22
Juin
2017
10
Lectures 10

Lectures #12 : véganisme, poésie et dépression

Je vous retrouve aujourd’hui comme prévu pour vous parler de mes trois dernières lectures, en abandonnant un petit peu l’idée de vous parler en profondeur de toutes celles que j’ai pu avoir depuis le dernier article parce que je n’en garde que des souvenirs flous. Je vous ferai cependant un petit récap’ en fin d’article, quelques mots sur chaque livre lu, et avec un peu de chance, ça n’arrivera plus parce que quand même. J’adore vous raconter mes lectures et mes ressentis, le faire vite fait en passant me déplaît un peu, mais ça vous évite une revue immense, indigeste et presque incompréhensible !

Alors sans plus attendre, au programme de cette petite revue : un superbe livre sur le véganisme par une blogueuse et chercheuse bien connue, un petit livre plein de poésie dont j’avais beaucoup entendu parler, et un gros pavé surprise, offert par ma librairie, abordant le sujet délicat de la dépression.

En route !

*

Planète végane,
de Ophélie Véron

(reçu en service presse)

Et si nous vivions sans exploiter les animaux ? Loin des idées reçues, Ophélie Véron nous explique le pourquoi et le comment du véganisme. Dans cet ouvrage riche en informations, réflexions et découvertes, elle analyse les origines et idées fortes du mouvement et offre tous les outils nécessaires pour s’engager en faveur d’un monde plus juste et solidaire. Éthique, environnement, nutrition, vie pratique, communication… Que vous soyez omnivore, végé en devenir ou végane de la première heure, elle répond à toutes vos questions et déconstruit les mythes les plus tenaces – même le fameux cri de la carotte !

J’ai lu beaucoup de livres sur l’éthique animale, le végéta*isme, le véganisme plus particulièrement… C’est un sujet qui me tient beaucoup à cœur, comme j’ai pu le dire plusieurs fois. Après le très touchant et militant Les animaux ne sont pas comestibles dont je vous parlais ici, j’ai eu le plaisir de recevoir Planète végane de la part d’Ophélie, et je dois vous avouer que je ne m’attendais pas à le dévorer en quelques jours seulement !

En effet, c’est un beau pavé de plus de 400 pages, qui aborde tous les sujets depuis l’histoire du véganisme jusqu’à comment être végane en société (sans perdre tous ses amis et sans manger uniquement de la salade verte), en passant par des conseils de nutrition, des focus sur la laine, le cirque, et sur l’alimentation des enfants végétaliens. C’est un ouvrage hyper complet, je peux honnêtement dire que c’est une véritable bible, l’ouvrage de référence en la matière pour au moins les dix prochaines années. Non content d’être bourré de références – si l’envie vous vient de creuser plus profondément certains sujets –, il est aussi bienveillant et léger, à mille lieux des discours moralisateurs qui donnent une image parfois terne du véganisme. C’est donc un livre à la fois de réflexion, où on en apprend plus sur l’origine de l’éthique animale et du végéta*isme, et pratique, puisqu’on y trouve des listes de marques cruelty-free, de marques de maroquinerie végane, et comme je l’ai dit de précieux conseils pour équilibrer une alimentation végane. J’ai particulièrement aimé cette dernière partie, car elle est vraiment très complète et m’a fourni plein d’armes pour mieux poursuivre ma transition.

Bref, que vous soyez omnivore, végéta*ien, en transition, en réflexion… vous apprendrez forcément des tas de choses en lisant ce livre, qui a aussi l’immense qualité d’être très bien écrit, et donc d’être captivant ! Bravo Ophélie, c’est un fabuleux travail que tu as fait, et ce livre va me servir de nombreuses années.

*

En attendant Bojangles,
de Olivier Bourdeaut

Devant leur petit garçon, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir et la fantaisie. Celle qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible. Elle les entraîne dans un tourbillon de poésie pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Après des mois à en entendre parler à droite comme à gauche, j’ai enfin craqué pour ce livre plutôt court, que j’ai lu en deux jours. Il m’a fait pleurer, alors j’estime qu’il est forcément bon selon mes standards, et pourtant il y a deux petites choses qui m’ont chiffonnée à la lecture. Alors je vous fais le positif, et ensuite le négatif.

Si vous avez aimé Boris Vian, vous devriez aimer ce livre. Il est d’une poésie inimaginable, je rêve d’un jour pouvoir évoquer des images aussi farfelues pour parler de choses aussi belles et tristes que l’amour et la maladie mentale. Car c’est bien de ça dont il s’agit dans ce livre : une femme malade, et de comment son époux et son fils vivent avec tout ça. J’ai trouvé le narrateur, petit garçon, touchant de naïveté et de force à la fois, et comme je vous le disais, j’ai pleuré, parce que j’ai trouvé les relations entre ces trois personnages si fortes, d’une beauté un peu effrayante mais tellement touchante. C’est un livre à mille lieux du réel, et j’avais besoin d’une jolie parenthèse comme ça, qui prenne aux tripes sans être réaliste. La fin m’a laissée estomaquée et en larmes, j’ai vraiment vécu cette lecture à mille à l’heure, et j’ai été conquise de ce côté-là.

De l’autre côté, le style si poétique m’a parfois sortie de la narration, aussi étrange que cela puisse paraître. Je crois que j’ai un léger problème avec les rimes à répétition quand la forme n’est pas celle d’un poème. J’ai trouvé certaines phrases trop fleuries, trop compliquées, uniquement pour pouvoir mettre les bonnes rimes aux bons endroits – et ça m’a parfois agacée, j’ai trouvé que c’était parfois un peu trop. Et d’un point de vue du fond, j’ai trouvé que la maladie mentale n’était pas forcément très bien traitée dans ce livre. Si les images sont farfelues et les rimes nombreuses, elles sont parfois aussi un peu insultantes, et j’ai été parfois choquée de lire tant de fois les mots « tarés », « dingues » et autres noms d’oiseaux qui ne font pas partie de mon vocabulaire quand je parle de maladies mentales. Beaucoup de ces mots sont là, encore une fois, pour rimer avec d’autres, et c’est là qu’est à mon sens la limite de cette drôle de poésie. J’ai trouvé, par exemple, que le prochain livre dont je vous parle aujourd’hui aborde bien mieux la maladie mentale que celui-ci.

*

Imagine que je sois parti,
de Adam Haslett

(Challenge 12 mois, 12 amies, 12 livres)

Imagine que je sois parti est l’histoire inoubliable des conséquences d’un acte de foi et d’amour, histoire au cœur de laquelle se trouve Michael, le fils aîné de John, atteint de dépression, et de Margaret. Passionné de musique, brillant et angoissé, il essaie d’interpréter le monde par le prisme de la parodie mais semble atteint du même mal que son père. Au fil des années, ses frère et sœur – Alec, ambitieux et attentif, et Celia, responsable et avisée – vont lutter aux côtés de leur mère pour veiller sur l’existence toujours plus instable et perturbée de Michael.

Avertissement : ce livre aborde les sujets de la dépression et du suicide.

Ce livre, je ne savais pas qu’il existait, je ne l’avais jamais vu. C’est le cadeau de ma librairie pour me remercier de ma fidélité, et quelle belle surprise ! Moi qui ne lis jamais les résumés, cette fois je l’ai fait – pour me donner envie alors que j’étais encore dans ma lecture de Planète végane – et j’ai su dès les premiers mots que j’allais aimer ce livre. Là encore, c’est un gros pavé de plus de 400 pages, et là encore, je l’ai lu en trois ou quatre jours.

On découvre cinq personnages au fil de plus de quarante ans de vie, une histoire qui nous mène des années 60 aux années 2000. Ces cinq personnages liés par le sang ont tous leur individualité propre, et comme ils sont tour à tour narrateurs, leur propre voix : un tour de force qui m’épate toujours dans les romans, les écrivain·es qui y parviennent sont vraiment époustouflants. C’est une histoire délicate et tragique, une histoire qui m’a prise au cœur et je me rends compte que je peine aujourd’hui à trouver les mots pour vous en parler. J’ai été tellement émue, je me suis tellement identifiée, à tous les personnages à des moments différents, je suis encore un peu sous le choc de la justesse avec laquelle l’auteur parle de cette maladie qu’est la dépression, et de comment elle touche l’entourage des malades… A quel point cela s’insinue dans le quotidien, combien c’est dur et combien on n’arrête jamais d’aimer nos proches même s’ils sont malheureux.

Bref, j’ai eu un coup de cœur pour ce livre, et je vous le recommande chaudement si les sujets abordés ne sont pas trop difficiles pour vous. Mention spéciale pour le traitement si naturel de l’homosexualité, qu’elle soit féminine ou masculine, une surprise plutôt bienvenue – ce livre est sorti en mars de cette année, j’espère qu’il augure de nombreux autres romans où être gay ou lesbienne n’est pas une intrigue ou un drame en soi.

*

Et voilà pour ces trois dernières lectures, j’ai été surprise de voir que En attendant Bojangles et Imagine que je sois parti aient au final un point commun… mais vous l’aurez compris, ma préférence va au deuxième, que j’ai trouvé bien plus profond et plus intéressant, au final.

En vrac, j’ai aussi lu :

  • Economix (de Michael Goodwin), une énorme BD sur l’économie. C’était intéressant mais laborieux, j’ai eu du mal à me motiver à la finir, c’était censé être drôle mais je n’ai pas beaucoup ri, bref… j’ai été (un peu) déçue.
  • L’amour dans l’âme (de Daphné du Maurier), avec le #clublectureMS : j’ai adoré ce livre où la mer a une place centrale, et où les destins d’hommes et de femmes s’entremêlent avec passions et brio.
  • Why Be Happy When You Could Be Normal? (de Jeanette Winterson), une autobiographie qui fait miroir au premier roman de l’autrice que je n’ai pas lu – j’ai dévoré celui-ci par contre, j’ai été bouleversée par ce récit tellement étrange qu’on douterait presque de sa véracité, et c’était chouette de lire la vie d’une écrivaine féministe et lesbienne.
  • The Handmaid’s Tale (de Margaret Atwood) après être tombée sur le premier épisode de la série éponyme – là encore, coup de cœur, j’ai lu ce livre d’une traite et il m’a remplie d’effroi : le monde décrit par Atwood pourrait être le nôtre, très bientôt, sans qu’on s’en aperçoive. A lire de toute urgence.
  • Enfin, Le Quatrième Mur (de Sorj Chalandon), l’histoire d’un metteur en scène révolté à qui on confie la mission de monter l’Antigone d’Anouilh au Liban, où la guerre fait rage. J’ai trouvé ce roman très dur, peut-être trop dur, mais il est aussi vraiment très beau.

Et vous, quelles lectures vous ont transporté·es ces derniers temps ? Lesquelles vous ont un peu déçu·es ? Avez-vous un des livres dont je parle dans cet article ? Qu’en avez-vous pensé ?

A très bientôt pour de nouvelles aventures, prenez soin de vous !

*

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10 Réponses

  1. À peu près tous les livres que tu as chroniqués dans cet article m’intéressent, alors merci, même pour les micro-critiques de la fin, c’est chouette aussi à lire !

  2. Justine DT

    Hello ! Je suis très tentée par Planète Végane, dont le sujet m’intrigue de loin depuis plusieurs années, mais me fait aussi beaucoup culpabiliser ( j’essaie d’être végétarienne depuis 2014..Hm..)

    Et tu m’as également convaincue par Imagine que je sois partie. Ma maman étant atteinte de dépression, et ma famille de manière générale, je sens que ce livre peut beaucoup m’apporter, et qu’il serait également une bonne idée de le faire partager.

    J’aurai bien aimé quelques lignes de plus sur La Servante Écarlate, lu l’an passé, que j’ai A.DO.RE. Histoire d’avoir plus longuement ton ressenti. J’ai également vu le premier épisode de la série que j’ai trouvé excellent, et j’ai convaincu mon copain de la commencer ! Pour moi, c’est une manière de sensibiliser qui est fort efficace.

    Merci pour cet article, c’est une thématique que j’apprécie toujours :3

    à la prochaine !

    1. Je pense que Planète végane te plairait beaucoup, il n’est pas du tout culpabilisant ! Changer d’un régime alimentaire ancré depuis la naissance, c’est difficile. Je crois que l’important ce n’est pas d’essayer d’être « la meilleure » mais de toujours donner le meilleur de soi-même, et ça c’est un truc qui évolue avec le temps !
      J’espère que Imagine que je sois parti te plaira, c’est un livre parfois difficile mais très beau.
      La Servante Ecarlate, quel coup de coeur ! J’en ai parlé vite fait en effet, alors je te livre un avis un peu plus détaillé ici : j’ai été totalement absorbée par ce livre. J’ai trouvé que c’était génial d’avoir affaire à une héroïne qui se souvient d' »avant » le basculement dans la dystopie, c’est assez rare et de ce fait, on comprend tellement mieux qu’on peut se retrouver du jour au lendemain ou presque dans des situations qu’on n’imaginerait jamais possibles. Le passage où on comprend que la domination des femmes a commencé le jour où on a bloqué leurs comptes bancaires, ça m’a fait super peur : on est en train de vraiment dématérialiser la monnaie au maximum, c’est super flippant. Et puis ce qui m’a plu, mais qui m’a aussi glacée et énormément questionnée, c’est la protagoniste elle-même… je crois qu’on pourrait être déçu·e de son manque de panache, qu’elle ne tente pas de sauver la planète, qu’elle soit finalement aussi lâche que nous serions beaucoup à l’être dans la même situation. Les dystopies montrent souvent en protagonistes de vrais héros qui détruisent le système, ou au moins en ont la volonté. Et c’est glaçant de voir l’inverse, c’est bien plus réaliste et ça fait très peur. Je trouve ce bouquin hyper actuel, et j’ai hâte de voir la suite de la série car je suis super curieuse de voir comment ça va être adapté ! Merci pour ton commentaire ;)

  3. Ann

    Bonjour,
    Je me note « imagine que je sois parti »!
    « En attendant Bojangles » a été pour moi une grande déception, j’en avais eu des échos tellement positif!
    Au final, je n’ai même pas été émue comme toi car je crois qu’il m’a manqué d’accrocher avec les personnages. Du coup, j’ai trouvé ça caricatural et loufoque, même si on ne peut pas nier l’originalité du texte, de l’histoire etc.

  4. Kellya

    Je rejoins entièrement ton avis sur En attendant Bojangle, Je n’est malheureusement pas été transportée comme je l’espèrais. Je viens d’acheter Planète végane, je le commence donc très bientot, et chaque critique que je lis dessus me donne envie de le commencer, meme si sa taille m’effraie un peu,je dois bien l’avouer. J’ai adoré le quatrième mur, mais je suis grande passionnée d’Antigone, ainsi tout ce qui y touche me va droit au coeur. Sinon en ce moment je relis les Harry Potter en anglais, rien ne vaut les valeurs sures ;)

  5. Manon

    Tu m’as donné envie de lire « Imagine que je sois parti », je l’ajoute à ma liste, merci !
    Concernant le livre sur le véganisme, pas sure d’être prête à me lancer dans un pavé comme celui-ci mais pourquoi pas plus tard, par curiosité.

  6. Sarah

    Coucou, en ce moment je suis en train de lire un livre geniallissime que je conseille a peu près a tout le monde, c’est « Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine ». Ca decortique presse féminine, discours publicitaire, blogs, series tv etc sur comment l’industrie du complexe mode beauté fait maintenir la logique sexiste dans la sphère culturelle. C’est hyper interessant ! Et l’auteur est journaliste au Monde Diplomatique -rien que ca! Franchement je conseille !!

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