20
Nov
2018
18

3 pistes pour être féministe et le rester

Cette année, à l’approche du 25 novembre, j’avais envie de vous parler de féminisme encore une fois. C’est probablement pas la dernière, mais ça me tenait tout particulièrement à cœur, peut-être parce que le monde change un peu mais pas tellement. Je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir vous raconter qui n’ait pas été dit mille fois, et puis je me suis dit que si vous êtes comme moi, vous avez peut-être besoin de conseils. Des pistes pour être féministe, aujourd’hui et maintenant, alors que vous avez peut-être la flemme, êtes peut-être timide, mal à l’aise avec le milieu militant, ou tout simplement vous n’avez peut-être aucune idée de ce que vous pouvez apporter à la luuuuutteuh.

Pourquoi être féministe et militant·e ?

Être féministe, et le revendiquer est déjà une forme de militantisme. On est très nombreux·ses à le dire, une fois les yeux ouverts sur les inégalités, les injustices, les crimes aussi, qui sont le fruit du patriarcat, il nous est impossible de les refermer. Et impossible de ne pas vouloir que tout le monde ouvre les yeux à son tour. Mais au-delà de ça, je pense qu’il est important de rester féministe, de rester alerte, pour ne pas nous reposer sur nos lauriers, et aussi tout simplement par sororité. On entend beaucoup l’argument « nous ça va », comme si tous les problèmes étaient réglés ici (aka en France, et plus globalement dans la société occidentale), comme si on fignolait juste des détails maintenant.

Or, c’est non seulement faux mais aussi égoïste. On ne peut pas penser que « nous ça va » quand on est encore si nombreuses à avoir témoigné #MeToo l’an dernier, quand chaque jour des hommes puissants sortent impunis d’accusations de viol ou de harcèlement sexuel, quand encore une femme meurt tous les 3 jours sous les coups d’un mari violent, et que la police et la justice s’en lavent les mains. C’est égoïste aussi parce que quand bien même « nous, ça va », quid des autres ? Celles qu’on ne voit pas, qui sont loin et dont on ne connait pas les prénoms, sont-elles moins nos sœurs ? Et même si on pense qu’on ne peut rien faire pour ces femmes souvent anonymes aux destins façonnés par d’autres cultures, d’autres lois, d’autres coutumes, on peut garder les yeux ouverts, s’informer, pour ne pas penser que « ici, ça va, donc tout va ». Ici, sur cette planète, les femmes sont encore victimes de violences (pas uniquement conjugales), sont encore amoindries par le poids du système patriarcal, et si on peut ouvrir les yeux… ne doit-on pas le faire ?

J’ai envie de partager avec vous quelques « réflexes » que j’ai acquis, depuis le moment, vers mes 18 ans, où j’ai réalisé que je devais me revendiquer féministe, qui me permettent d’être fidèle à mes valeurs, de remise en question personnelle, et de quête de justice.

S’INFORMER – écouter d’autres voix

Quand on commence à s’intéresser à une cause, on traverse en général une période un peu compulsive, où on absorbe le plus d’informations possibles en un temps record, pour nourrir notre intérêt et le justifier. Ça m’est arrivé pour le bien-être animal, pour l’éducation, et pour le féminisme, bien entendu. Pour les deux premiers, j’ai laissé de côté ma frénésie : je me sens aujourd’hui soit assez à l’aise dans mes connaissances pour pouvoir argumenter (étant végétarienne depuis plus de 5 ans), la situation ne changeant pas beaucoup, soit pas assez concernée pour en faire un cheval de bataille qui occuperait toute mon énergie (n’ayant pas encore d’enfants). Pour le féminisme en revanche, je suis telle Maugrey Fol Œil : en vigilance constante.

Parce que je suis une femme, certes, mais je corresponds à une frange assez marginale de la population féminine. Je suis blanche, je vis dans un pays riche, je n’ai jamais vécu de violences conjugales… j’ai besoin de me connecter aux femmes qui ont un vécu différent, de connaître leurs points de vue, car j’ai besoin d’être du côté de toutes les femmes, pas seulement celles qui me ressemblent. Pour ça, j’essaye de lire des vécus d’autres femmes (pour faire un peu d’autopromo, le CLFAntigones me force à chercher des vécus d’autres femmes, Ophélie explique très bien pourquoi ici), j’essaye de comprendre d’où viennent ces femmes qui ne me ressemblent pas, qui font parfois des choses qui me sont totalement étrangères. Ça demande de la bienveillance, et de l’humilité. Il faut accepter qu’on ne comprendra jamais tout, et qu’on ne sera pas forcément pertinent·e sur certains sujets. À nous de porter la voix de celles qui parlent de ce qu’on ne vit pas, afin que le monde nous entendent toutes.

SOUTENIR – la sororité, un mot d’ordre

Pour faire avancer les choses, il faut que les femmes aient plus de place. Je ne suis pas là pour dire « il faut qu’elles prennent plus de place », on sait que ce n’est pas aussi facile qu’un pauvre yaka fokon, je pense surtout qu’en s’entraidant, en se soutenant, on aura l’énergie pour créer une gigantesque courte échelle, se propulser les unes les autres, et s’extirper du schéma constant de mise en compétition entre les femmes. Soutenir les femmes, ça veut dire quoi ? Pour moi, cela revêt deux formes :

  •  Soutenir la création des femmes

En lisant leurs livres, regardant leurs films, leurs séries, et quand je le peux, en soutenant financièrement le travail des femmes. Quand il me parle, bien entendu, je ne vais pas commencer à acheter des produits que je n’aime pas / qui sont contre mes valeurs uniquement parce que la PDG est une femme. Mais il existe des tas de créatrices qui font des choses chouettes, et il existe des tas de moyens de les soutenir. Chaque mois, j’ai un petit budget Tipeee, pas énorme puisque je ne roule pas sur l’or, mais j’y soutiens la création artistique et l’expression de femmes. En ce qui concerne par exemple la cosmétique, les produits de la maison, sans surprise on trouve beaucoup de petites entreprises créées et dirigées par des femmes, qui portent de belles valeurs.

  •  Soutenir les combats des femmes

Depuis avril, je suis bénévole dans une association qui soutient les victimes de violences sexistes et sexuelles (sans surprise toujours, ce sont une très grande majorité de femmes). J’y aide comme je peux, majoritairement en m’occupant un peu de la communication de l’association. Je ne pensais pas que j’aimerais autant faire ça. Ça me prend du temps, parfois ça m’arrache les cheveux, mais j’en ressors toujours avec le sentiment d’avoir œuvré pour plus grand que moi. Je tâtonne encore, je cherche encore un peu ma place dans une équipe de bénévoles hyper militantes, hyper engagées, parfois un peu désolée de n’être pas aussi « badass » (je vois ce que je veux dire). Mais je suis contente de faire quelque chose, d’aider, pour une cause qui m’est tellement importante.

Être bénévole dans une association, ce n’est pas forcément pour tout le monde. Ça peut effrayer, je le comprends tout à fait : on ne sait pas forcément comment rentrer dans une asso, quand on est un peu timide ou introverti·e, on peut être gêné·e, et en tant que femmes, on a souvent du mal à se rendre compte de ce qu’on a la capacité d’apporter. Une autre manière de soutenir les combats des femmes, c’est de faire des dons aux associations qui les aident. On peut de plus en plus souvent faire de petits dons mensuels, à la manière de Tipeee, et ils sont vraiment précieux pour le fonctionnement d’équipes souvent très réduites, dans un contexte où les subventions publiques se font de plus en plus rares.

Pour info, l’asso pour laquelle je milite s’appelle L’Échappée et elle fait un travail merveilleux. Du coup, si vous avez envie de la soutenir, n’hésitez pas à faire un tour sur la page HelloAsso de L’Échappée, toutes les infos s’y trouvent.

CONDAMNER – refuser les « petites » violences

Ici je m’adresse plus particulièrement aux quelques hommes qui traînent peut-être par ici, mais aussi aux femmes comme moi, plutôt privilégiées. Évidemment, quand on est victime d’une violence, on n’est pas forcément à même d’y réagir. Loin de moi l’idée de placer le blâme sur les victimes, au contraire. Je parle ici des situations où les victimes ne sont pas nous, mais « les autres », et où il pourrait être plus facile de détourner les yeux.

Messieurs, particulièrement, qui passez du temps en compagnie d’autres hommes. On vous écoute, vous, quand vous parlez. On vous prend au sérieux. Alors profitez-en, non pas pour rabaisser les femmes et assoir votre pouvoir, croyez-nous quand on vous dit qu’on est bien conscientes que la société est de votre côté. Profitez-en pour recadrer vos potes, vos collègues, vos proches, quand leur comportement dépasse les bornes. Vous qui vous revendiquez féministes ou alliés féministes, utilisez vos connaissances à bon escient, et exercez votre influence sur votre entourage. Faites taire les blagues sur les compétences d’une collègue, sur la sexualité d’une amie, sur le physique d’une passante. Intervenez si vous êtes témoin d’une agression dans un lieu public. On vous écoute, alors quand vous parlez, faites-le bien.

Et nous aussi, femmes privilégiées parce qu’on correspond en certains points à ce que la société attend de nous, nous pouvons user de la même maxime pour défendre nos sœurs qui ne rentrent pas dans ces cases trop étroites. Ça se passe en famille, entre amis, dans le cadre professionnel. On peut et on doit se serrer les coudes. Au-delà de ne pas nous juger les unes les autres, de faire preuve de bienveillance mutuelle, on peut aussi monter au créneau, se mettre en colère. La colère des femmes est malvenue. La colère des femmes fait peur. Et si elle fait peur, c’est qu’on doit l’utiliser plus souvent, pour qu’elle finisse par se faire entendre, et renverser la vapeur.

On sent en ce moment un vent de changement, on a peut-être l’impression de vivre dans une époque résolument féministe. On gagne de petits et grands combats, et ça fait du bien, ça fait tellement de bien. Je l’ai déjà écrit, ce qui me fait le plus de bien, c’est surtout ce courant de sororité que je constate, bien que je sois assez avertie maintenant pour ne pas penser qu’il est universel. Il a simplement le potentiel pour le devenir. De toute manière, la route est encore longue jusqu’à l’égalité totale, il y a des combats à mener sur tous les fronts, et ils sont tous importants. L’essentiel, si vous vous reconnaissez dans le féminisme d’une manière ou d’une autre, c’est de participer. À notre échelle, chacun·e, parce qu’il est possible de ne pas se reconnaître dans les modèles militants les plus bruyants, les plus médiatisés, et qu’il n’y a pas besoin d’être de toutes les marches, de toutes les assos, pour être féministe et participer au mouvement.

J’écris toujours ces articles engagés avec un peu plus de fébrilité que les autres. J’ai toujours peur d’être maladroite. C’est difficile de parler de féminisme sans toucher à ces intersections des luttes sur lesquelles je ne suis pas légitime. J’espère que j’ai été assez délicate.

J’en profite pour vous encourager à rejoindre les marches, lancées par le collectif #NousToutes et accompagnées du collectif #NousAussi, qui auront lieu partout en France le samedi 24 novembre, pour faire entendre ensemble nos voix. Je serai à celle de Lille, et j’espère que nous serons nombreux·ses !

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20 Réponses

  1. Je suis d’accord avec tout.

    Peut-on faire commentaire plus constructif ?

    Blague à part, merci pour tout ce boulot d’écriture !
    Ça fait du bien à lire pcq parfois on se sent seule dans notre combat/quête parmi des membres de notre famille ou des collègues franchement sexistes. Lire des trucs comme ça, ca renforce le sentiment de sororité je trouve. On se dit qu’on lutte chacune de notre côté et qu’on saura tisser des liens pour se soutenir et se retrouver.

    Merci !

    1. Ahah, merci beaucoup ! Tu as raison, je crois. On est un peu seules au quotidien à mener les luttes à notre échelle, mais on sait qu’il y a tout un réseau de soeurs prêtes à nous soutenir <3

  2. Anaïs

    Merci pour tes mots ! J’aime tes articles sur le féminisme parce que d’abord je suis toujours d’accord avec toi, et surtout parce qu’ils mettent des mots sur ce que je n’arrive pas toujours à exprimer.
    Je ne sais pas si il y a à Rennes une marche le 24, mais j’irai si il y en a une !
    *s’en va googler*

  3. Bonjour Pauline, merci beaucoup pour cet article si essentiel que j’attendais avec impatience !

    Je suis d’accord : même si à titre individuel, on peut se dire « ça va », nous sommes encore loin d’un monde égalitaire et bienveillant envers les femmes, que ce soit en France ou ailleurs !
    Merci de récapituler toutes ces actions à mener pour continuer le combat féministe et la défense de nos droits. Ca fait un bon mémo pour se rappeler que nous pouvons tout-e-s faire notre part dans le domaine du féminisme. Pour ma part, j’aimerais apporter plus de soutien aux femmes.

    Et puis, lire cet article m’a fait me sentir moins seule. Moi qui aux déjeuners-dîners de famille insiste pour souligner que c’est principalement par éducation que les femmes prennent soin des autres et que les hommes en sont tout à fait capables si seulement on les éduquait dans ce sens, entre autres exemples. Il y a du progrès mais ça avance doucement. C’est pour ça qu’il faut continuer à se soutenir et à ne rien laisser passer.

    Merci encore pour cet article et si jamais tu as envie d’en écrire d’autres, je les lirai et les commenterai avec plaisir ! <3

    1. Merci à toi, pour ton super article dans lequel tu m’as citée !
      On a besoin de se serrer les coudes et de se soutenir, je suis contente que cet article ait rempli cet objectif pour toi. Bises ! <3

  4. Linda

    Même quand on est sensibilisée aux questions féministes, on a toujours besoin de piqûres de rappel de temps en temps, pour se remotiver, s’intéresser ou prioriser un aspect qu’on laissait de côté jusqu’à présent, donc les redites ne sont jamais malvenues ni superflues :)

    Je suis très agacée quand j’entends des gens dire qu’en France, « les femmes ne sont pas à plaindre ». Comprendre « On est sympas on vous cadenasse pas à la maison en vous jetant des cailloux, alors fermez-la bien comme il faut ». Certes, si l’on compare la situation des femmes vivant en France aux pires pratiques à l’échelle de la planète, ça va. Mais ce n’est pas une raison pour se résigner aux inégalités salariales, à la précarité économique, aux violences conjugales et/ou sexuelles, à l’inégalité dans le travail familial et domestique et j’en passe. Surtout que toutes les femmes de France ne sont pas égales, de par leur situation familiale/socio-économique, leur orientation sexuelle, leur condition physique etc…

    Je trouve ton troisième point particulièrement intéressant, il n’y a pas de « petit » enjeu dans le féminisme. Dans les pays considérés comme en avance au niveau de l’égalité hommes-femmes, le diable patriarcal se cache souvent dans les détails. Vigilance constante, donc! *génération Harry Potter*

    1. Merci pour ton commentaire !
      Je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est sûr que de là où on est, on ne peut concrètement pas fait grand chose pour les femmes d’ailleurs chez qui c’est « pire », à part éventuellement donner de l’argent (et encore, souvent nous on ne connaît que les plus grosses ONG, avec le problème de transparence que ça implique…) et surtout relayer les combats et afficher notre solidarité. Par contre ici on peut faire plein de trucs ! Et en combattant les petits actes de sexisme ordinaire, on peut changer les mentalités, ça va de pair avec faire changer les lois et les moeurs…

  5. Merci Pauline pour cet article si bien écrit et juste <3 J'aimerais tant que tu sois davantage lue parce que je t'ai toujours trouvée brillante, pertinente, à la fois déterminée et n'ayant pas peur d'exprimer ses doutes, de montrer un peu ses "faiblesses" (je ne trouve pas le bon mot :x) : c'est ce qui m'a fait t'apprécier dès le début sans même t'avoir rencontrée. Tu es un modèle féminin qui m'inspire beaucoup parce que tu es forte et fragile à la fois, un peu comme moi je crois.

    Et puis aussi, merci pour ton blog (je passe souvent ici sans jamais ou presque laisser de commentaire, c'est mal :x) qui apporte de l'intelligence, de la réflexion dans une blogosphère qui est parfois (souvent ?) un peu trop consensuelle, qui n'aime pas les engagements forts parce que ça fait flipper, qu'on préfère être brossé.e dans le sens du poil, ne pas trop se poser de questions et du coup, qu'on ne vienne pas trop bousculer nos idées. Je m'en rends de plus en plus compte… :(

    Je vais m'empresser de partager ton article parce qu'il est important :)
    Bacioni :*

    1. Rah merci, je t’ai déjà dit merci mais je redis merci <3
      Je pense que le mot "faiblesses" est bien approprié, ce n'est pas mal d'avouer ses faiblesses, ses doutes parfois, d'être fragile comme tu dis. C'est l'humanité et c'est joli comme ça !

  6. Pingback : Pourquoi être féministe aujourd’hui ? – Reflets de lune

  7. Merci pour cet article, j’admire toujours beaucoup ta façon de faire passer des messages forts tout en délicatesse, avec synthèse, avec sincérité… (Moi qui finit toujours par faire des articles interminables, assez scolaires ou assez « journalistiques » !)
    On ne pouvait pas imaginer plus beau message, j’espère qu’il sera beaucoup lu

  8. C’est un article que je trouve très juste, Pauline, dans la forme et le fond.
    Tu nous parles d’ un féminisme qui ne combat pas seulement l’insupportablement injuste, mais porte une admiration pour toutes les femmes, et invite à la bienveillance les unes pour les autres.

    « Constant vigilance » ! ;-)

    Claire

  9. Je suis en train de finir le témoignage Ici, les femmes ne rêvent pas de Rana Ahmad. Quelle grosse claque!
    ( tu l’as lu?)
    Et du coup, ton article paraît au moment où j’avais besoin de le lire.

    (L’échappée a l’air d’être une très belle initiative ! Bravo de t’y être engagée. Nous, on est famille d’accueil pour les enfants qui ne partent pas en vacances, parce que nous sommes des dinosaures par rapport à toi)
    Je t’embrasse, prends soin de toi ( c’est féministe aussi de prendre soin de soi ;-))

    1. Je n’ai pas lu mais j’ai ajouté à ma liste Goodreads, du coup ! Merci !
      Des dinosaures je ne sais pas, mais des gens très engagés au quotidien, ça c’est sûr, c’est inspirant ! Bises <3

  10. Pingback : Revue de web – novembre 2018 • Inspiration • La Lune Mauve

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