Ce matin, on a tout mis de côté. Les excuses, les retards, les trahisons, les prétextes. On a tout mis de côté, pour pouvoir recommencer. Je me suis préparée au grand plongeon, j’ai retouché mon rouge à lèvres, j’ai rangé mes mèches folles derrière mes oreilles, devant le miroir de l’entrée entouré de la lumière qui coulait dans le salon, je me suis fait belle pour ce nouveau départ. J’ai fermé les yeux devant ce reflet un peu mensonger, en me disant après tout, il n’y a de mensonges que là où on veut les voir.

Je croyais avoir fait le tour de notre question, voilà tout, il ne m’apparaissait qu’une seule solution, celle de se dire au revoir poliment, de fermer la porte sur cette histoire, peut-être avait-elle trop duré. Je ne savais pas trop, j’hésitais. J’avais envie de te voir vaciller, aussi, toi qui es toujours si droit dans tes bottes, si sûr de toi. A quoi ressembles-tu, quand tu ne sais pas ? Je t’ai donc dit au revoir, c’était hier soir. Je t’ai dit des banalités, je ne sais plus où on va, il vaut mieux s’arrêter là, c’est une chose de s’ennuyer, mais là c’est une question de respect, j’ai pleuré. En te disant que j’avais beaucoup souffert, je réalisais combien c’était vrai. Et combien dans un coin de moi, tu avais creusé un terrier, tu t’étais caché, c’était difficile de déloger tout cet amour pour toi. Je n’avais peut-être pas la volonté.

Tu m’as suppliée, c’était donc comme ça que tu vacillais. Les erreurs c’était du passé, tu as dit, tu as dit aussi je ne sais pas ce qui m’a pris et dans ta voix posée j’ai senti les angles aigus du danger. Pas pour moi, non, moi ça va. Le danger dans lequel tu te collais, toi, à te dénuder comme ça, à ôter couche après couche toutes tes armures pour me faire comprendre ce qui comptait. Pour toi. Pour nous.

À ce moment-là je me suis dit qu’il y avait peut-être quelques choses à sauver du naufrage. Sur une île déserte, vous emporteriez : ◎ le dernier roman en vogue que vous ne lirez jamais, △ votre paire de talons aiguilles préférée, ☐ le coeur embroché de votre amant parjuré. Vous avez une majorité de ☐ : vous êtes cruelle croqueuse d’hommes, félicitations ! Moi dans la vie, je n’ai jamais rien croqué. Je me suis laissée dévorer, par un feu que d’aucuns appellent la passion, je n’ai pas trop aimé. Une fois la passion éteinte, il reste le quotidien, on s’est brûlé la rétine à fixer les flammes trop longtemps, on est aveugle à la beauté trop simple d’un rayon de soleil voilé. On s’est ennuyé. Je ne t’en veux pas tu sais, j’aurais pu moi aussi faire ce pas de côté, en dehors du chemin, c’est que je n’ai jamais été très aventurière non plus, tu étais mon premier rodéo. J’attendais juste que le temps passe, tu l’as accéléré.

Hier soir, tu m’as lancé des signaux de détresse, il y avait une profonde tristesse à voir émaner de toi une si grande peur de me perdre. J’ai cru voir renaître une braise, un semblant de souffle, je me suis dit pourquoi pas. Et pourquoi pas, en effet, je n’ai nulle part où aller, ni île déserte ni paradis artificiel, il n’y a que ce nous à reconstruire, pourquoi pas. Mais je te préviens, je te le dis tout net, je te le dis comme me le disait ma mère : une fois mais pas deux, regarde-moi bien en face, et dis-moi dans les yeux.

Ce matin, c’était la dernière. Ou bien y a-t-il encore du mal que tu voudrais nous faire ?

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