15
Juin
2016
22

D’Oostende

Je suis allée à Oostende, sur la côte belge, le weekend dernier. Je n’y ai rien fait qui mérite de vous en parler comme d’une visite touristique de qualité, je ne saurais même pas dire si j’ai aimé la ville, je n’avais d’yeux que pour la mer. Alors voilà la mer.

*

Je me souviendrai de la plage claire, propre et nette comme une matinée d’été, l’horizon flou d’une mer et d’un ciel amoureux, les pieds dans le sable enracinée si fort, l’eau froide entre les orteils et les jambes à l’air pour la première fois depuis des mois. Descendre les marches avec les amis, elle qui saute et lui qui rit. N’entendre que le bruit des vagues et des enfants qui courent dans les flaques d’eau salée à côté de châteaux de sable bancals que seuls les rêves font tenir debout, petits monuments éphémères aux allures de royaumes gigantesques.

Je me souviendrai de mes pieds nus sur le bois du front de mer, les mouettes qui chantent et discuter à bâtons rompus ou bien justement écouter, retarder l’avancée des marcheurs parce que l’éclat de la vague dans l’objectif faisait une photo que j’imaginais belle, l’instantané d’un moment éternellement parfait.

Je me souviendrai de la crêpe moelleuse au sucre brun, qui avait le goût des crêpes de mon papa qu’à l’époque je n’avais pas la sagesse de déguster avec la cassonade Graeffe bien de chez nous et que je tartinais de Nutella comme une mauvaise gamine. D’entendre cette langue que j’apprends sans encore la connaître, ne pas savoir communiquer et demander à mon amie de commander pour moi. De sentir dans les rues l’odeur des frites en pensant presque sans faire rire tout à fait que c’est ça, la Belgique.

Je me souviendrai l’étreinte étrange au cœur d’apercevoir sur le pavé l’étoile de Veerle Baetens, qui un soir d’automne m’a parlé de yoga en me prenant dans ses bras, au milieu d’autres étoiles plus ou moins connues. M’être dit que quand même, pour ce pays à la frontière si proche j’ai une drôle d’affection, une histoire qui se tisse à coup de hasards et de grandes émotions, je vous jure que si on m’avait dit un jour que je m’attacherais à la Belgique, j’aurais probablement bien rigolé. Et pourtant…

D’Oostende je ne retiendrai pas les monuments, les châteaux, les moulins ou les chocolats – je n’ai pas goûté à tout ça, c’est à Gent ou à Brugge qu’ils se sont gravés en moi. Je me souviendrai de la mer, du bonheur simple d’être là.

Je me souviendrai surtout d’une question, « on va à Oostende ? » et d’une réponse, « il y a la mer, non ? Alors j’en suis », en voiture Simone, l’aventure soudaine, l’imprévu au goût d’iode, de short d’été, sans autre bagage qu’un appareil, des sandales et une bonne compagnie. Et j’embarque avec moi sur la route du retour à Rijsel les grains de sable encore collés à mes talons, quelques mots capturés dans la voiture sous le ciel qui se charge de pluie, le sourire aux lèvres d’avoir encore une fois, avec les mêmes amis, slalomé avec talent entre les gouttes.

Je me souviendrai d’Oostende.

*

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IMG_7183 IMG_7208 Oostende

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Si vous voulez quand même manger les crêpes moelleuses dont je vous parle, rendez-vous chez Georges Tearoom, Adolf Buyl-Straat 15. Attention, tout le personnel ne parle pas français. Embarquez votre plus bel anglais si vous le pouvez.

Et oui, il est désormais évident que mon exercice littéraire préféré est l’anaphore. Un besoin de constance rassurante, j’imagine.

*

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15 Réponses

  1. Tes photos reflètent ce que je trouve de plus beau à la mer du nord : le calme, la nature, la vie.
    Dommage que ces conflits communautaires prennent cette dimension par contre, ça me rend vraiment triste.

    1. En vrai je ne sais pas exactement ce qu’il en est, j’avoue ne pas m’être renseignée, je sais juste que quand les Flamands pensent qu’on est des Wallons, ça se passe moins bien :) (un jour je leur parlerai flamand et tout ira mieux :D)

      1. Sophie

        Maaais noooon, c’est pas à ce point du tout, surtout à Oostende ! A Oostende, les flamands sont bien contents qu’on vienne, nous les Wallons et Bruxellois, on est leurs touristes les plus appliqués, une heure de train nous en sépare depuis Bruxelles, ils nous aiment bien je t’assure ;) Pour voir de vrais flamingants, il faut aller à Anvers, ou dans les petits villages, où ces pauvres fous sont persuadés que les Wallons sont un poids à leur cheville. On aime bien se critiquer les uns les autres, mais au fond on s’aime bien, hein, sinon les Wallons iraient en Normandie et dans le Nord-Pas-de-Calais et les Flamands, au lieu d’aller dans les Ardennes, se rendraient en France toute proche, en Allemagne ou aux Pays-Bas pour leurs randonnées en forêt et voir des montagnes. Ce n’est l’affaire que de 50 à 100km de plus, pas la mer à boire.
        Les Flamands et les Wallons (et les Bruxellois coincés au milieu), c’est peut-être un amour vache, mais pour moi ça reste de l’amour quand même.

        (Et Pauline, j’ai dû aller à Oostende au moins 20 fois dans ma courte vie, et je n’ai jamais visité la ville… Pour moi, ça a toujours été une ligne droite de la gare à la mer. Tout simplement. Je comprends vraiment ton émerveillement, si bien retransmis par ta belle plume)

  2. Anne-Lise

    Tes humeurs balnéaires et tes images sont bien jolies, Pauline. D’Ostende, j’aime à me souvenir de cette galerie là, au bout de la digue, du poulet rôti de chez Koekoek, des croquettes de crevettes moelleuses à souhait. D’un « Sus aux goélands » qu’on crie avec une amie depuis qu’un jour il y a en a un qui pris ses beaux cheveux roux bouclés pour un nid, sur la jetée près du marché aux poissons. Du salon de thé très mignon où nous nous sommes réfugiées pour oublier l’incident.

    Par contre, si je peux me permettre, je crois qu’il est bien inutile de mettre de l’huile sur le feu de nos polémiques linguistiques si tu n’en a pas expérimenté ce jour-là. Je n’adore pas te voir écrire : « le personnel vous prendra sûrement pour de sales wallons ».

    Tous nos voisins flamands ne font pas barrière ou ne sont pas obtus si tu parles français. La situation est bien plus nuancée. Parfois, tenter de parler néerlandais ne change pas grand chose dans notre pays de cocagne, parfois tu es ravi de te faire des amis quelle que soit ta langue et celle de l’autre. Faisons des pas, autant que possible!

    1. Mon « salse wallons » était ironique, exagéré à dessein. Mais je vois qu’il ne remporte pas l’unanimité donc je vais modifier tout ça dès que j’ai accès à un ordinateur ! Je ne voulais froisser personne, je me suis appuyée sur le vécu d’une amie belge et le mien, de française frontalière, mais je soupçonne qu’en en parlant entre nous on s’est tant amusé à exagérer que ça a un peu trop transpiré dans mes propos. Je suis désolée !

      1. Anne-Lise Remacle

        Oh tu sais, ton propos n’a pas besoin de remporter l’unanimité pour exister. Je ne voulais pas que tu te censures, loin de là! Juste te donner mon point de vue de bruxelloise-autrefois-wallonne…C’est aussi à ça que servent les commentaires, non? Faire la part des choses entre ce qui nous plaît ou non. Ouvrir une porte au dialogue (comme chez nous, entre flamands et wallons). « Un invincible été » permet ça, et c’est une très bonne chose.

        1. Oui tu as tout à fait raison ! Mais je n’ai pas non plus envie qu’on croie que je pense ce que je ne pense pas, et comme je ne suis évidemment pas au fait de tous les tenants et aboutissants des relations wallons/flamands, je préfère au moins adoucir mon propos ;)
          Merci pour tes commentaires tout doux Anne-Lise !

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