30
Août
2017
33

Retrouver l’odeur du café

Sortir de l’hôpital, pansement dans le creux du coude, larmes aux yeux, faim qui prend l’estomac en tenailles. Vérifier l’horaire – c’est ça, le vingt-et-unième siècle –, demander du bout des lèvres, « et si on allait petit-déjeuner là, dis ? », et marcher sous la pluie chaude de l’été qui touche (déjà) à sa fin. Ta main sur mon épaule, tes baisers sur ma joue. Retrouver notre café préféré. Ses tables de bois, ses vitrines aux pâtisseries fruitées, son tableau en ardoise, ses sourires. Commander le gros petit-déjeuner, celui des sportifs – on n’a qu’à inventer une autre définition au mot, une qui dirait qu’on est sportif parce qu’on affronte la vie. Le jus de fruits acidulé. Le bol de muesli au fromage blanc, aux abricots, au miel clair. Le café noir, le café filtre, le vrai café. Les marques retrouvées.

C’est l’ouverture, l’endroit est vide, on ne l’a jamais connu comme ça. On a l’impression de faire un peu partie de la famille, c’est silencieux, on écoute la musique, on se frotte les yeux et on se réveille à petites gorgées. Les livreurs arrivent, bras chargés de produits frais pour le déjeuner. Dans un coin, un enfant invente des plats du bout de son crayon magique, il porte un t-shirt étoilé, il est discret comme seuls savent l’être les petits absorbés par une tâche bien plus importante que les grands ne veulent bien l’imaginer.

Prolonger l’instant, l’étirer dans le temps. La wifi ne marche pas mais on s’en fiche ; on vient là pour tout sauf pour être connecté. On commande pour le partager un autre café filtre, celui qui fait deux tasses dans une petite cafetière, celui qui sent la noisette. C’est beau, de partager un café. La tasse blanche au centre de la table en bois, moi qui verse une cuillère de sucre roux, toi qui mélanges, regarder tes mains virevolter, regarder les gens aller, venir, les plats se préparer, et sourire devant la petite machine qui avale les pièces des pourboires.

Et le jour a mis longtemps à se lever, il a lutté contre la chape de nuages gris. Un peu comme nous. On l’a vu se lever – je l’ai regardé se lever en même temps que tu me regardais, au-dessus de notre petit-déjeuner. Le jour était gris et puis on l’a illuminé. On se sent bien, on se sent chez nous, dans cet endroit qu’on connait par cœur.

On a combattu le blues de la routine qui revient en retrouvant aussi ces coins de soleil cachés dans l’habitude, ces autres routines en bleu et or qui font dire qu’on est bien chez soi, quand même. On est bien, là. Devant cette tasse de café partagée.

C’est la rentrée.

Retrouver l'odeur du café

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22 Réponses

  1. Anne-Lise

    Et qu’elle soit aussi douce pour toi et pour lui que tes mots si joliment tissés entre eux , cette rentrée, Pauline!

  2. Plein de coeur-papillons et de paillettes légères sur toi, c’est si beau et si simple ces mots sur la vie.
    Ta phrase « celui des sportifs – on n’a qu’à inventer une autre définition au mot, une qui dirait qu’on est sportif parce qu’on affronte la vie. » est si vraie, j’ai juste envie de la recopier dans mon petit carnet de citations pour la relire encore et plus tard.
    J’aime bien ce genre d’articles, dis donc <3

  3. Solange

    Des mots vrais, le parfum indéfinissable de cette fin d’été mêlé à l’attente des possibles que génère la rentrée, j’aime beaucoup ton univers Pauline ! Ce texte fait remonter en moi des souvenirs oubliés (vu mon grand âge) et je goûte le plaisir immense d’un café partagé, dans une parenthèse, un arrêt sur image……

  4. Ton billet est si doux… Il me donne envie de courir rejoindre mon amoureux et de lui faire des câlins. Je te souhaite un très beau mois de septembre à venir et je t’envoie plein de bonnes ondes (parce qu’on en a toujours besoin !) ! Des bisous <3 Marie-Gabrielle

  5. Ca fait plaisir de te relire, ton billet est si doux et réconfortant. Ca me donne envie de moi aussi faire le petit-déjeuner à mon café chouchou, même si je ne bois pas de café et que je prendrai du chocolat à la place. Belle reprise à toi Pauline !

  6. Tout simplement magnifique… J’ai été transportée par tes mots et le rythme de tes phrases.
    Merci de nous avoir offert ce beau texte.
    Belle et douce rentrée <3

  7. Te lire à nouveau me fait autant plaisir, je crois bien, que ma première tasse de café du matin. <3
    (Et puis, on s'en fiche qu'il y ait une jolie photo ou pas dans ton article, tes mots sont bien amplement suffisants.)

  8. Clémence

    Cela fait longtemps que je lis tes mots et je ne me suis encore jamais manifestée.
    Je crois que je trouvais idiot de n’avoir qu’à te dire que je les aimais. Mais peut-être n’est ce pas si idiot que ça…
    J’aime tes lignes donc merci merci pour ces sourires et ce doux plaisir de te lire. A chaque fois !

    Belle rentrée à toi !

  9. witcheboum

    Bonsoir Pauline, au risque de me tromper, je crois lire entre vos lignes une tristesse impalpable, de celles dont on se relève vaille que vaille, parce que « c’est la vie »… J’espère être dans l’erreur, mais dans tous les cas je vous envoie mes pensées les plus douces. Prenez soin de vous.

  10. Anne-Laure

    C’est très beau. Merci de partager ce moment et de transmettre ces belles émotions.
    Les photos ne sont pas utiles, les images viennent avec les mots.

    J’espère qu’il n’y a rien de grave.

  11. Pingback : Un invincible été » Life Lately #68

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