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Juin
2018
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CLFAntigones #4 : Domination masculine et couples hétérosexuels

Petite confession : cette édition du CLF aurait pu être la première, car la sélection que nous avons concoctée pour vous mûrit depuis le tout début de ce projet dans nos têtes. On est donc super contentes qu’elle vienne ouvrir ce mois de juin ! Après ces deux derniers mois assez difficiles — soit avec Beloved qui a été particulièrement ardu à lire, ou avec Dominique qui n’a pas rempli ses promesses — je crois pouvoir dire qu’il ne peut pas y avoir de mauvaise surprise avec cette nouvelle fournée, centrée cette fois sur la manière insidieuse avec laquelle le patriarcat s’insinue jusque dans nos vies intimes. Nos couples, quoi. Nos couples hétéros, plus particulièrement.

Je suis vraiment heureuse d’aborder cette thématique avec vous pour ce club de lecture, parce qu’elle apporte un lot de questions que je ne cesse de me poser, et ce depuis que j’ai commencé à développer ma conscience féministe. Voyez-vous, j’ai grandi assez éloignée des stéréotypes de genre appliqués au foyer. Chez moi, c’est surtout mon papa qui fait le ménage, la cuisine, va conduire les enfants au poney, à la musique et au foot, et ma maman qui a des horaires à rallonge, gagne le plus de sous et met les pieds sous la table. Si je sais parfaitement gérer mon intérieur toute seule comme une grande, je n’ai jamais eu, ancrée en moi, l’idée que je devais être la seule responsable de son état. Et puis j’ai rencontré mon amoureux et avant que lui ou moi réfléchissions au sujet, les tâches ménagères ont toujours été relativement bien partagées. Avec logique et bon sens, plutôt qu’étiquettes genrées, par exemple. Malgré tout, et malgré tout notre cheminement, nos questionnements, certaines choses restent indécrottablement à ma charge. Par exemple, j’ai le talent magique de savoir faire les courses sans liste, car je sais exactement à quoi ressemblent mon garde-manger et mon frigo, à distance. Ou alors celui de savoir écouter quelqu’un qui va assez mal, sans à tout prix lui chercher une solution qui règlera tous ses problèmes en claquant des doigts. Deux capacités spéciales que mon mari, aussi génial soit-il, n’a pas vraiment développées.

Alors depuis quelques temps, je me dis qu’on a beau être aussi déconstruit·es que possible, on n’échappe pas à l’empreinte que peut avoir notre éducation et la société sur notre construction en tant que personne relationnant avec d’autres humain·es. Et qu’il n’est pas aussi facile que ça de se défaire d’habitudes qu’on traîne, qui sont peut-être devenus des traits de notre personnalité, et qui empêchent parfois l’harmonie ou l’égalité totale dans nos relations amoureuses.

CLFAntigones

Cette année passée, on a beaucoup entendu parler de la charge mentale, et à raison : ce travail invisible porté par les femmes est épuisant. C’est la dessinatrice Emma qui avait mis ce phénomène sous les feux des projecteurs avec sa BD rapidement devenue virale, « Fallait demander ». En la relisant pour cet article, j’ai réalisé à quel point cette domination patriarcale au sein des couples hétéros, souvent inconscientes (enfin, j’espère, que c’est inconscient la plupart du temps…), était liée aussi à ces stéréotypes qu’on martèle dans les têtes des petits garçons et des petites filles, par exemple par le biais du jouet d’imitation. On offrira des aspirateurs miniatures (qui aspirent vraiment !) aux petites filles, et pas aux petits garçons, créant ainsi l’illusion d’une appétence naturelle pour les tâches ménagères. Chez moi, c’est Mathieu qui passe l’aspirateur, car je déteste cette machine infernale. Et voir mon père passer le balai et l’aspi environ 8 fois plus que ma mère n’y est probablement pas étranger… Bref, une belle suite logique à l’édition du mois dernier qui s’est déroulée chez Ophélie !

Mais les rapports de pouvoir entre hommes et femmes dans les couples vont au-delà de l’aspect terre-à-terre des tâches ménagères. On abordera ainsi le travail émotionnel, celui de prendre soin de l’autre, de s’intéresser à lui/elle, de faire la conversation, d’entretenir les liens sociaux…

Pour réfléchir sur tout cela ensemble, Ophélie et moi avons sélectionné deux ouvrages qu’il nous tarde de lire. Place à la découverte !

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CLFAntigones 4

Libérées !, de Titiou Lecoq

Ce livre n’est pas très vieux : il a été publié en octobre dernier, et depuis, je n’en ai entendu que d’excellentes critiques. Nous sommes super heureuses de le proposer à la lecture dans notre club, car il promet d’être caustique et de nourrir une réflexion intérieure, pour avancer ensemble, hommes et femmes, vers une réelle égalité face au travail domestique. Pour ma part, je compte bien le faire lire à Mathieu dès que je l’aurai fini !

Résumé : Être une femme, ce n’est pas seulement l’idéal de minceur et de cheveux qui brillent, c’est le souci permanent des autres et du foyer, c’est être sans cesse ramenée à la saleté, aux taches, à la morve.  L’égalité serait déjà là, mais les femmes conservent la conviction intérieure qu’elles doivent s’occuper de tout et tout le monde, et d’elles en dernier, s’il reste cinq minutes à la fin de leur triple journée. Cette féminisation de la sphère privée implique une autre conséquence  : l’espace public est toujours masculin. Peut-on se dire égaux quand la moitié de la population adapte ses vêtements en fonction des transports et fait attention à ne pas être seule la nuit dans la rue  ? Et si le combat féministe devait encore et toujours se jouer dans la vie quotidienne de chacune et chacun, chez soi, dans sa propre maison, devant le panier de linge sale  ?

Éditions Fayard, 260 p., 17 € *

Les sentiments du prince Charles, de Liv Strömquist

J’adore les BD qui mènent à réfléchir : ce n’est pas un genre littéraire vers lequel je vais facilement, j’ai toujours l’impression de « ne pas en avoir pour mon argent », car les belles BD coûtent assez cher et se dévorent rapidement. Je change peu à peu d’avis, en m’y intéressant, et c’est donc un grand plaisir de vous proposer Les sentiments du prince Charles : c’est très drôle et très incisif, en plus d’être instructif, que demande le peuple ?

Résumé : Lors d’une conférence de presse après ses fiançailles avec Diana, le prince Charles dut répondre à la question : « Êtes-vous amoureux ? » Après une petite hésitation, il répondit : « Oui… Quel que soit le sens du mot “amour” ». Or, en lisant la presse people quelques années plus tard, on constata que de toute évidence Charles et Diana n’attribuaient pas du tout le même sens au mot « amour ». En feuilletant les mêmes magazines, on pouvait aussi se demander comment Whitney Houston avait pu tomber amoureuse d’un sale type comme Bobby Brown, et de remarquer au passage qu’en matière d’amour, le bonheur de l’un ne fait pas forcement celui de l’autre.

Éditions Rackham, 136 p., 19 € *

Résultats du vote :

C’est Libérées !, de Titiou Lecoq, que nous lirons ensemble ce mois-ci !

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Rappels sur le fonctionnement du Club de Lecture Féministe des Antigones :

  • Tous les mois, nous vous proposons de choisir entre deux ouvrages sélectionnés autour d’une thématique commune.
  • Les éditions du club se retrouvent alternativement sur le blog d’Ophélie, Antigone XXI, et sur le mien (ici, donc). En mai, je vous donnerai donc rendez-vous chez Ophélie !
  • De notre côté, une édition implique un article d’ouverture, où l’on vous présente la thématique et les ouvrages, et un article de clôture, où on partage notre ressenti/analyse sur le livre sélectionné et lu.
  • Tout le long du mois, nous échangeons sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag #CLFAntigones.
  • De mon côté, je publie une petite revue rapide sur Goodreads à la fin de ma lecture, et vous pouvez aussi retrouver mon ressenti en cours de lecture sur Instagram, pour notre désormais traditionnel #VendrediLecture.
  • Nous essayons, autant que faire se peut, de proposer des ouvrages accessibles et abordables. Cependant, un certain nombre d’ouvrages féministes ne rencontrent pas assez de succès pour être réédités en poche et sont donc assez coûteux… Nous vous encourageons donc à emprunter à la bibliothèque municipale, à chercher des éditions d’occasion, ou à créer votre mini-club de lecture physique entre copines/soeurs/cousines… pour partager les coûts !
  • Nous vous invitons à partager vos avis sur la lecture du mois de la manière qu’il vous sied : directement en commentaire de nos articles bilans, dans un article sur votre propre blog que nous relayerons…
  • Vous êtes super déçu·es car votre choix n’est pas la sélection finale ? Ne vous privez pas de lire le livre qui vous botte le plus ! Vous pouvez nous envoyez votre mini-critique par mail, en cliquant ici ou , et en indiquant « Club de lecture féministe » en objet. Nous nous ferons un plaisir de la publier !

Nous espérons que cette sélection vous allèche et vous appâte, car, à n’en pas douter, nous aurons  beaucoup à dire à l’issue de nos lectures ! Si vous l’avez raté, n’oubliez pas d’aller faire un tour chez Ophélie pour lire son avis sur Dominique, la sélection du mois dernier — elle n’a pas beaucoup aimé, et je crois, pour ma part, avoir échappé à une lecture douloureuse ! L’avez-vous lu ? Quel livre vous fait le plus envie ce mois-ci ?


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9 Réponses

  1. Marthe

    J’ai lu « Les sentiments du prince Charles » il y a 2 mois, je la recommande beaucoup dans la médiathèque où je travaille et elle est bien empruntée. C’est un excellent choix !
    Je vais donc lire l’essai de Titiou Lecoq.
    Et ce que j’aimerais beaucoup, c’est que les votes donnent un résultat 50/50 comme au mois d’avril, pour avoir des retours sur les 2 titres! :-)
    Merci pour cette sélection !
    Pour rebondir sur ton regard sur les BD : plus le temps passe, et plus j’achète des BD plutôt que des romans (j’emprunte ces derniers plus volontiers à la médiathèque), car je relis plus facilement une bonne BD qu’un bon roman.

    1. Merci pour ton commentaire, Marthe ! J’espère un 50/50 aussi ;) mais je pense que nous ferons un retour sur les 2 ouvrages quoi qu’il arrive !
      Je comprends ta démarche avec les BD ! Pour ma part, j’emprunte très peu à la médiathèque, et j’ai envie de TOUT acheter. Mais du coup je mets les belles BD sur ma liste de Noël / anniversaire, car je trouve que ça fait de meilleurs cadeaux (de plus « jolis objets ») que les romans de poche, par exemple. Avoir une belle BD à mon anniversaire me fait toujours super plaisir !

  2. Je rejoins le commentaire de Marthe, je vote pour un 50/50 et qu’on parle des 2! En tout cas, pour ma part, j’ai déjà décidé de lire les deux: la BD est commandée, et le livre est acheté en version numérique, comme ca je peux commencer tout de suite :)
    Merci pour ces propositions qui ont l’air vraiment géniales!

  3. Sarah

    Coucou,
    Super thème comme chaque mois !
    Alors, je vote pour Libérées car j’an ai juste ras le bol d’entendre parler de la famille royale, elle me sort par les trous de nez elle leurs amours leurs désamours et que sais je ! Même si je suppose que ce n’est pas le sujet du livre,disons que je fais une allergie a tout ce qui se rapporte de près ou de loin aux rois, princes et princesses :)

    1. Haha ce n’est en effet pas du tout le thème du livre. Je comprends ton allergie, mais moi je trouve que ça fait un titre de livre très poétique, j’adore ! En réalité « les sentiments du prince Charles » servent d’ouverture au propos, et sont très intéressants ;)

  4. J’ai déjà lu Liberées, que j’ai adoré, et qui est vraiment vraiment à conseiller à toutes les personnes ayant une vie « domestique » (donc tout le monde quoi :D).
    Du coup, j’ai plutôt voté pour l’autre, je vais essayer de le trouver à la médiathèque !

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