L‘an dernier, au premier janvier de 2018, je m’étais lancé un grand défi. Un projet que j’avais sobrement appelé 365 matins, et qui se déroulerait tout le long de l’année. Vous en avez peut-être lu des bribes, ou bien tous les textes qui en sont nés, et j’ai eu envie de dresser un petit bilan de ce projet, le premier que j’ai mené en matière d’écriture, et qui m’a beaucoup appris. Cet article parlera sûrement plus aux personnes qui écrivent ou ont envie d’écrire, j’espère en tout cas qu’il vous plaira.

365 matins n’avait pas pour vocation d’être ambitieux. Mes objectifs étaient simples :

  • M’encourager à écrire beaucoup plus régulièrement qu’auparavant, idéalement une fois par jour, mais j’ai su dès le départ que ce serait impossible à maintenir sur 365 jours
  • M’inspirer du quotidien pour en extraire de jolis mots, une certaine poésie, et entraîner mon style
  • Me confronter aux retours d’un public, avec des textes volontairement imparfaits, pas passés par les moulinettes de l’édition pour les polir.

Comme prévu, je n’ai effectivement pas écrit 365 textes, et je ne suis même pas arrivée à passer la quarantaine. De ça, je suis un peu déçue, j’aurais aimé être plus régulière et produire plus, mais j’en reparlerai plus bas. Je suis malgré tout très contente d’avoir osé, quelque chose qui ne m’était pas habituel concernant mon écriture.

34 textes

34 textes d’à peu près 250 mots, ça fait un peu moins de 3 textes par mois quand on lisse sur l’année. Au départ, j’avais imaginé un format éphémère : chaque texte serait disponible uniquement jusqu’à la publication du prochain, j’avais envie de créer une attente, une surprise. Mais mes compétences alors très limitées dans la gestion de mon propre site internet m’ont beaucoup restreinte sur cet aspect : dès le départ, je n’étais pas satisfaite de l’affichage du texte. Et inexplicablement, je n’ai aussi jamais réussi à activer les commentaires sur la page dédiée. Une fois les 3 premiers publiés (et donc les 2 premiers disparus), plusieurs d’entre vous m’ont exprimé une frustration de ne pas pouvoir lire les textes précédents, l’impression d’avoir “loupé” quelque chose. J’ai donc décidé de tout publier à la suite.

L’impossibilité de commenter, l’aspect de la page 365 matins et ma timidité à l’idée de faire activement la promotion des nouvelles publications pour ce projet (surtout quand je savais que le texte publié était bof selon mes standards) l’ont rendu un peu confidentiel. C’est probablement une des raisons pour lesquelles je n’ai pas été plus régulière. Mais heureusement, à chaque fois que j’avais un doute sur l’ “utilité” du projet, une lectrice m’en faisait un retour positif, ce qui m’a motivée à continuer malgré tout.

La vie et ses aléas

C’est l’autre raison principale à cette poignée de textes que j’aurais aimé plus nombreux. Comme pour tout projet, j’étais au début ultra motivée, je cherchais chaque jour un petit détail à filer en métaphore, une émotion sur laquelle travailler… et puis la vie m’a rattrapée. Parfois les journées sont juste nulles, ou l’esprit trop fatigué pour créer. Mon métier étant, par nature, un métier créatif et un métier d’écriture, cela impacte parfois beaucoup ma capacité à imaginer en dehors de mes heures de travail. Dans les périodes où le moral est un peu down, l’envie d’en parler, même de manière romancée ou poétisée, n’est pas vraiment présente. La déprime a été un temps ma matière première, comme ça l’est pour beaucoup d’adolescent·es mal dans leur peau, mais je n’ai pas du tout envie que ça fasse mon beurre toute ma vie d’autrice.

Malgré tout, et c’est le point qui me met le plus en joie, le projet n’a jamais quitté mon esprit. Même quand je n’écrivais pas pour 365 matins pendant des semaines, j’y pensais régulièrement, et d’une manière pas du tout toxique pour ma propre santé mentale. J’ai quand même tendance à facilement m’auto-flageller quand je m’auto-déçois, et je suis plutôt contente que ça n’ait pas été le cas sur ce projet. Avoir créé peu d’attente autour et le considérer vraiment comme une expérience personnelle rendue publique (et non une expérience publique en soi, en ne promettant rien, en ne laissant aucune place à la participation), m’a pas mal aidée à remettre les choses en perspective. Vraiment, plus je grandis et évolue sur Internet, plus je trouve du réconfort dans l’idée que la Terre continue de tourner sans moi, sans ma présence.

Toujours penser à 365 matins a entraîné mon œil et mon esprit, à penser l’acte d’écrire plus souvent, à intégrer des réflexes. Aujourd’hui que le projet a pris fin, je constate avec plaisir que ma tête est toujours habitée d’envies d’écrire, de sujets, d’images et de figures de style. Sans grande surprise, pendant 365 matins j’ai aussi écrit beaucoup d’histoires, postées sur le blog en dehors du cadre du projet quand j’avais envie de les partager avec plus de monde.

Mettre fin à 365 matins

J’ai quand même ri un peu jaune en constatant, le 1er janvier tout pile, que je n’avais pas du tout clôturé l’année d’une manière satisfaisante, comme je l’avais imaginé, pour cette entreprise sur la durée. S’est alors posée la question : et maintenant, quoi ?

J’ai compté les textes, constaté leur éparpillement, me suis demandé si j’allais pouvoir en écrire d’autres, augmenter la collection. Et puis je me suis rendu compte que j’avais besoin de tourner un peu la page. Penser à 365 matins pendant un an a été un petit conflit avec mon autre projet d’écriture monumental, l’édition et la correction de mon premier roman. Les deux, mis en parallèle dans ma tête en permanence, se sont mutuellement ralentis. J’ai pour projet d’écrire un deuxième roman cette année, et finalement, les 365 jours alloués étant révolus, je me suis dit qu’il valait mieux poser un point — final ou d’orgue, j’y reviens plus bas — à 365 matins.

J’ai écrit un dernier texte, que j’aime beaucoup car il me rappelle de bons souvenirs, parce qu’il symbolise bien aussi, tout le chemin que j’ai parcouru en tant que personne, en une petite année. Voilà. C’était bon, aussi, de pouvoir dire stop de manière positive, de pouvoir clôturer quelque chose sans pensée négative, sans sentiment d’échec, avec tout simplement la sensation qu’une aventure était arrivée à son terme naturel. Bon pour mon ego, pour mon estime de moi.

Et maintenant, quoi ?

En fait, la question reste en suspens. Déjà, il était important pour moi de donner une vraie place à 365 matins dans la refonte du blog. Je les ai donc republiés, un par un (avec leur date d’écriture initiale), sous forme de post indépendant que vous pouvez toujours consulter et cette fois, commenter. Ils sont tous regroupés dans la catégorie 365 matins.

Je consacre d’ores et déjà 2019 à d’autres projets : finir pour de bon mon premier roman, essayer de lui trouver une maison d’édition, entamer le deuxième… Mais je n’exclus pas l’idée de reprendre ce concept dans les années prochaines, si j’en ressens le besoin à la fin d’une année peu satisfaisante d’un point de vue créatif personnel.

Si la qualité des textes était égale et globalement satisfaisante, je réfléchirais à une publication, un téléchargement, quelque chose. En l’état, ce n’est vraiment pas le cas. Mais ça me donne envie, aussi, si je reprends le projet plus tard, d’aller un peu plus loin : maintenant que je sais que je peux le faire (publier régulièrement et soumettre mes écrits au regard extérieur), je pourrais y apporter plus de soin, relire avec plus de regard critique…

Je ne sais pas si ce bilan d’une aventure somme toute très personnelle vous aura intéressé·es, mais j’avais quand même envie d’en parler. On ne tient pas un projet d’écriture sur un an sans avoir envie d’en toucher quelques mots à sa fin ! Si vous aimez écrire, et avez envie d’écrire plus fréquemment, c’est un exercice qui s’y prête plutôt bien : c’est comme une course d’endurance très douce, sans pression — à part celle qu’on se met soi-même, et c’est très bénéfique de s’y confronter pour voir si elle est adéquate ou exagérée.

Et parce qu’on aurait tort de profiter de chaque occasion pour faire son auto-promo, je vous encourage quand même à (re)découvrir ces 34 petites choses, et à me laisser vos impressions, maintenant que c’est possible !

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9 Comments

  • Ciel d'Orage
    Posted 2 avril 2019 à 12:57 0Likes

    C’est très intéressant comme projet. Effectivement, même en te suivant sur Twitter, je n’ai pas eu réellement connaissance de ces textes. Mais je suis admirative du fait que tu aies mené ce projet jusqu’au bout (même sans écrire tous les jours), jusqu’au point final.
    Tu as déjà beaucoup de projets d’écriture, du coup, je suis d’accord avec le fait de reporter l’idée des 365 matins à une occasion où tu seras plus tranquille. Sinon tu risques de te noyer.

  • Elodie
    Posted 2 avril 2019 à 19:10 0Likes

    Ton article me parle beaucoup. J’ai eu une démarche similaire sur un compte instagram que j’ai créé pour “m’obliger” à écrire (ici https://instagram.com/15_minutes_par_jour_?utm_source=ig_profile_share&igshid=iel4ijeeztha ) C’est tout bête, je me disais j’aime écrire mais quand je faisais le compte, j’écrivais peu ou pas assez régulièrement alors que c’est en écrivant qu’on écrit et pas simplement en en formulant le voeu pieu :-) Au final, je suis aussi loin d’avoir relevé ce défi qui pourtant me semblait raisonnable (15 minutes d’écriture par jour) mais comme tu dis, la vie, les aléas et puis parfois la flemme aussi mais ça a au moins eu le mérite de me remettre dans le geste d’écrire et je compte bien continuer. Des blogs comme le tien et ce que tu y partages sur l’écriture m’y incite aussi. Je file maintenant lire tes textes !

    • Pauline
      Posted 5 avril 2019 à 12:56 0Likes

      Merci pour ton commentaire Élodie ! Ton projet est super, je suis très peu douée pour la poésie, je trouve qu’il faut beaucoup de courage pour en écrire.

  • Camille
    Posted 3 avril 2019 à 05:52 0Likes

    Très beau projet, d’autant plus unique de part son irrégularité. Un vrai plaisir de lire chacun de ces textes. Il donne vraiment envie d’écrire sur la poésie de la vie quotidienne.

  • Lucie
    Posted 3 avril 2019 à 10:19 0Likes

    Ayant découvert ton blog il y a peu, je découvre ce projet maintenant qu’il est terminé et ça me fait sourire parce que ça me fait un peu penser à un projet commencé en novembre 2016. Pareil, j’avais envie d’inscrire l’écriture dans une habitude plus quotidienne. Presque tous les matins à la fin de mon petit déjeuner j’écris un texte de “poésie quotidienne”, je laisse venir ce qui vient, je retravaille à peine et je publie sur un blog dédié à la fréquentation particulièrement limitée (il doit y avoir max 10 personnes qui lisent ces textes quand ils sont publiés). Je me suis rendue compte que la discipline s’installe vraiment dans le temps et dès que je décroche de cette écriture là, j’ai du mal à me remettre dans le bain, je trouve nul ce que j’écris et j’ai plus de mal à le partager. Il faut que je me force pour relancer la machine, mais j’aime bien ce petit blog confidentiel parce qu’il est très personnel et qu’il dessine finalement un certain nombre de mes états d’esprit depuis 2 ans et demi, je trouve ça très enrichissant même juste pour soi (même si l’absence de retours peut être frustrante parfois).
    Mais effectivement, depuis que j’ai essayé de me discipliner sur l’écriture de mon roman, c’est plus difficile de maintenir aussi la discipline sur Le Papyrophile. Avant j’arrivais à publier tous les jours, maintenant c’est plus erratique, mais je me dis que finalement tout le monde s’en fout et que je fais bien ce que je veux, comme je veux et quand je veux. :)
    Bref, tout ça pour dire que quand on se lance ce genre de défi on a tendance à être hyper dur·e·s avec nous quand on n’arrive pas à s’y tenir alors qu’on devrait juste se focaliser sur les réussites et ce que ça a apporté de cool dans notre vie.

    • Pauline
      Posted 5 avril 2019 à 12:57 0Likes

      Bien d’accord avec les conclusions que tu as tirées de ta propre expérience ! Je vais jeter un oeil à ton blog, du coup :D

  • Nymeria
    Posted 4 avril 2019 à 18:44 0Likes

    Pauline, je dois te dire une chose : j’adore tes mots, j’adore la manière dont tu les arrange, je ne sais pas comment tu le fais mais ça sonne toujours juste. Tu mets le doigt avec une précision incroyable sur toutes ces choses qui font que la vie est la vie, et tu arrives à retranscrire cela, c’est magnifique !
    Alors merci, merci d’écrire ici, moi je te lis avec bonheur, je découvre et redécouvre et reredécouvre tes articles, je rêve à mille ambiances et je sourie devant les instants de joie que tu écris. Tes 365 matins ? Je les adorais. Ils ne sont plus là ? Je peux toujours les relire :)

    Tu rêves d’être écrivaine, ça nous fait un point commun, mais je crois que toi tu as une grosse grosse chance de réaliser ton rêve. Je te le souhaite, en tout cas !

    Je m’identifies pas mal à toi, je lis aussi tes articles sur Une Jeune Idiote, merci d’avoir laissé ce blog en ligne d’ailleurs, c’est un peu comme avoir tes mots une deuxième fois. Et quand tu parles introversion, bac à 15 ou 16 ans, un peu de solitude ou impression d’être à part, comme asociale, ce que tu décris comme ton ressentis plus jeune, je me reconnais là-dedans, même si le grand bac pour moi sera l’année prochaine (à 16 ans), et la peur d’aller dans le “grand bain”. Je ne te connais pas dans la vraie vie mais je me reconnais dans ce que tu écris.

    Alors juste. Merci.
    <3

  • Kellya
    Posted 13 avril 2019 à 19:02 0Likes

    Merci pour ce retour, j’ai beaucoup aimé suivre tes 365 matins, et je suis touchée par cette décontraction déculpabilisante qui les accompagne. Faire ce qu’on peut, comme on peut, et le partager, c’est très inspirant pour moi qui ai tendance à me bloquer très facilement.

    • Pauline
      Posted 16 avril 2019 à 09:46 0Likes

      Merci beaucoup Kellya ! C’était vraiment mon but avec ce projet, désacraliser l’écriture et m’habituer à soumettre mes écrits aux regards extérieurs. C’était quelque chose de très difficile pour moi et c’est quand même important quand on a envie d’écrire des romans, et d’être publiée :D

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