28
Août
2016
53

Encore un peu (les vacances)

Heureuse soit-elle celle qui a eu la chance de passer deux mois d’été comme elle n’en avait jamais rêvé. Heureuse soit-elle, celle qui a pu partager son temps sans avoir l’impression d’en manquer, celle qui a collectionné les fruits mûrs et les sourires dorés, celle qui a ri et s’est nichée à volonté dans les bras d’êtres aimés, pour des accolades où elle était tantôt l’adulte qui chérit, tantôt l’enfant qui a besoin d’être rassurée. Celle qui n’a cuisiné que quand elle en avait envie, qui n’a presque pas fait la vaisselle, qui s’est couchée à l’heure qui lui plaisait, et qui même a pu remplir ses journées d’exactement tout ce qu’elle voulait, avec cette folle réalisation le soir venu : tout est possible.

Comme elle c’est moi et que parler de soi à la troisième personne, c’est quand même sacrément gonflé, autant vous le dire tout de suite : je suis très heureuse.

Mes petits pieds fourbus m’ont portée pendant des dizaines de kilomètres courus à bout de souffle puis à souffle retrouvé, sur les routes un peu trop vallonnées d’une campagne montagnarde qui m’ont laissée les yeux écarquilés. J’ai couru le cou tordu pour apercevoir des aigles tournoyant au-dessus de nos têtes, et quand je croyais que mon corps me lâcherait sur le bas-côté, chaque fois j’arrivais à franchir notre ligne d’arrivée, où m’attendait une accolade essoufflée de mon papa, à la fois supporter et voiture-pilote pendant nos sessions masochistes sous le soleil qui tapait dur.

Mes petits bras maigres ont embrassé, enlacé, câliné, consolé la petite troupe d’enfants qui a virevolté dans mon quotidien pendant ces trois semaines mais aussi ces grands enfants que sont les adultes, qui n’osent pas dire parfois qu’ils en ont besoin, qui ont passé l’âge de se glisser sur vos genoux après le fromage en attendant le dessert pour somnoler au creux de votre étreinte. J’ai distribué autant d’amour que j’en ai reçu, le vase communicant toujours plein à craquer tant et si bien que mes yeux ont débordé plus d’une fois, si vous saviez comme ça fait du bien.

J’ai noirci des pages d’écriture nette et précise comme quand j’avais huit ans, parce que voyez-vous ma passion c’est l’écriture d’école, celle de ma maîtresse de CE2, une écriture que je n’ai pas oubliée mais qui n’a d’autre utilité que d’être à elle-même, jolie et inutile, ça méritait bien un cahier d’écriture non ? Aussi des pages de caractères collés-serrés qu’il me tarde de voir imprimés et relus, des pages pleines d’histoires et de mots que j’aime bien c’est si rare, de mots qui m’ont fait du bien.

Il a fallu rentrer et en moi je n’ai trouvé aucune once de tristesse, le timing était parfait, j’avais envie de retrouver mon lit, mon jardin, mes rues, mes habitudes – j’avais envie de tourner cette jolie page pour en commencer une nouvelle toute aussi belle, aussi étrange que cela puisse paraître. J’ai glissé des mercis gros comme ça dans mes je t’aime d’au-revoir murmurés aux oreilles des miens, qui m’avaient accueilli à bras ouverts dans leur bulle vacancière, c’était si doux de partir en sentant comme ça mon cœur gonflé de joie. C’était si frais, de rentrer, de poser les valises, de refaire les lits et de recommencer à remplir les cases de rendez-vous avec les autres nôtres, les amis qui par un hasard qu’on ne s’explique pas toujours, étaient toujours là à notre retour. (est-ce que c’est ça être adulte, les amitiés qui s’étendent par-delà les étés, imperméables aux changements de classes et de lycées ?)

Et puis retrouver le plaisir du temps passé en cuisine à préparer des petits plats pleins d’amour à partager avec ceux qui comptent, recouvrir les assiettes de torchons pour tout garder au frais, et puis se réveiller dans la moiteur d’une journée un peu trop chaude, presser quelques oranges après être allée chercher le pain, et puis une fois la vaisselle rangée sauter dans la voiture et filer rejoindre la mer. Nos corps ébahis, du soleil plein les yeux et du sel plein les cheveux, sauter dans les vagues comme des jeunes chiots, goûter au bonheur de quelques heures qui s’étirent pour durer sans compter.

J’ai constaté que malgré l’impression fibreuse que les vacances se terminent une fois le train du retour arrivé à quai, les soirées d’été autour d’un bon vin et de burgers frais sont toujours d’actualité, j’ai entendu les rires éclater et vu mes mondes se mélanger, je ne suis jamais aussi bien que bien entourée. J’ai trouvé que les sorbets étaient aussi bons dégustés en août qu’en juin, que le soleil était toujours aussi chaud et que le temps de ranger les robes n’était pas encore tout à fait arrivé.

Alors si je brûle d’envie de vous parler de la rentrée, de mon sac à dos, de ma trousse et de mes stabilos, je vais attendre encore un peu. Il y a encore mille soirées ciné desquelles rentrer les épaules nues et le cerveau en ébullition, il y a encore mille matins paresseux dirigés par aucune sonnerie de réveil effréné. Et si je dis mille c’est bien parce que j’ai appris cet été à quintupler les joies, à centupler les bonheurs. Bientôt, je vous raconterai ma peur de l’inconnu canalisée sur le papier, je vous raconterai qui j’étais il y a quelques années et qui j’ai envie d’être maintenant, combien la vie se joue de nous et combien c’est effrayant, de tout reprendre à zéro mas pas vraiment.

Mais pour l’instant, j’ai encore mille heures à passer à rire, jouer, dormir, créer, à vivre tout simplement.

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7 Réponses

  1. Céline

    Merci pour tes fabuleux mots, je ne commente jamais ton blog mais je trouvais ça tellement beau que cela valait bien un petit effort de ma part ! (Et en plus je n’ai pas trouvé le petit <3 pour dire que j'avais aimé l'article, ça doit être parce que je te lis depuis mon téléphone)

  2. Pingback : En liens cette semaine #19 – L'océan de la vie

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