18
Mai
2016
34
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« Je suis ravie de vous annoncer »

Oh eh bien écoutez, je suis ravie aussi. Je suis prête à parier que je suis plus ravie que vous – j’ai plus à y gagner, j’avais plus à y perdre que vous, soyons honnêtes – vu l’accélération subite de mes battements de cœur et le sourire mi-gêné mi-incrédule qui se propage sur mon visage. J’hésite encore à hurler de joie, peut-être que je me trompe, attendez je relis. Je suis ravie de vous annoncer… Si c’est une blague, elle est bien mauvaise, la chute sera rude vous savez, pas de bêtise hein, on ne fait pas ces choses-là.

Je vous relis encore et encore et on dirait que c’est vrai. C’est un peu soudain, vous comprenez mon étonnement, on m’avait dit hier – hier ! Quatre-ving-six mille quatre cents secondes de stress ! – qu’il me faudrait attendre deux semaines. Deux semaines ! Un million deux cent neuf mille six cents secondes de stress ! Je m’étais préparée à me réveiller chaque matin et à devoir évacuer la peur de l’échec et la tentation de refaire un million deux cent neuf mille six cents fois le film de cet entretien un peu rapide, un peu déroutant, où j’avais l’impression de ne pas avoir eu le temps de vous prouver que j’étais faite pour ça. Deux semaines d’attente, ça me paraissait insurmontable.

Et puis ce matin en me levant je me suis rendu compte que j’avais oublié d’y penser. Que passées la légère déception et l’angoisse de ne plus pouvoir revenir en arrière pour corriger erreurs et maladresses, j’avais vaqué à mes occupations, un peu gauche, un peu ailleurs, mais pas fébrile. J’avais envie de parler à tout le monde de ces quinze minutes où c’était comme jouer ma vie toute entière, les mains moites, à ne pas savoir où regarder pour ne vexer personne. Où c’était aussi comme être déjà un peu chez moi, dans ce haut bâtiment aux fenêtres claires, où j’avais déjà envie de retourner. J’avais envie de débriefer, d’être rassurée, de pouvoir exprimer mes appréhensions mille et une fois en un million deux cent neuf mille six cents secondes, je n’en ai pas eu le temps.

J’ai cette boîte mail sérieuse sur laquelle je reçois tous ces courriers qui m’angoissent, depuis les impôts jusqu’aux gens à qui je dois rendre des comptes parce que je me suis engagée et qu’il faut que j’avance. Je ne regarde cette boîte mail que lorsque je reçois sur ma boîte mail pas sérieuse un avertissement. « Vous avez 2 nouveaux messages sur la boîte mail de l’enfer« , lis-je toujours, l’estomac qui se noue instantanément, la sueur qui perle au front. En buvant un café, ma maman en face de moi, l’amoureux à côté, j’ai ouvert ma boîte mail de l’enfer et j’ai cru à une blague.

Je suis ravie de vous annoncer – mieux que le loto, presque. La fin de cinq mois d’espoir, d’attentes, de démarches, de nuits sans sommeil et d’avoir sans cesse l’angoisse que cette énergie soit perdue, gâchée, que rien ne ressorte de positif dans ce tumulte de peurs et d’incertitudes. Vingt-quatre heures à moitié vécues, pas eu le temps de dire à 99% de mes connaissances que j’avais tout raté et que ma vie était foutue, et déjà, une réponse. « RESULTATS Admissi… », l’objet du mail que je n’ai que survolé, je n’y croyais pas, encore un spam de la SNCF, ces petits bolosses qui me font faire des mini-AVC tous les quatre jours (je n’aurais pas dû lier mon compte SNCF à la boîte mail de l’enfer).

Je vous ai relue, madame du mail automatique, et je peine encore à y croire, c’est vrai. J’ai peur d’être dans un rêve, de me réveiller, de me pincer. Je hurle (il paraît) (je ne me souviens pas vraiment) un bon « mais whaaaat?!?! » surexcité. Je souris du sourire éclatant du soulagement et c’est l’heure des embrassades et on trinque au café. Je suis sur un nuage, tout ce pour quoi j’ai travaillé a payé. Ces doubles-pages de préparation, ces heures à souffler parce que jamais je n’ai autant prémédité un choix, jamais je n’ai autant réfléchi, jamais je ne me suis posée si souvent pour être au moins quasiment certaine que c’était la bonne décision, le bon chemin à emprunter au carrefour. Plus loin, ces années de parcours chaotique qu’il a fallu réorganiser pour bien présenter, pour me convaincre moi-même autant que les autres – une activité thérapeutique – que chaque détour n’avait pour but que de m’amener plus efficacement, plus logiquement, à cette Rome toute personnelle qui m’ira comme un gant.

J’ai appris à ne pas mettre la charrue avant les bœufs tout en croyant très fort à un avenir que je me serais choisi, pour moi. Un équilibre, une alchimie difficile à atteindre, où il faut écouter les doutes sans les laisser me déconcentrer, où il faut considérer la victoire comme déjà acquise pour mettre toutes les chances du bon côté sans pour autant oublier que, peut-être, ça ne marchera pas.

Au fond j’y ai toujours cru, c’est vrai. Je me suis dit que c’était mon destin (je suis une petite drama queen), que l’Univers me poussait vers ça, me récompenserait de mes questionnements acharnés. Que la vie ne serait pas juste si, après tant de galères, elle ne m’autorisait pas un répit, une facilité, une évidence enfin découverte. La vie n’est pas toujours juste et j’en avais conscience, c’était cette incertitude qui me tordait les boyaux tard le soir et me faisait fondre en larmes de peur. Mais si je suis ravie de vous annoncer, mais si le service scolarité vous transmettra, mais si votre inscription administrative, alors il n’y a plus d’incertitude, j’ai débouché le champagne (la clairette) (c’est très bon la clairette), et dans ma tête je fais encore la fête.

En septembre, je retourne à l’école.

J’ai hâte.

*

Crédit photo : Ghost Presenter

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36 Réponses

  1. B R A V O ! Je te félicite et ton enthousiasme est contagieux !Merci !
    Tu verras il n’y a pas d’âge pour reprendre l’école, surtout pour quelque chose qui nous tient à coeur. Je vais tous les matins apprendre une autre langue depuis un an. Pas un choix, comme une obligation que j’accepte et qui me convient.
    Longue route à toi sur le chemin des rêves qui se réalisent ;D
    Bises

  2. kathy

    Oh je suis super contente pour toi !
    Tu vas faire quoi exactement ? ( j’espère que la question n’est pas indiscrète !)

    Félicitations !

    Kathy

  3. Entre jeunes femmes reprenant des études, je te comprends, et te souhaite beaucoup de joie ! Il faut parfois un temps de recul pour « trouver sa voie », débroussailler le terrain et trouver une petite clairière pas trop mal pour s’y poser.
    Belle soirée à toi.

  4. Moi je pense que ceux qui t’ont prise sont des personnes sacrément cool et lucides, qu’ils ont drôlement raison, et qu’ils ne savent pas encore combien ils intègrent un élément de choix dans leurs murs. Voilà.

  5. Félicitations ! en plus je crois qu’il y a des cours de sociologie dans la filière communication non ? (en tout cas dans l’option du même nom que j’avais, on avait 50/50 comm/socio)(avec des QCM au partiel, peuh, tellement peu noble pour une matière à (très trop très longues) dissertations comme la sociologie)
    Dans tous les cas j’espère que la filière sera à la hauteur de tes attentes ! :D

  6. Cécile

    Félicitations ! Je sais d’expérience (je me suis réorientée après avoir terminé mon Master) que c’est parfois difficile de trouver sa voie, alors mes félicitations sont d’autant plus chaleureuses et enthousiastes !

    1. Merci Cécile ! Je trouve dommage qu’on ne laisse pas assez le temps aux gens de trouver ce qui leur plaît vraiment. J’ai eu la chance de prendre ce temps, je ne regrette pas !

  7. Gabrielle

    Toutes mes félicitations ! :) Je suis très contente pour toi et tu as bien raison de partager ce moment de bonheur avec nous ! D’ailleurs, on dit que le bonheur est la seule chose qui se double quand on la partage ;)
    Et bravo aussi pour ta belle plume toujours aussi vraie et touchante.
    Bon retour à l’école !

    1. LuLu

      « on dit que le bonheur est la seule chose qui se double quand on la partage ;) »

      Ca marche aussi avec l’amour !

  8. Pingback : Un invincible été » Reprendre ses études

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