5
Sep
2018
14

Un jour sur deux

Le retour de vacances un peu abrupt. Quitter la campagne, les balades au coucher du soleil, les tablées dans le jardin entre copains et les réveils embrumés après de courtes nuits. Retrouver le goudron, les bousculades dans le métro, à peine le pied posé sur le quai de la gare de ma grande ville natale et préférée, me demander pourquoi j’ai voulu rentrer.

Un jour sur deux je me réveille à l’aube, en même temps qu’un cher et tendre qui part travailler pendant que je paresse, un peu ou pas tellement. Un jour sur deux je bois mon café sous la couette, pendant que le chat s’étire à mes pieds et poursuit sa nuit dans la pénombre, je fais du sport, j’écris des choses et je trace des lignes de métro (ma nouvelle addiction). Et puis un jour sur deux, je dors trop, entends à peine ce cher et tendre me dire « bonne journée ». Les heures se succèdent dans le silence et dans l’attente d’on ne sait trop quoi, l’oisiveté ne me fait pas grand bien et j’ai du mal à créer. Pour m’évader je lis, je lis beaucoup. Je me demande ce que ça ferait, de n’exister que pour lire, et je suis un peu triste aussi, de ne pas arriver à me secouer, un jour sur deux, d’être engluée.

Dans ces jours à l’odeur de colle à papier, il y a toujours une plaque tournante. Un moment où le silence est trop fort, où on ne s’entend que respirer, et il y a toujours un déclic. Il est alors presque seize heures et la vaisselle n’est pas encore faite, je me lève enfin des tréfonds du canapé et je lance n’importe quelle playlist,pour meubler la blancheur ouatée d’une solitude vouée à ne pas exister longtemps — heureusement. Et il y a toujours un moment, un morceau, où ce qui pèse s’allège sans prévenir, où ma voix enrouée trouve une raison de chanter, pendant que mes mains pataugent dans l’eau savonneuse.

À chaque fois je me dis que je suis bête, qu’il aurait suffit d’allumer la radio avant, de chanter avant, de danser avant, puisque la musique adoucit tous les mœurs. Et à chaque fois cet instant décisif où je décide que toute cette gravité n’avait pas vraiment lieu d’être, où je décide de chanter à tue-tête plutôt que de ruminer, cette infime décision des tréfonds de l’inconscient me paraît comme une libération qu’il a fallu mériter.

J’en conclus qu’il n’est pas si grave de ruminer, ni d’attendre, ni d’être triste un peu sans raison parfois. J’en conclus que je n’ai pas toutes les clefs et ne les aurai jamais, qu’il y a beaucoup de choses que je ne peux pas contrôler. Mais d’un côté, tant que j’arrive à apprécier, tous les matins que le bon Dieu fait, l’odeur du café, les ronronnements du chats, la douceur des draps, alors j’arriverai aussi à mettre en route une playlist à l’éclectisme douteux. Elle finira bien par me faire chanter.

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9h17


24 Réponses

  1. Auriane

    Face au vide béant de la liberté de fin d’études (que je vis actuellement aussi, après 5 ans sans se poser trop de questions, à remettre tout ça à plus tard), je pense que c’est une réaction normale, mais ça me rassure quand même de te lire ! De savoir que c’est pas grave de passer une semaine à binge-watcher (toi aussi françise l’anglais de façon barbare, fun assuré) How I Met Your Mother, puis trois jours à faire des trucs productifs et préparer le petit dej à 7h du mat’ pendant que l’autre se lave, en retard parce qu’il a un endroit où aller, une heure à respecter, des gens à retrouver, des études à terminer ; que c’est normal de passer de l’apathie démotivée devant l’énormité de ce qu’il y a à faire, à l’optimisme sans faille un peu naïf, au réalisme paniqué des jours qui s’écoulent sans que rien ne bouge, à l’argent qui file sans idée d’où il va rentrer ensuite… (Bon, le CROUS, quand est-ce que tu nous verse l’ARPE, sérieux?)

    Bon courage à toi pour cette période, et j’espère que ton jour sur deux sera un de ceux qui sont vraiment bien, et qu’à défaut, l’autre sera au moins confortable, et qu’avec le temps, on va s’habituer à composer avec les vagues de notre humeur, avec le silence des murs blancs de l’appart pour nous seules toute la journée, tous les jours, et qu’on trouvera une porte de sortie qui nous plaise, en plus de nous aider à payer les factures et les croquettes du chat. (Là elle dort sur la table au milieu du linge plié lors d’un élan de motivation, et je profite de cette fin de commentaire pour t’envoyer plein d’ondes positives, parce que tu m’as re-motivée à aller me laver, m’habiller, faire une séance de yoga, et répondre à des annonces médiocres pour pouvoir continuer à trouver l’agence de comm’ qui me donnera envie de faire l’effort d’une vraie belle candidature spontanée… et il est même pas midi, y’a du progrès).

    J’espère que ta journée sera bonne, et des gratouilles à Eleven!

    1. C’est LA question qui régit mes journées : quand va tomber l’ARPE ? D:
      Merci beaucoup pour ton petit mot qui me fait du bien, je suis contente que cet article t’ait motivée et relire ton commentaire pour y répondre m’a motivée aussi. Bises ! <3

  2. L’inactivité, une chose dont on rêve quand on est très occupé, mais qui devient un poids quand elle dure trop longtemps. Je te comprends, je vis une vie où l’oisiveté est très facile à avoir mais où je me rends compte que je m’ennuie. Alors j’essaye de m’obliger à un changement qui me bougera les fesses. Le tien va venir. :)

  3. Stella Mars

    J’ai connu des périodes de chômage, et des périodes juste d’après diplôme qui étaient plus lourdes à porter que les premières (au chômage, l’avantage, c’est qu’on te pousse à chercher un travail, mais que personne ne te reproche de n’avoir pas pensé à ton avenir puisque ça y’est, grands dieux, tu as cotisé et tu es dedans !

    En tout cas ces périodes étaient toujours teinté de cette drôle de ouate qui rend tout mouvement compliqué.

    J’avais trouvé le seul truc qui me faisait marrer : bouger mes meubles et trier. Trier jusqu’à la moelle, c’était un peu flippant tout ce que j’avais envie de balancer. Mais j’avais le sentiment de me débarrasser du coton pourri, et c’était jouissif.

    1. J’avoue que je préférerais, quitte à choisir entre la peste et le choléra, être au chômage. Mais bon, en attendant, je me motive au moins quelques heures par jour ! Trier c’est vraiment jouissif, il me reste un meuble et demi à trier/ranger/donner/jeter, j’ai hâte de m’y coller, ça fait toujours beaucoup de bien. Merci pour ton petit mot !

  4. Ton texte est très beau❤
    J’espère que tu te sentiras mieux bientôt. Et c’est génial d’apprécier les petits bonheurs du quotidien comme tu as l’air de le faire.

  5. Luschka

    Ohlala c’est tellement juste ce que tu écris! Comme je les connais, ces journées, entre moments flottants et temps qui passe à toute allure. J’adore la touche positive que tu arrives à avoir, et tu as tellement raison : ces moments peuvent être tellement lourds, que zut à la fin, il faut accepter la légèreté, pour passer à autre chose. Et un jour sur deux, c’est déjà génial je trouve, comme rythme de productivité !
    Mille bises <3

  6. Oh non, ce n’est pas grave d’être triste sans raison, un jour sur deux, ou deux jours sur deux. Et puis tout finira par se débloquer, doucement, petit à petit, probablement d’une manière inattendue, d’ailleurs, parce que finalement, les plans que l’on fait, à quoi bon les respecter.
    En attendant, je te fais des gros bisous, un jour sur deux, et puis des gros bisous aussi, l’autre jour sur deux.

  7. Joli texte que je rejoins complètement. En arrêt de travail puis congé maternité depuis avril tandis que monsieur travaille et n’a pas eu de vacances cet été, je me retrouve totalement dans cette situation. Dans le fond très contente de pouvoir rester chez moi, de pouvoir profiter de notre nouvelle maison à la campagne, d’éviter les soucis du boulot, il y a quand même des journées plus difficiles que d’autres et certaines bien longues. Presque parfois à lui en vouloir un peu, bien qu’il n’y soit pour rien, évidemment. J’en profite pour jongler entre mes playlists, découvrir de nouvelles choses, lire et lire encore, traîner sur le web, réfléchir à certains projets, à l’arrivée de bébé surtout. Rarement dans le silence, si ce n’est en profitant du jardin quand les jours sont doux.
    Espérant que ces jours sur deux s’espacent et que de belles choses les remplissent.

    1. Oui, les journées solitaires sont très longues ! Mais j’aime me dire qu’on peut faire contre mauvaise fortune bon coeur dans la majorité des circonstances. Je te souhaite une belle fin de grossesse et une belle rencontre avec ton bébé, tu ne risques pas de t’ennuyer après ;)

  8. Trouver l’impulsion quoi qu’il arrive et faire de chaque journée un petit pas vers soi, aujourd’hui la vaisselle demain le chant à tue tête, tout détail a du sens, du poids, de la valeur, ce que tu relates magnifiquement bien avec ton texte, merci pour tes mots toujours si bien choisis <3
    Aurélie

  9. Delphine

    Tu décris si bien mon « quotidien sur deux »: il est parfois 15 heures quand je me sens enfin contente d’être debout et que je me mets à essayer de faire tout ce que j’aurais voulu faire dès le réveil mais que le brouillard intérieur m’empêchait de voir. C’est frustrant, un peu déprimant quand même aussi, mais j’essaye d’être tolérante et bienveillante envers moi-même. Et je me dis que je devrais faire une liste des déclics qui déclenchent mon punch. Et depuis quelques jours je me dis que ces moments off, c’est un peu comme une méditation finalement. Donc dorénavant: « Je ne broie pas du noir, je médite », et tout de suite je me sens plus légère :)

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