1
Fév
2019
15

CLFAntigones #7 : comment combattre la culture du viol ?

Serait-on le 1er du mois, et serait-il qu’on vous propose une nouvelle édition du CLF tout pile au début du mois ? Bon… ce serait passer outre le fait que reprendre en janvier a été physiquement impossible, tant pour Ophélie que pour moi. C’est un sujet qui n’a rien à voir avec celui du jour et qui mériterait un article à lui tout seul, mais ménager du temps de gratuité pour créer sur Internet devient de plus en plus difficile. En ce qui concerne le club, on a surtout beaucoup réfléchi à comment l’améliorer, comment favoriser l’échange entre nous tous·tes, pour que le club vive vraiment. On partagera avec vous le fruit de nos réflexions bientôt, et on vous demandera votre avis, bien entendu ! (si vous voulez nous le donner aujourd’hui, c’est bien évidemment possible en commentaire)

Toujours est-il que nous revoici, nous revoilà. Pour le mois de février, placé traditionnellement et commercialement sous le signe de la Saint-Valentin, on a voulu prendre un peu le contrepied de cette fête pour aborder un sujet très grave et très important : la culture du viol. Voilà voilà, ce n’est pas ici qu’on vous proposera 10 nouvelles romantiques, mais j’imagine que vous vous en doutiez.

(note : le reste de cet article abordera la thématique du viol, sans détail, mais si c’est un sujet difficile pour vous, prenez bien soin de vous et on se retrouve en mars si vous le souhaitez !)

Ce terme, de « culture du viol », commence à être de plus en plus utilisé et reconnu, bien qu’il rencontre encore une frange de sceptiques. C’est un véritable concept sociologique, qui désigne le système dans lequel nous vivons et qui produit un ensemble de mécanismes qui minimisent le viol, et qui vont même jusqu’à l’encourager. C’est très complexe, ça touche toutes les strates de la société, de nos conversations entre ami·es jusqu’aux procédures juridiques visant à déterminer la culpabilité des violeurs, quand on demande aux victimes ce qu’elles portaient ce jour-là, par exemple. J’aurais bien du mal à rentrer un peu plus dans les détails, et ça tombe bien vu que rentrer dans les détails, ce sera l’objet de notre lecture commune !

En tout cas, aborder ce sujet en ce moment nous a semblé indispensable dans notre travail de réflexion féministe. Ce d’autant plus que s’est tenu ces derniers jours le procès de deux policiers du Quai des Orfèvres, accusés du viol en réunion d’une touriste canadienne, Emily S., en 2014. Ces policiers ont été jugés coupables et le parquet a requis 7 ans d’emprisonnement, ce qui représente, en soi, une petite (grande ?) victoire contre les violences faites aux femmes, après un non-lieu en 2016 qui, lui, avait la saveur d’une amère défaite.

La route est encore longue pour que la vie privée des femmes, leurs comportements intimes, leur habillement, ne constitue plus des arguments contre elles et en faveur de leurs agresseurs. La réflexion autour de la culture du viol est très importante pour nous défaire de nos propres préjugés, et envisager le tableau dans son ensemble.

Pour ce faire, nous vous proposons deux lectures, soumises à vos votes, comme d’habitude !

En finir avec la culture du viol, de Noémie Renard

Cet essai paru début 2018 attaque le sujet de manière frontale. Il nous expliquera en quoi les violences sexuelles sont encouragées par une culture ambiante qui les minimise et décrédibilise les victimes. On espère aussi trouver quelques pistes pour déjouer ces mécanismes, comme le suggère le titre de l’ouvrage.

Résumé : En France, chaque année, entre 60 000 et 100 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. Et les viols ne représentent que la partie émergée d’un iceberg : celui des violences sexuelles. Chaque jour, que ce soit à la maison, au travail ou dans la rue, des femmes sont agressées sexuellement ou harcelées. Ces violences ont des conséquences graves : elles minent la confiance et limitent la liberté par la peur qu’elles instaurent. Elles constituent une atteinte aux droits et à la dignité des personnes et consolident la domination masculine. Ces violences sexuelles n’apparaissent pas spontanément. Elles ne font pas non plus partie de la « nature humaine » ou de la « nature masculine ». Elles ont des causes sociales – impunité des agresseurs, idées reçues sur la sexualité – et ne sont donc pas une fatalité. C’est pourquoi il est important d’identifier les éléments culturels qui servent de justifications et de terreau à ces actes, afin de proposer des pistes qui permettront d’y mettre fin.

Éditions Les petits matins, 180p., 12 €

Nous les filles de nulle part, de Amy Reed

Notre première virée dans la littérature jeune adulte ! C’est un genre que je trouve de plus en plus intéressant, car à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte, l’esprit des « YA » comme on les appelle est potentiellement plus ouvert aux changements de perspectives. Le monde reste à construire, et c’est le bon moment pour challenger des préconceptions néfastes. Je suis donc curieuse de voir ce que peut donner ce roman, qui met en scène une jeune fille qui décide de prendre à bras le corps cette culture du viol si néfaste, qui a détruit une ancienne élève de son nouveau lycée.

Résumé : Grace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents. Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets. Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.

Éditions Albin Michel, 522p., 19 €

Les dés sont jetés !

Nous lirons Nous les filles de nulle part, d’Amy Reed.

On espère que ce retour du Club de Lecture Féministes des Antigones vous botte autant que nous ! En 2019, on aimerait faire évoluer le club pour qu’il devienne une vraie communauté, vous proposer des interventions toujours plus intéressantes et construire ensemble un dialogue autour du féminisme. Le tout en gardant notre petite « marque de fabrique », à savoir aussi questionner des sujets moins glamours, moins médiatisés, et donner la parole à des autrices issues de milieux qu’on entend relativement peu en France.

N’hésitez pas à partager cette édition autour de vous (sur les réseaux sociaux avec le #CLFAntigones) et à inviter vos proches à rejoindre notre joyeuse bande de lecteur·ices engagé·es ! Quel titre vous branche le plus ? Pour ma part, impossible de décider, j’espère qu’au moins l’un des deux est dispo à la bibliothèque.

À bientôt pour les résultats du vote, et en attendant, take good care!

CLFAntigones

Rappels sur le fonctionnement du Club de Lecture Féministe des Antigones :

  • Tous les mois, nous vous proposons de choisir entre deux ouvrages sélectionnés autour d’une thématique commune.
  • Les éditions du club se retrouvent alternativement sur le blog d’Ophélie, Antigone XXI, et sur le mien (ici, donc). En mars, je vous donnerai donc rendez-vous chez Ophélie !
  • De notre côté, une édition implique un article d’ouverture, où l’on vous présente la thématique et les ouvrages, et un article de clôture, où on partage notre ressenti/analyse sur le livre sélectionné et lu.
  • Tout le long du mois, nous échangeons sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag #CLFAntigones.
  • De mon côté, je publie une petite revue rapide sur Goodreads à la fin de ma lecture, et vous pouvez aussi retrouver mon ressenti en cours de lecture sur Instagram, pour notre désormais traditionnel #VendrediLecture.
  • Nous essayons, autant que faire se peut, de proposer des ouvrages accessibles et abordables. Cependant, un certain nombre d’ouvrages féministes ne rencontrent pas assez de succès pour être réédités en poche et sont donc assez coûteux… Nous vous encourageons donc à emprunter à la bibliothèque municipale, à chercher des éditions d’occasion, ou à créer votre mini-club de lecture physique entre copines/soeurs/cousines… pour partager les coûts !
  • Nous vous invitons à partager vos avis sur la lecture du mois de la manière qu’il vous sied : directement en commentaire de nos articles bilans, dans un article sur votre propre blog que nous relayerons…
  • Vous êtes super déçu·es car votre choix n’est pas la sélection finale ? Ne vous privez pas de lire le livre qui vous botte le plus et d’en parler ! Nous nous ferons un plaisir de relayer vos avis.

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6 Réponses

  1. Juste un petit commentaire pour réagir sur ton paragraphe sur « ménager du temps de gratuité ». Pour tenir un blog avec des articles, que j’essaye d’écrire un minimum documenté, mais pour lequel je ne fais quasiment aucun travail de communauté, pff ben oui, je n’imagine pas votre travail à toutes les deux !!

    Donc bravo et merci pour vos recherches en amont pour proposer des sujets, des livres, et surtout les présenter de manière qui donne vraiment envie !

    (et sinon, plus sobrement : « a voté ! » )

  2. Kellya

    Je découvre cet article un peu tard, je ne voterais donc pas. Je crois que je vais finir par lire les deux de toute facon. Merci pour votre engagement et le retour du club de lecture! Pour moi il était bon que Janvier soit un mois de repos, ma vie était bien trop bouleversée pour participer de toute facon.

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