitalisme et patriarcat, j’ai hâte de plonger dans une lecture estampillée #CLFAntigones pour apprendre et comprendre, et surtout réfléchir.

Dans ces moments-là, ma gratitude pour ce club est infinie : il est probable que sans lui, sans vous et nous, j’aurais mis encore plusieurs années avant de me décider à lire quelque chose sur le sujet. Alors sans plus attendre, laissez-moi vous parler des deux titres que nous avons sélectionnés !

Le capitalisme patriarcal, de Silvia Federici

Cet essai “plus récent tu meurs” (sorti le 19 avril de cette année) a répondu sans le savoir à un besoin que nous avions, Ophélie et moi, et nous a permis de monter cette édition. Car s’il existe pas mal de matériau en anglais sur le sujet, peu sont traduits en français (c’est un peu notre plaie, de voir tout ce qui n’est pas accessible au public francophone…). La publication de ce livre tombe donc à point nommé ! À noter qu’on doit également à Silvia Federici le très connu Caliban et la sorcière, un gros pavé qui aborde le passage du féodalisme au capitalisme par le prisme de l’histoire des femmes.

Résumé Comment faire tourner les usines sans les travailleurs vigoureux, nourris, blanchis, qui occupent la chaîne de montage ? Loin de se limiter au travail invisible des femmes au sein du foyer, Federici met en avant la centralité du travail consistant à reproduire la société : combien couterait de salarier toutes les activités procréatives, affectives, éducatives, de soin et d’hygiène aujourd’hui réalisées gratuitement par les femmes ? Que resterait-il des profits des entreprises si elles devaient contribuer au renouvellement quotidien de leur masse salariale ? La lutte contre le sexisme n’exige pas tant l’égalité de salaire entre hommes et femmes, ni même la fin de préjugés ou d’une discrimination, mais la réappropriation collective des moyens de la reproduction sociale, des lieux de vie aux lieux de consommation – ce qui dessine l’horizon d’un communisme de type nouveau.

Éditions La fabrique, 192p., 15 €

Féminisme pour les 99 %, de Cinzia Arruzza, Tithi Bhattacharya et Nancy Fraser

Ce livre est un manifeste, dont on espère qu’il sera accessible et profond à la fois. Écrit par trois des organisatrices de la Grève internationale des femmes (dont la première itération a eu lieu cette année), Féminisme pour les 99 % semble vouloir nous parler, à nous tous·tes qui ne font pas et ne feront probablement jamais partie des 1 % des plus riches de la planète. Un point de vue bienvenue, qui promet d’être vraiment intersectionnel.

Résumé Logements inabordables, salaires de misère, systèmes de santé inexistants ou dysfonctionnels, catastrophe climatique, rejet des migrant·e·s, violences policières… on entend peu les féministes s’exprimer sur ces questions. Pourtant, elles ont un impact majeur sur la vie de l’immense majorité des femmes à travers le monde. Les grèves des femmes qui se multiplient aujourd’hui en Argentine, en Pologne, aux États-Unis ou ailleurs s’emparent de ces problématiques et témoignent du fait que les revendications féministes ne sont pas isolées de celles d’autres mouvements. Et c’est tout l’enjeu de ce manifeste, inspiré par ces nouveaux mouvements féministes : face à un système néolibéral qui concentre toutes les aliénations, injustices et inégalités et instrumentalise certaines luttes sociales pour servir ses velléités impérialistes et engranger le plus de profits possible, le féminisme doit repenser son agenda théorique comme militant.

Éditions La Découverte, 128p., 12 €

Les votes sont clos !

Nous lirons Le capitalisme patriarcal, de Silvia Federici, pendant les mois de mai et de juin.


Nous avons hâte de discuter de ces sujets passionnants avec vous sur les réseaux et sur nos blogs ! N’hésitez pas à partager vos lectures sur Twitter et sur Instagram. De notre côté, nous essayerons d’animer la conversation tout au long des deux mois, avant de vous retrouver ici fin juin pour un retour complet sur la lecture. Ophélie tentera notamment de vous proposer quelques lectures complémentaires en anglais.

Un grand merci pour votre patience et pour votre compréhension quant à l’organisation de ce Club. C’est une activité chronophage, qui nous plaît énormément, mais qui doit quand même se caser dans des emplois du temps déjà très remplis ! Dernière petite chose, vous l’avez peut-être vue, il existe maintenant une page récapitulative de toutes les éditions du Club sur mon blog : vous pouvez la consulter ici.

Je vous dit à bientôt, n’oubliez pas de voter et prenez soin de vous !


Rappels sur le fonctionnement du Club de Lecture Féministe des Antigones :

  • Tous les 2 mois, nous vous proposons de choisir entre deux ouvrages sélectionnés autour d’une thématique commune.
  • Les éditions du club se retrouvent alternativement sur le blog d’Ophélie, Antigone XXI, et sur le mien (ici, donc). En juillet, je vous donnerai donc rendez-vous chez Ophélie pour l’édition d’été !
  • De notre côté, une édition implique un article d’ouverture, où l’on vous présente la thématique et les ouvrages, et un article de clôture, où on partage notre ressenti/analyse sur le livre sélectionné et lu.
  • Tout le long des 2 mois, nous échangeons sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag #CLFAntigones.
  • De mon côté, je publie une petite revue rapide sur Goodreads à la fin de ma lecture, et vous pouvez aussi retrouver mon ressenti en cours de lecture sur Instagram.
  • Nous essayons, autant que faire se peut, de proposer des ouvrages accessibles et abordables. Cependant, un certain nombre d’ouvrages féministes ne rencontrent pas assez de succès pour être réédités en poche et sont donc assez coûteux… Nous vous encourageons donc à emprunter à la bibliothèque municipale, à chercher des éditions d’occasion, ou à créer votre mini-club de lecture physique entre copines/sœurs/cousines… pour partager les coûts !
  • Nous vous invitons à partager vos avis sur la lecture du mois de la manière qu’il vous sied : directement en commentaire de nos articles bilans, dans un article sur votre propre blog que nous relayerons…
  • Vous êtes super déçu·es car votre choix n’est pas la sélection finale ? Ne vous privez pas de lire le livre qui vous botte le plus et d’en parler ! Nous nous ferons un plaisir de relayer vos avis.
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4 Comments

  • Azilis
    Posted 8 mai 2019 à 15:35 0Likes

    Ce thème tombe pile dans ma réflexion du moment !!! Alors merci ! Et merci de me faire découvrir des ouvrages dont je n’entendrais peut-être pas parler autrement ! Ça va être dur de voter entre les deux…
    Je pense que je les lirais les deux, mais à mon rythme (je suis nulle pour les clubs de lecture, je lis lentement…)

  • David
    Posted 10 mai 2019 à 10:01 0Likes

    Bonjour, je me pose la question de savoir si vous vouliez aussi recevoir la réflexion d’homme ? Ou bien pour vous, le #CLFANTIGONES est-il non mixte ?

    • Pauline
      Posted 10 mai 2019 à 10:20 0Likes

      Chacun est libre de commenter et de nous contacter pour partager ses réflexions autour des lectures du club :)

  • clo
    Posted 12 mai 2019 à 16:49 0Likes

    Bonjour (j’ai atterri sur le blog en suivant un lien, du coup j’explore).
    Le thème est passionnant, et me rappelle qu’il existe des gens qui font la critique du capitalisme en expliquant qu’il s’agit d’une féminisation des valeurs, comportements, etc (et que donc c’est le mal absolu, perte de virilité etc.). Du coup c’est hyper intéressant de lire la thèse inverse (avec laquelle j’ai plus d’affinités :))

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