21
Juil
2018
4
TitiouLecoqLiberees

« Libérées ! », de Titiou Lecoq

Ce mois-ci et avec un peu de retard — les aléas de la vie, tout ça…, je vous retrouve pour parler ensemble de notre lecture commune pour le Club de lecture féministe des Antigones, CLFAntigones pour les intimes. C’était Libérées !, de Titiou Lecoq, que vous aviez largement plébiscité, et d’ailleurs ça nous intéresserait beaucoup de savoir pourquoi vous avez préféré ce titre à la BD de Liv Strömquist. Donc si vous avez envie de nous en dire plus en commentaire… on est très curieuses !

Je vous parlerai ici de mon ressenti pendant et après cette lecture, et ensuite j’aurai l’honneur d’accueillir mon amie Yasmine, du blog Whatever Works, pour qu’elle partage son avis sur la lecture de Les sentiments du prince Charles, la fameuse BD donc, qu’elle a lue à peu près en même temps que je lisais Libérées !.

Vous pourrez très bientôt découvrir l’édition spéciale de l’été sur le blog d’Ophélie. Nous avons voulu partir à l’aventure et nous espérons que cette édition vous plaira tout autant que les précédentes !

*

Mon avis sur Libérées !, de Titiou Lecoq

Ma lecture de Libérées ! s’est déroulée en deux temps : un premier hyper enthousiaste, où j’ai été captivée et où j’ai appris plein de choses, ce qui a donné lieu à de belles discussions avec mon cher et tendre, et un autre beaucoup plus morne, où je n’ai pas été transcendée du tout et où j’ai l’impression de lire un peu du bla bla hyper formaté. Et en y réfléchissant, je me suis dit que c’était très révélateur et depuis, je me pose beaucoup de questions sur cette réaction ! Tout simplement parce que la première partie de ce bouquin se concentre sur la place des femmes au sein de leur sphère privée — couple, famille — et la deuxième partie, sur la place des femmes dans la sphère publique, c’est-à-dire la rue, le lieu de travail, etc.

Sachant qu’on restreint souvent les femmes à leur sphère privée et qu’on les évince de la sphère publique, je ne peux pas m’empêcher de tiquer en voyant que je suis assez agacée quand une écrivaine parle de la place des femmes dans l’espace public… Comme si, inconsciemment, je voulais l’en évincer, lui enlever sa crédibilité ou la pertinence de ses propos. Je tourne et retourne cela dans ma tête depuis des semaines, mais j’en reviens toujours à cette impression peut-être pas très objective, je ne sais, d’avoir retiré beaucoup plus de « food for thought », de matière à réflexion, dans la première partie que dans la seconde.

Cela vient peut-être du fait que j’ai énormément lu sur la place des femmes dans la société, ce qui veut surtout dire « dans la sphère publique » en général, et que du coup tous les discours me semblent un peu redondants, comme quand on lit cinq livres sur la condition animale à la suite. Les chiffres et les réalités ne changent pas vraiment, alors si le premier livre ouvre les yeux et marque comme une vraie révélation, le cinquième peut avoir un arrière-goût de trop souvent réchauffé.

Cela dit, j’ai quand même vraiment apprécié ma lecture : le ton de Titiou Lecoq est assez léger, j’ai eu l’impression de lire le blog d’une copine, et j’ai été rapidement captivée. Comme je le disais, j’ai beaucoup réfléchi à mon couple, à la répartition des tâches dans notre dynamique, et j’espère vraiment que c’est l’effet qu’a eue cette lecture sur tous les ménages dans lesquels ce livre est passé. Tout simplement parce que, comme le souligne si justement Titiou Lecoq, la répartition des tâches ménagères ne devrait pas se faire « au feeling », car ce feeling est rarement équitable ou juste. Ça vaut le coup de s’y pencher, au moins une fois, sérieusement et formellement.

Le goût du ménage

Un sujet m’a particulièrement marquée : l’idée reçue selon laquelle les femmes aimeraient particulièrement faire le ménage, au contraire des hommes. En discutant avec Mathieu, on a soulevé un lièvre incroyable : même en tenant un discours féministe, on peut se laisser aller à donner du crédit à cette idée reçue. Alors que je lisais le passage concerné, il me disait : « Mais avec l’éducation des filles fortement tournées vers le ménage, etc., il y a forcément des femmes qui aiment vraiment le ménage, pas par goût inné mais par construction sociale, mais ça les apaise vraiment ! ». Il me disait ça parce que lui-même trouve que faire la vaisselle est apaisant, par exemple, tandis que pour moi c’est vraiment une corvée (devinez qui fait la vaisselle chez nous ?).

Et si d’un côté c’est vrai, en poursuivant ma lecture, j’ai eu plusieurs interrogations :

  • Est-ce que c’est normal d’être apaisée par le ménage ? C’est-à-dire : si ces femmes pouvaient faire n’importe quoi d’autre qu’une tâche ménagère pour s’apaiser, choisiraient-elles quand même le ménage ? Par exemple, si elles avaient vraiment du temps pour elle ?
  • Est-ce qu’être apaisée par le ménage est une bonne raison pour se taper tout le ménage ?

Titiou Lecoq spécifie plus loin dans le paragraphe que cet argument, d’ailleurs, ne tient pas la route : parmi les personnes disant détester le repassage (qui est, sans trop de surprise, la corvée ménage la plus désagréable pour les femmes comme pour les hommes), seuls 14% des hommes s’y adonnaient quand même, contre 66% des femmes. Pas d’excuse pour mettre ça sur le dos d’un goût certain pour le ménage !

L’autrice rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, dans les années 1880, le goût de l’ordre et de la propreté n’était pas considéré comme inné chez les femmes ni les petites filles, puisqu’on leur inculquait à l’école ces notions pour les préparer à leur vie domestique. Ce qui, dans la tête de beaucoup visiblement, semble relever d’un gène féminin, n’est en fait que le résultat de presque 150 ans de formation dès le plus jeune âge. Ce sont dans les mêmes livres destinés à l’éducation des petites filles qu’on insiste lourdement sur la nécessité pour les filles et les femmes de se dévouer à leur famille, à leur foyer, d’être dans ce qu’on appelle maintenant « le care ». C’est bien qu’au départ, on n’imaginait pas qu’elles le soient par génétique ou par rôle dans l’ordre naturel des choses…

Le rôle des mères

Un autre aspect particulièrement intéressant de cet ouvrage : les chapitres sur la maternité. L’autrice souligne qu’elle pensait vraiment être dans une répartition équitable des tâches ménagères et que cette impression a basculé quand elle est devenue mère. Soudain, la majorité des soucis et de la charge mentale liée aux enfants lui revenait, par une espèce de consensus universel et inconscient, dont elle était totalement exclue. Elle était cheffe de projet « mômes », dans le sens où même si elle ne faisait pas elle-même, elle devait faire en sorte que ce soit fait : si ce n’était pas elle qui amenait forcément l’enfant chez le pédiatre, c’était elle qui pensait à prendre le rendez-vous. Une expérience assez tragique menée par Titiou Lecoq a fait prendre conscience à son conjoint comme à elle, de combien la responsabilité du bien-être de l’enfant lui incombait quasiment entièrement, ce que je trouve d’une violence folle. Et pourtant, autour de moi, nombreuses sont les mères qui jonglent avec leur vie professionnelle et leur vie de mère de cette manière, sans une minute à elles, sans broncher non plus car elles sentent au fond d’elle que si elles ne font pas tout ce travail, personne ne le fera, personne ne sera là pour prendre la relève.

Ce passage m’a fait revoir ma vision de la maternité. J’ai beaucoup fréquenté les cercles « maternage proximal », et dans les cercles féministes on parle beaucoup du sacrifice de la carrière de la mère au profit de l’enfant. En lisant Titiou Lecoq, j’ai repris le fil de cette réflexion sur moi-même et sur ce dont j’ai envie pour plus tard. Je me suis dit qu’en tant que mère, aux yeux de la société on n’est jamais gagnante, un peu comme quand on est une femme finalement. Si on n’allaite pas, on est égoïste, si on allaite, on va créer des enfants dépendants. Si on reste à la maison, on n’a pas d’ambition, si on a envie de vite retourner travailler, on n’aime pas vraiment son enfant. Si on laisse un bébé pleurer, on est un monstre, si on préfère lui éviter les pleurs, on va en faire un mini-dictateur. Si on a envie de tester l’école à la maison, on empêche son enfant de devenir un être social, si on le met dans une école traditionnelle, on entrave sa liberté et on gâche son potentiel d’être en devenir.

Il y a dans la vague « éducation positive » ou encore pire niveau terminologie, l’éducation « bienveillante », quelque chose de très pervers : avec cet intitulé, on est forcément en plein dans la culpabilisation. J’ai beaucoup lu sur ce sujet, et je suis globalement super d’accord sur plein de points : crier sur son enfant règle rarement les conflits (comme crier sur des adultes, hein), c’est bien de laisser un enfant expérimenter par lui-même, on a souvent des attentes trop hautes envers le comportement d’un enfant, par rapport à son développement physiologique et psychologique. Pourtant, sans cesse, on se retrouve face à des discours qui mettent les parents — et donc, inévitablement, surtout les mères — en échec. Comment ne pas se sentir nulle et horrible quand on lit de-ci de-là que crier sur son enfant va faire monter son taux de cortisol et détruire son cerveau ?

Comme le rappelle si justement Titiou Lecoq :

Sous le couvert de bons conseils aux parents, il s’agit en réalité de menaces à l’encontre des mères. Et le point commun de ces menaces, c’est de totalement décorréler le bien-être de l’enfant et celui de la mère, alors qu’on pourrait penser que les deux fonctionnent ensemble.

Il paraît bêtement essentiel que les mères puissent prendre soin de leur bien-être personnel, pour être mieux à même de répondre aux besoins de leurs enfants. Mais comment cela peut-il être possible sans le concours des conjoints ? Ici, on ne peut s’empêcher non plus aux mécanismes politiques qui empêchent une égalité totale sur ce point : avec leurs onze jours de congé paternité, les nouveaux pères ne peuvent pas prendre la relève des nouvelles mères, les seconder, ni vivre pleinement ces premiers mois de vie avec un nouvel enfant. Souvent, c’est la grand-mère retraitée qui va venir passer quelques temps chez les néo-parents pour soulager la mère de son travail domestique habituel, car le père doit retrouver son bureau le plus vite possible.

*

Parmi les aspects qui m’ont le moins plu, dans la deuxième partie du livre, j’ai noté une tirade un peu anti-Instagram, qui m’a beaucoup fait penser à celle de Mona Chollet dans Chez soi (d’ailleurs, cet ouvrage y est cité), mais d’une manière un peu plus acerbe et moins proche de ce que je vis et de comment j’appréhende ce réseau social… C’est très personnel, mais j’ai ressenti beaucoup de jugement envers les Instagrammeuses qui postent ces photos épurées de leurs intérieurs minimalistes et qui mettent en scène une vie domestique qu’on ne peut qu’imaginer assez éloignée du réel. Titiou Lecoq les qualifie d’« effrayantes », ce que je trouve un peu fort, mais tout de même moins que sa manière de parler de « maladie mentale » (pas très sympa pour les personnes qui souffrent effectivement de maladie mentale…) et de « fascisme esthétique » (wow, doucement quand même, non ?) en se référant à ces clichés certes tous identiques et formatés.

Je n’ai pas non plus été une grande fan des chapitres sur la place des femmes dans la rue. J’ai eu l’impression de lire des poncifs un peu éculés d’un féminisme somme toute assez facile, à la limite de la culpabilisation des femmes qui ne se sentiraient pas assez fortes ou bien dans leurs baskets ou assez à l’aise pour sortir en minijupe dans la rue. Pour tout vous dire cet agacement n’a fait qu’augmenter ces derniers temps : pour la première fois de ma vie, j’ai vécu une expérience de harcèlement de rue qui m’a beaucoup touchée, où un même individu que je croisais chaque matin sur ma route vers le travail tentait de m’imposait une conversation avec lui, me mettant extrêmement mal à l’aise. Je lui ai tenu tête, j’ai dit non, refusé le contact, plusieurs fois, et un matin j’ai craqué, j’ai fait demi-tour et je suis rentrée chez moi pleurer, légèrement terrifiée à l’idée que ce type qui vit visiblement très près de chez moi puisse me retrouver et/ou me faire du mal. Depuis, chaque matin, Mathieu m’accompagne au métro pour que je puisse être un peu tranquille. C’est contre mes principes féministes, j’aimerais bien avoir assez de courage pour envoyer ce mec balader une bonne fois pour toutes, j’aimerais bien ne pas avoir besoin d’un garde du corps. Je ne suis pas quelqu’un de très impressionnable, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser que je n’aurais pas dû mettre cette jupe, ni tourner la tête, que j’aurais dû partir 5 min plus tôt ou changer de chemin pour aller au métro.

Relire les passages où Titiou Lecoq explique qu’après avoir lu King Kong Théorie, elle a arrêté de « se comporter en victime » dans la rue et qu’ainsi les remarques qu’elle se payait ont diminué à vitesse grand V, ça m’a fait un peu mal à mon féminisme. Parce que moi aussi j’ai remarqué que je me faisais beaucoup moins emmerder dans la rue que, par exemple, ma sœur ou ma meilleure amie. Peut-être parce que je m’habille, par goût, différemment. Peut-être parce qu’on n’a pas le même corps. Peut-être parce qu’on ne fréquente pas les mêmes rues. Je n’ai pas du tout envie de penser que c’est parce que je n’ai pas une attitude de « victime », qu’elles auraient et qui attirerait les harceleurs comme des chiens renifleraient la peur. Et puis ça n’empêche pas de tomber sur un connard particulièrement tenace, et d’être, toute féministe et forte et indépendante qu’on soit, terrorisée au point d’en faire une crise d’angoisse de plusieurs heures. L’autrice parle bien, après, des mécanismes sexistes derrière le harcèlement de rue, mais ce petit passage m’a mise assez mal-à-l’aise pour que je n’apprécie pas trop le reste de ma lecture sur ce sujet.

Comme je le disais, c’était somme toute une lecture très agréable, qui même quand elle ne m’aurait pas totalement convaincue, m’aura fait réfléchir sur les sujets abordés, et finalement, c’est tout ce qu’on demande à un livre de ce genre ! Je pense que son format et son style sont super adaptés pour créer des conversations dans les couples, et qu’il est chouette de l’avoir lu au moins une fois, ne serait-ce que pour avoir l’occasion de réfléchir à la répartition des tâches ménagères au sein du couple… d’ailleurs, il faudrait le lire deux fois : une fois avant d’avoir des enfants, et une fois après la naissance d’un enfant, pour mettre une nouvelle fois les choses à plat !

Et vous, qu’avez-vous pensé de Libérées ! ? Avez-vous eu l’occasion d’en discuter avec votre conjoint ? Cela a-t-il amorcé des changements dans vos dynamiques ? Dites-nous tout en commentaire !

*

SentimentsPrinceCharlesLes sentiments du prince Charles, de Liv Strömquist

À travers un trait un peu naïf, l’autrice parle dans cette BD des relations hétérosexuelles, de l’influence du patriarcat sur ces dernières et de façon plus générale, de l’amour en tant que construction sociale.

C’est très documenté et met en lumière les mécanismes psychologiques qui se mettent en place dans une relation amoureuse, sans même qu’on s’en rende compte, depuis des millénaires. C’est très intéressant, mais je dois bien dire que c’est aussi un peu déprimant – est-ce que ces comportements vont se perpétuer à tout jamais ?

Le premier chapitre est particulièrement éclairant sur la construction sociale qui tend à placer les femmes au cœur de la sphère intime : l’intimité, les sentiments, la famille, l’empathie seraient des caractéristiques « féminines » et tant pis si on met de côté ses propres besoins. Et pour avoir accès à des caractéristiques « masculines » (l’indépendance, le dynamisme, etc) il faut passer par une relation avec un homme. Dans une société sexiste, l’estime d’une femme s’obtient donc nécessairement à travers la séduction et le sentiment d’être aimé par un homme. Triste constat.

La BD s’interroge aussi sur la construction rituelle du couple, questionne le droit de propriété du corps de l’autre, se demande ce qu’est véritablement l’amour après tout et pourquoi quand on a commencé à se marier par amour, la société est devenue plus prude, entre autres.

Elle explore aussi les relations de couple à travers des exemples de couples plus ou moins célèbres mais dont le dénominateur commun aura été la domination de l’homme sur la femme (besoins de l’ego, manipulations affectives, etc).

Bref, c’est un ouvrage extrêmement riche et intéressant pour comprendre certains mécanismes et constructions sociales qui nous conditionnent inconsciemment. Évidemment, ça ne va pas s’appliquer à tout le monde et les choses changent, doucement mais sûrement, mais peut-être qu’être conscient de toutes ces choses va nous permettre de ne pas perpétuer ces comportements ?

À lire, relire et partager autour de soi, mais avec suffisamment de distance critique pour ne pas se laisser envahir par un sentiment d’impuissance (quand je vous disais que cette lecture m’avait un peu déprimée, voilà pourquoi).

Yasmine

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C’est ici la fin de la quatrième édition de notre Club de lecture féministe, nous espérons qu’elle vous a plu ! Restez à l’affût, Ophélie vous donne rendez-vous la semaine prochaine sur son blog pour vous présenter l’édition très spéciale de l’été — qui est déjà bien entamé, et ça c’est ma faute… Mais vous ne serez pas déçu·es, c’est promis juré !

Rappels sur le fonctionnement du Club de Lecture Féministe des Antigones :

  • Tous les mois, nous vous proposons de choisir entre deux ouvrages sélectionnés autour d’une thématique commune. (sauf pour l’édition de l’été qui arrive ! surprise !)
  • Les éditions du club se retrouvent alternativement sur le blog d’Ophélie, Antigone XXI, et sur le mien (ici, donc).
  • De notre côté, une édition implique un article d’ouverture, où l’on vous présente la thématique et les ouvrages, et un article de clôture, où on partage notre ressenti/analyse sur le livre sélectionné et lu.
  • Tout le long du mois, nous échangeons sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag #CLFAntigones.
  • De mon côté, je publie une petite revue rapide sur Goodreads à la fin de ma lecture, et vous pouvez aussi retrouver mon ressenti en cours de lecture sur Instagram, pour notre désormais traditionnel #VendrediLecture.
  • Nous vous invitons à partager vos avis sur la lecture du mois de la manière qu’il vous sied : directement en commentaire de nos articles bilans ou dans un article sur votre propre blog que nous relayerons.
  • Vous êtes super déçu·es car votre choix n’est pas la sélection finale ? Ne vous privez pas de lire le livre qui vous botte le plus ! Vous pouvez nous envoyez votre mini-critique par mail, en cliquant ici ou , et en indiquant « Club de lecture féministe » en objet. Nous nous ferons un plaisir de la publier !

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15 Réponses

  1. Marthe

    Bonjour Pauline,
    Merci pour ce long article. Je vous admire, toi et Ophélie (et tant d’autres), d’arriver à mettre en mots et à argumenter vos ressentis. Du coup, lire vos retours me permet d’expliciter ce que j’ai moi-même ressenti (que ça rejoigne ou pas votre analyse). Donc merci de nous faire découvrir de chouettes textes, et de nous offrir en plus des belles analyses !

    Tout d’abord pour répondre à ta question, j’avais voté pour « Libérées » plutôt que pour « Les sentiments du prince Charles », tout simplement parce que j’ai lu la BD au printemps (mais en fait, je l’ai relu ce mois-ci aussi).

    Concernant « Libérées » : Je rejoins ton analyse sur bien des points, mais je n’ai pas été aussi agacée que toi par la 2e partie – je crois tout simplement, comme tu en fais l’hypothèse, parce que je n’avais en fait rien lu sur la place des femmes dans la sphère sociale. Du coup, pour moi, ça a été un début de piste de réflexion(s). Qui s’est par un heureux hasard trouvé prolongé par mon écoute des podcasts de France culture autour des « Rencontres de Pétrarque », dont le thème cette année était « Hommes-femmes, des lendemains qui changent » : https://www.franceculture.fr/emissions/les-rencontres-de-petrarque/saison-02-07-2018-26-08-2018

    Sinon, je remercie également Yasmine pour son analyse des « Sentiments du prince Charles ». Je la rejoins sur le sentiment parfois un peu déprimant que m’a laissée la lecture – sentiment que j’ai pu avoir également en lisant « Libérées », d’ailleurs. Un peu comme si, comme l’écrit Titou Lecoq au tout début de son texte, je me rendais compte seulement maintenant que je suis une femme, avec tout ce que ça revêt… Donc j’ai eu, au cours de ces 2 lectures, des passages de colère et de tristesse, le sentiment d’être parfois enfermée dans cette condition féminine – heureusement contre-balancé par l’idée quelque part exaltante (bien qu’un peu effrayante) de pouvoir être actrice du changement. J’ai également ressenti du soulagement à la lecture de la partie sur la maternité (dans « Libérées »), car je n’ai pas de désir d’enfant, je me dis suis dit que ça aller me préserver d’autres difficultés. ;-)

    Par ailleurs, je voulais savoir quelle était la proportion d’hommes participant au #CLFAntigones, car comme le dit une amie à qui j’ai prêté « Libérées » : « c’est bien joli tout ça, mais si les hommes ne lisent pas ce genre de livres, est-ce que ça va bouger de leur côté ? »

    Pour terminer, il se trouve que depuis quelque mois (l’automne 2017), mes chemins de lecture m’ont amenée à lire pas mal d’ouvrages sur la cause animale, l’histoire de l’esclavage (Underground railroad, Beloved), la place des personnes noires dans la société (Fatou Diome, Leonora Miano), les questions d’identité sexuelle, etc. et finalement, il me semble que tous ces combats se rejoignent dans leur quête d’un monde égalitaire où chacun-e aurait les mêmes droits au respect, à la vie, et à pouvoir mener sa vie comme iel le souhaite. Bref, toutes ces lectures sont stimulantes et je vous remercie encore toutes les deux pour avoir lancé le #CLFAntigones. Vivement la prochaine édition !

    (et là, je termine vraiment pour de vrai : j’ai mis 20 minutes à écrire ce texte un chouïa décousu, donc encore bravo pour le temps et l’énergie que vous mettez à nous faire partager vos lectures, vos réflexions, vos expériences, au travers d’articles si agréables à lire !)

    1. Merci pour tes mots Marthe ! Je suis vraiment très loin d’être à l’aise avec l’exercice de critique littéraire. Chaque article que je publie pour le club est une demi-torture ! Je n’ai jamais l’impression que mon avis est intéressant et qu’il est assez articulé pour être partageable… c’est pourquoi cet article a autant de retard d’ailleurs. Alors tes compliments sont d’autant plus précieux et me donnent envie de faire encore plus d’efforts. Merci ! Et je n’ai aucune idée de la proportion d’hommes dans notre petit club virtuel et très ouvert, je t’avoue… mais compte tenu que nos blogs respectifs sont majoritairement suivis par des femmes, et que pour ma part je dois avoir un commentaire masculin tous les 10 articles, ils ne doivent pas être très nombreux. Messieurs, manifestez-vous ! Je suis d’accord avec toi, nous femmes nous renseignons beaucoup sur l’impact du patriarcat et finalement peut-être bien peu les hommes. Est-ce parce qu’il manque d’auteurs masculins sur le sujet ? (Puisque instinctivement un livre écrit par une femme sera catégorisé comme à destination des femmes…) Ou par manque d’intérêt ? Je ne sais pas mais j’aimerais que ça change ! À bientôt !

      1. Natacha

        ah mais non Pauline, ton avis est intéressant et articulé, aucun doute là-dessus, entièrement d’accord avec les compliments de Marthe, bien mérités :) (et t’arrêtes maintenant, ok ?)
        (je viens de réaliser que je ne recevais plus ta newsletter, ça va pas du tout ça !)

  2. Merci pour cet article très intéressant et bien écrit qui m’a donné envie de lire la BD, et surtout de la faire lire à mon copain. Et le 2e article m’a également donné envie de lire « Les sentiments du prince Charles ». J’ai lu il y a quelques semaine « L’origine du monde » de la même autrice, je vais continuer sur ma lancée !

  3. Pingback : Un invincible été » Life Lately #98

  4. Georgia

    Merci pour ce partage de lecture !

    ça m’évoque 2 choses :
    – En zonant l’autre jour sur les bande-annonces AlloCiné, je suis tombée sur ce film, « Tully » : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=246378.html
    J’ai pas vu le film, mais rien que la bande-annonce me semble un parfait condensé de ce que dénonce Titiou Lecoq (et les statistiques sur le partage de l’élevage des enfants et les tâches domestiques) : une mère de famille qui n’en peut plus, et qui vient la sauver ? Une autre femme, pendant que le père, qui vit pourtant avec elle, a l’air totalement extérieur et non concerné par la problématique… alors que ce sont ses enfant, sa maison, son couple. Bref, combo parfait pour entretenir l’idée que les femmes n’arrivent pas à tout gérer les pauvres chéries, mais que ce ne sont pas les mecs premiers concernés qui vont les aider à changer la situation.

    – Merci pour ta réflexion sur se comporter / ne pas se comporter en victime.
    J’ai eu la chance dans ma vie de subir très peu de harcèlement de rue. Je pense que le fait de ne pas aimer fréquenter les bars/boites le soir, de faire peu de grosses fêtes (et les rares, souvent à grosse majorité féminine) y a contribué. Sans doute aussi que je suis dans un espèce de trou noir des canons de beauté, ni la « jolie fille » qu’on va draguer, ni la fille considérée comme « moche » à qui on va se permettre de faire des reproches sur sa soit-disant non-conformité.
    Mais je pense aussi à ce que m’a signalé (très gentiment) un jour le papa d’enfants de mon quartier que je baby-sittais : « quand on te voit marcher dans la rue toute seule, on sent que t’es complètement dans tes pensées, très concentrée, et qu’il faut pas forcément te parler ». Donc sans doute ce que tu dis dans ton article, que c’est « ne pas avoir une attitude de victime ».
    C’est un truc dont je parle jamais, parce qu’effectivement je trouve ça hyper culpabilisant pour les copines qui sont régulièrement harcelées, qui pour autant ne sont pas des filles faibles, timides ou je ne sais quoi. Surtout que c’est pas de leur faute si elles sont harcelées, et que si elles dégagent une forme de vulnérabilité qui incite les agresseurs à passer à l’acte, c’est aussi le fruit de notre éducation de « fille = pauvre petite chose fragile ».

    Le stage d’autodéfense féministe que j’ai suivi il y a 1 an m’a fait prendre conscience qu’avoir une attitude de confiance aide à prévenir les agressions, mais c’est pas une notion que j’ai envie de balancer à tout bout de champ comme ça. Parce que je pense que c’était entendable dans le cadre du stage, où dans le même temps on apprend des techniques pour adopter cette posture de confiance/prête à riposter en cas de besoin. Où on apprend aussi que face à une agression/harcèlement, on a le choix de réagir ou de ne pas réagir, en fonction de comment on le sent, et qu’on n’est pas plus coupable pour autant si on n’agit pas (et si on veut réagir, on apprend plein de techniques possibles pendant le stage).
    Mais donner l’injonction « si tu avais pas l’air d’une victime, tu te ferais pas agresser », je trouve ça terrible, et pas du tout libérateur pour le coup (ce n’est pas ce que dit Titiou Lecoq, mais c’est le type de dérive dit ou sous-entendu souvent quand on parle de harcèlement de rue, un peu comme pour les femmes victimes de violences conjugales à qui on reproche d’ « attirer » toujours de nouveaux conjoints violents). Surtout que comme tu le soulignes, c’est pas du tout un antidote 100% efficace.

    Voilà, désolée pour le pavé (pas trop embrouillé j’espère), mais contente d’avoir trouvé de l’écho à cette réflexion qui me turlupine, sur comment délivrer l’info qu’une attitude de confiance diminue les passages à l’acte des agresseurs, sans culpabiliser celles qui sont agressées/harcelées quand même, ne savent pas quoi faire de « ne prend pas une attitude de victime ».

    1. Merci pour ton commentaire ! Je partage ton vécu, je pense aussi que j’ai l’air très absorbée dans la rue, et naturellement je ne suis pas très souriante ou avenante, alors ça doit jouer, mais effectivement je n’ai pas envie d’en faire un remède miracle. J’ai très très envie de suivre un stage d’autodéfense, ça tombe assez bien parce que j’ai rejoint une asso féministe qui en propose régulièrement alors je vais essayer de participer à la prochaine session. Car même si ça m’arrive très peu, quand ça m’arrive je suis vite terrorisée et même si je ne m’en veux jamais, j’aimerais sentir que j’ai les armes pour me défendre si je le souhaite.

  5. Lumen Lucette

    Bonjour ! Merci pour ce bel article ! Je me suis interrogée sur cette histoire d’aimer faire le ménage : est ce que ce n’est pas davantage le résultat qu’on aime (un intérieur apaisé et propre qui nécessite ferait pas tiquer ma belle-mère), et pas tant l’action de faire ? Parce que moi parfois pour l’apaisement du résultat j’accepte que certaines missions reposent sur moi, et l’inégalité vient plus du fait que mon mec ne se met aucune pression sur la question… (et je trouves souvent qu’on est déjà sexistes entre femmes: la même belle mère, qui se dit féministe, mais ne s’adresse qu’à moi pour certains sujets «  ton repassage… » « tu ranges ça comment… » bordel, ton fils vit ici!!!). Bref. Et le deuxième point qui m’a touchée c’est celui sur la maternité : déjà OUI, on se fait attaquer quels que soient nos choix, et c’est super pesant. Et aussi, merci de ces points sur les i concernant l’éducation bienveillante : il y a de belles idées dedans, mais c’est clair que ça met une pression de fou sur les parents, et je me rappelle avoir culpabilisé dès la grossesse en pensant que si tous mes chacras du bonheur bienveillants n’étaient pas en forme de licorne pendant 9 mois mon bébé serait stressé et malheureux. Donc important de se détendre un peu sur tout ça.
    Et longue vie aux Antigones!

    1. Delphine

      Bonjour Lucette
      Juste pour dire que moi aussi je suis passée par cette pesante sensation durant la grossesse et que dès que je me sentais mal, je culpabilisais de ne pas me sentir bien, donc après je culpabilisais de culpabiliser, donc je me sentais encore plus mal, donc je culpabilisais d autant plus, … la galère! Pour le coup la naissance a été une vraie délivrance – et non, Bébé n’en a pleuré pendant des mois et semble bien se porter, merci!

  6. Estelle

    Oui oui Pualine, vraiment tes articles sont très intéressant et ta reflexion bie ntournée ! A mon humble avis, fais-toi confiance et ne te torture pas trop, car nous sommes ravies de te lire! Merci pour ton travail et belle continuation!

  7. Delphine

    Bonjour Pauline!
    Merci pour cet article – je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus de commentaires.
    Je n’ai lu aucun des deux ouvrages mais ton analyse reste malgré tout intéressante.
    J’ai moi aussi un cher et tendre pour qui laver la vaisselle est detendant – tant mieux, surtout que nous n avons pas d eau chaude et que je n’ai jamais la patience d attendre qu’elle se réchauffe dans la bouilloire!
    Par contre le repassage est probablement la tâche ménagère que je préfère donc ça m’a amusée de lire que c était loin d être le cas pour tout le monde- mais je ne repasse plus depuis plusieurs années ceci dit.
    Et oui la parentalité bienveillante a des effets formidables mais c’est extrêmement exigeant au quotidien – même si je réalise qu’au fur et à mesure, je me sens de plus en plus apaisée en adoptant cette attitude, ça me permet de me « connecter » avec mon côté calme et de revenir sans cesse à l essentiel, un peu comme la pleine conscience, donc au final je sens que le jeu en vaut la chandelle (mais pour moi ça a quand même mis 3 ans de cheminement intense et d épuisement nerveux avant d en arriver là ).
    Je pense que tu as raison de refaire le point une fois qu’un enfant est là pcq en effet ça change la donne, rien qu avec l allaitement qui rend l enfant « vitalement dépendant » de la mère, c’est d’une grande intransigeance (mais je ne regrette pas pour autant).
    Ceci dit, j ai l impression que la maternité m’a rendue plus féministe parce qu’elle me permet de m affirmer un peu plus chaque jour – par rapport à ce que je souhaite pour l enfant, et donc par rapport à ma famille, comme si c était l impulsion qui me manquait pour oser me positionner et ne plus remplir le rôle qu’on attend de moi.
    Bref, merci au club des antigones pour mette en lumière tous ces aspects!

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