25
Avr
2014
6

Petit précis de végétarisme (1) – Théorie

Ca fait un moment que j’avais envie de vous parler de végétarisme, puisque ça fait partie de la description de mon blog et que je ne me suis jamais réellement étendue sur le sujet. Sujet qui m’est pourtant très important puisqu’être végétarienne, c’est à un plein temps pour moi, donc ça me suit chaque jour que les dieux font. (je dis « les dieux » maintenant, telle une bonne habitante de Westeros)

J’avais commencé par écrire une diatribe enflammée et rageuse, et puis en me relisant un matin magnifique après mon petit-déjeuner végane et un quart d’heure de méditation, j’étais d’une belle humeur et j’ai trouvé ma production bien triste. Je trouve que je râle trop, en ce moment, sur ce blog. Alors j’ai tout jeté et me revoici avec une autre version, bien plus fournie et dense que ce que j’aurais pu produire en ne faisant que râler, d’ailleurs.

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J’ai décidé de publier une espèce de grande foire aux questions du végétarisme, et pour cela j’ai demandé aux gentils twittos de l’Internet de m’envoyer les questions qu’ils auraient envie de poser à un.e végétarien.ne. Comme il y en a plein plein plein et que je tiens à vous garder en vie, ce billet sera en fait divisé en deux parties : on abordera d’abord la « théorie » du végétarisme, avec des définitions, une mise au point sur les carences, on parlera également de spécisme (et donc d’antispécisme), et je tenterai de répondre avec bienveillance à la question de l’apparent éternel conflit entre les végétariens et les non-végétariens.

Vous avez été nombreux.ses à me poser des questions pratiques : comment transitionner, comment ça se passe en société, quels aliments privilégie. J’y réponds dans le billet suivant, que j’ai publié à part pour qu’il soit plus facile de s’y retrouver.

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Je n’ai jamais autant travaillé sur un article de ma vie entière de blogueuse, j’espère donc que mes réponses vont satisferont et attiseront votre curiosité sur ce mode de vie. N’étant pas experte en nutrition, en agriculture ou en rien du tout, il est possible que des erreurs et des maladresses se soient glissées dans ma publication. Je serais enchantée que vous me les signaliez gentiment, afin que je puisse corriger.

Bonne lecture !

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C’est quoi un·e végétarien·ne ?

Un.e végétarien.ne, c’est une personne qui choisit, pour quelque raison que ce soit, de ne plus manger de chair animale. Cela inclut évidemment les poissons, qui, même s’ils sont souvent moches, restent des animaux.

La plupart des gens qui se disent végétariens consomment cependant des œufs, des produits laitiers, du miel, ainsi que des produits dérivés des animaux comme le cuir, la soie, la laine, contrairement aux végétaLiens. Ils ne font pas forcément attention aux tests sur les animaux non plus. Ceux qui font attention à tout cela (nourriture, consommation dans la vie de tous les jours, et exploitation animale et humaine à grande échelle, impact écologique…), ce sont les véganes. Ces deux dernières « catégories » vont souvent de pair, d’ailleurs en anglais il n’existe que le terme « vegan« , donc ce que je dis à ce propos est ma propre appréciation des termes et peut ne pas convenir à tout le monde.

On trouve beaucoup de dénominations différentes en dehors de ces trois-là, qui pour moi, ne veulent pas forcément dire grand-chose. Les flexitariens mangent parfois végétarien, parfois non, souvent ils mangent de la viande en société, pour que ce soit plus facile. J’ai moi-même été « flexitarienne » un temps, mais je préférais dire que j’essayais de devenir végétarienne, puisque c’était mon but et que je tâtonnais. On trouve parfois des gens qui se disent « végétariens mais avec du poisson » (pesco-végétariens ou pescitariens (???)) ou « végétariens mais je mange du poulet et de la viande blanche » (pollo-végétariens, sans mentir c’est pas une blague), et là j’ai quand même envie de dire qu’aussi louables soient vos efforts pour consommer moins de viande – ou votre dégoût pour la viande rouge, il est préférable que vous ne vous réclamiez pas d’un régime qui voudrait qu’on ne mange pas de viande/poisson.

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Récapitulons :

• Être végétaRien·ne, c’est ne pas manger ni viande ni poisson.
• Être végétaLien·ne, c’est ne manger ni viande, ni poisson, ni œufs, ni miel et éviter la soie, le cuir, la laine, les éponges naturelles aussi
• Être végane, c’est avoir des super-pouvoirs. Nah, je déconne. C’est être contre toute forme d’exploitation animale et humaine, faire attention aux tests sur les animaux, préférer les produits éthiques, éviter l’huile de palme, boycotter les zoos, les cirques animaliers… chacun fait un peu « à sa sauce », vu qu’il n’existe évidemment PAS de secte végane et de charte du bon petit végane.

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Evidemment, il est possible de se retrouver dans plusieurs cases. Par exemple, personnellement, je me dis végétarienne. Cela dit, je ne mange quasiment pas d’œufs, ni de fromage, ni de miel, en tout cas chez moi, parce que dehors je ne fais pas vraiment attention. Je ne porte ni laine, ni soie. Par contre, j’ai du cuir, parce qu’on m’en a offert avant, et parce que je trouve difficilement des chaussures qui vont à mes pieds nuls autres qu’en cuir, mais aucun de mes produits cosmétiques n’est testé sur les animaux. Je ne vais ni au zoo, ni au cirque. Au quotidien j’essaye d’acheter un maximum bio et local (ou éthique), mais ce n’est pas un réflexe que j’ai vraiment intégré. Je trouve aussi que parfois c’est beaucoup plus cher, et parfois je n’ai pas les moyens.

A l’époque où cet article a été rédigé, j’étais effectivement végétarienne. Je suis depuis passée à un mode de vie entièrement vegan – je ferai un retour sur cette transition prochainement.

Maintenant que les termes végétaRien et végétaLien ont été expliqués, je me référerai à ces deux régimes avec un même terme : végéta*ien, sauf en cas de spécificité entre les deux régimes.

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Pourquoi n’être « que » végétarien·ne ?

Dans mon optique, une fois qu’on a mis le nez dans les questions de santé, d’exploitation animale, d’écologie, il est difficile de n’être « que » végétarien.ne. Il est en effet à mon sens peu cohérent de refuser de manger du bœuf mais de trouver tout à fait normal d’en porter sa peau morte et tannée à nos pieds ou en guise de veston.

De même, la consommation de produits laitiers est une cause directe de souffrance pour les vaches (les chèvres, les brebis aussi hein) : on les insémine à répétition puisque pour produire du lait, il faut avoir un bébé, et on leur retire leur veau quelques jours après la naissance pour ensuite les traire mécaniquement, elles sont bourrées d’hormones, épuisées, leur espérance de vie est drastiquement réduite et au final, elles finissent toujours dans les assiettes.

Pourtant, il n’est pas forcément aisé de faire la transition. Nous avons pour la plupart grandi dans une famille omnivore, avec plus ou moins de viande au menu mais en tout cas avec des habitudes culinaires, et s’en défaire peut demander du temps. De mon côté, je sais très bien ce qu’impliquent chaque morceau de fromage, chaque œuf que je cuisine. Mais s’il est très très facile de juger un.e végétarien.ne qui « ne va pas au bout de ses convictions », il ne faut pas oublier qu’au-delà des convictions nous sommes aussi des individualités, avec notre bagage passé, et que tout ne peut pas se faire en un claquement de doigts. Pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) ou ayant un rapport compliqué à la nourriture, passer d’un régime habituel et rassurant à un autre peut être source de grosse difficultés, peu importent les faits qui se cachent derrière un steak ou un bout de camembert.

Tiens, d’ailleurs ! Mon Monsieur Chéri dit souvent qu’avant de critiquer quelqu’un à propos d’un sujet particulier, il faut s’assurer d’être soi-même irréprochable en la matière – ce qui est, avouons-le, impossible. Voilà qui, pour ma part, a sonné la mort de beaucoup de jugements…

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Pourquoi être végétarien·ne ?

Les raisons qui poussent au végétarisme sont aussi multiples qu’il y a des végétariens… et tant il y a de bonnes raisons de se lancer !

Personnellement, je m’y suis intéressée pour des questions de santé. Je lisais de plus en plus que la viande à outrance causait des maladies parfois graves, que la consommation de lait pouvait provoquer de l’acné, des migraines… alors j’ai jeté un œil à tout ça. Et de fil en aiguille ma sensibilité s’est ouverte à toutes les raisons qui font qu’aujourd’hui, je suis végétarienne.

C’est bon pour la santé.

Les produits animaux ne sont pas très bien assimilés par le corps, sont pleins de mauvaises graisses, et encrassent le système. Par exemple, notre système digestif est trop long pour digérer la viande correctement : la viande l’encrasse et cause des troubles digestifs. De même, consommer du lait est illogique. Le lait de vache est fait pour nourrir les petits de la même espèce, à savoir les veaux. Le lait qui est adapté au petit humain est le lait d’humaine. En plus, une fois à l’âge adulte, nous ne produisons plus forcément (cela dépend des individus) la lactase, l’enzyme qui permet de digérer correctement le lait. Nous sommes tellement habitués à en consommer que nous ne nous rendons pas forcément compte que ça nous fait un peu mal au ventre, ou que ça nous constipe. (de manière générale nous mangeons beaucoup de choses qui nous rendent malades sans qu’on fasse le lien entre le symptôme et la cause de ce dérangement)

Des études montrent d’ailleurs que la consommation excessive de produits animaux augmente les risques de diabète, de cancers (du côlon notamment), d’ostéoporose, d’obésité…

Source : AVF

C’est bon pour l’environnement.

L’industrie de la viande produit à elle seule plus de gaz à effet de serre que toutes les voitures du monde mises en circulations ! Le méthane des milliards de vaches parquées dans les fermes-usines, l’eau qu’il faut utiliser pour nourrir et nettoyer les bêtes… les pesticides utilisés sur les plantes OGM qui nourrissent le bétail, la pollution des nappes phréatiques à cause de l’infiltration des polluants et des excréments, tout ça a un fort impact sur la planète.

Source : AVF

C’est bon pour les autres humains !

On estime qu’environ 70% des terres agricoles de la planète sont utilisées pour la production de bétail, et que 33% des terres cultivées le sont pour nourrir le bétail. Il faut en moyenne 10 kg de protéines végétales (qui peuvent nourrir aussi bien des humains que des animaux, n’est-ce pas) pour produire 1 seul kilo de bœuf. On peut déjà, actuellement, nourrir toute la population mondiale avec nos réserves de céréales dans les pays riches, si seulement on partageait. (d’accord, c’est un autre débat) Imaginez tout le monde qu’on pourrait nourrir en utilisant intelligemment ces 10 kg de protéines végétales/kilo de boeuf ? La production de viande, essentiellement réservée aux pays riches également, est particulièrement égoïste : bon nombre de viandes sont produites dans des pays pauvres pour être exportées chez les riches, ce qui veut dire que les habitants de ces mêmes pays ne peuvent même pas en profiter.

C’est bon pour les animaux.

C’est peut-être la raison la plus difficile à entendre, car il faut entrer dans un monde où on peut considérer que les animaux ne sont pas des choses, mais des êtres sensibles (d’ailleurs, une loi est passée en ce sens… mais que va-t-elle changer ?) et qu’il n’est pas juste ni moral de les tuer pour satisfaire ce qui n’est plus un besoin depuis des millénaires, mais tout au plus un désir, et un luxe. Il faut bien comprendre que les bêtes d’élevage sont amenées au monde dans le seul et unique but de les tuer à la fin, et donc que leur présence sur terre n’est absolument pas naturelle ni dans l’ordre des choses. Dans l’ordre des choses, les vaches vivent une vingtaine d’années, les poules une dizaine d’années, et les cochons vingt-cinq ans. Dans le système d’exploitation actuel, les vaches laitières sont abattues au bout d’une dizaine d’années, et les poulets de chair au bout de sept semaines, pour en faire ensuite des rôtis et des escalopes de mauvaise qualité. Ah bah les poulets de Loué, c’est pas ce que la majorité des gens achètent, et donc pas ce qui est produit en masse.

Les hindous pratiquent un végétarisme basé sur la non-violence universelle et le respect de toute les vies. Je trouve que ça résume assez bien la pensée antispéciste : le fait que nous soyons humains ne veut pas dire que nous sommes supérieurs. La rapidité avec laquelle nous détruisons notre habitat et nos ressources prouve assez bien que nous ne sommes en rien meilleurs qu’une vache ou un gorille. Leur vie a-t-elle alors moins d’importance que la nôtre ?

Peu importe finalement pour quelle raison on devient végétarien, il n’y a pas de « mauvaise raison » de se lancer. L’important est d’arriver à un mode de vie qui nous convienne ET qui convienne à la planète.

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Est-ce que c’est utile, à petite échelle ?

La révolution ne vient jamais d’en haut.

J’ai, personnellement, arrêté de me demander si les trois steaks que je n’achète plus ont sauvé une vache. Je n’en sais rien. Je ne pense pas. Ils ne sont pas dans mon ventre mais dans ceux de quelqu’un d’autre, ou alors jetés dans une poubelle et arrosés de Javel pour que les sans-abris ou les assos caritatives ne puissent pas venir les récupérer. Mais je pense sincèrement que si on décidait, tous, du jour au lendemain, de devenir végétariens – ou du moins de, disons, ne plus manger de viande qu’une fois par semaine – eh bien la situation changerait. Ce serait utile. Le système serait bien obligé de s’adapter, puisque nous vivons dans une dynamique d’offre qui répond à la demande. En tout cas, ma position sur le sujet est la suivante : OK, peut-être que la vache, le cochon, et la poule sont tués de toute manière. Mais je refuse de participer à tout ça. Je refuse de donner mon argent et ainsi de cautionner ce système aberrant qui tente de défier la logique mais n’y parviendra plus très longtemps.

A noter que ce qu’il y a de merveilleux, c’est que chaque réduction de consommation de viande est déjà un pas en soi. C’est déjà cool, et c’est déjà intéressant. J’imagine très bien la difficulté que ça doit être d’arrêter purement et simplement la viande quand votre repas préféré est la salade de museau en entrée, suivi d’une côte de bœuf, et que vous reprendriez bien un peu de veau en dessert. Comme mentionné plus haut, ce n’est pas forcément facile de changer radicalement du jour au lendemain.

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N’est-il pas suffisant de manger une viande bio achetée chez le boucher ?

Non ! Sauf si vous ne considérez que l’aspect santé de votre alimentation. (et encore)

La viande bio n’est qu’à peine meilleure que la viande industrielle, et si les conditions de vie des bêtes sont légèrement meilleures, c’est surtout pour une question de qualité de la viande, et pas pour le bien-être des bêtes. La question de l’exploitation animale se pose toujours. De plus, les conditions d’abattage sont les mêmes pour toutes les bêtes ! Il n’existe pas d’abattoir « bio » où on prendrait vraiment le temps d’endormir les animaux avant de les tuer. Et même si la « gentille momort bio » existait : le fait est que ces animaux sont toujours morts pour notre simple et éphémère plaisir gustatif.

Par contre, dans le cadre d’une réduction de consommation, il est plus judicieux en effet de rechercher les labels qui tentent d’offrir une meilleur vie aux animaux avant qu’ils soient tués, ainsi que des œufs issus de l’agriculture biologique (repérable par le chiffre 0 sur leur coquille), plutôt que d’alimenter encore plus l’industrie effrénée de la quantité.

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Être végétarien·ne sans avoir de carences, c’est possible ?

Que oui ! Il est totalement faux de croire que les vitamines, protéines, et nutriments dont nous avons besoin, se trouvent uniquement dans les produits animaux. La croyance la plus erronée est sûrement celle qui voudrait qu’un végéta*ien soit condamné à être carencé en protéines.

Il est absolument impossible d’être en carence de protéines en Occident, quand on mange à notre faim. Les protéines se retrouvent absolument partout, et certains végétaux en contiennent même plus que la viande ou le poisson ! C’est le cas par exemple du soja ou des pois chiches. La carence de protéines est un mythe qu’il ne faut plus opposer comme argument contre le végétarisme. (d’ailleurs il n’y a aucun argument contre le végétarisme. Et toc.)

Il faut également savoir que nombre d’omnivores sont eux aussi carencés, en fer, en vitamine C ou D, par exemple, sans forcément en être conscient, et qu’une carence dans un bilan sanguin ne peut absolument pas être imputée à un régime végéta*ien pourvu qu’il soit varié et équilibré. Ce qui devrait être le cas de tous les régimes ! Manger « de tout » (comprendre « des légumes mais aussi de la viande parce qu’il faut manger de tout« ) ne veut pas dire manger sain ni équilibré.

La seule carence vraiment spécifique aux végétaLiens est celle en vitamine B12. A l’origine, la B12 se trouve dans la terre. Elle est produite par une bactérie qu’on retrouve dans le sol, et le meilleur moyen d’absorber cette vitamine était de manger des légumes près du sol, sans les laver trop, ni les éplucher. Aujourd’hui, le sol s’est tellement appauvri que cet apport n’est plus garanti et avec tous les pesticides il n’est pas recommandé de ne pas laver ses légumes s’ils ne sont pas bio, avant de les manger.

La B12 ne vient pas de la viande. Les bêtes sont supplémentées en B12 pour que la vitamine passe dans leur système et se retrouve dans les steaks et autres côtes de porc. L’argument « mais si tu dois te supplémenter ça veut dire que c’est pas un régime adapté à l’être humain » ne tient alors plus debout : les consommateurs de viande aussi, sont supplémentés en B12, seulement ils ne le savent pas puisque ça se fait dans leur dos.

La carence en B12 n’en reste pas moins dangereuse : elle a peu de symptômes quotidiens reconnaissables, mais peut avoir des conséquences très graves.

Finalement, comme pour tout type d’alimentation, la clé pour être en santé lorsqu’on est végéta*ien, c’est de manger équilibré. Quand j’étais ado, je pensais que ça voulait dire « viande + féculent + légume (ahah lol nope en option) » midi et soir. En réalité on néglige bien trop souvent l’utilisation des légumineuses et des oléagineux par exemple, qui sont riches en nutriments. Par exemple, les lentilles sont pleines de fer, et les amandes de calcium. Une alimentation variée et équilibrée inclut donc des légumes, des fruits, des légumineuses, des céréales, des oléagineux… et du plaisir, aussi, parce qu’une bonne alimentation inclut de savoir reconnaître nos sensations de faim et de satiété, et d’éduquer nos goûts. Une fois débarrassés des mauvaises habitudes (junk food, bonbons, aliments gras et transformés), on peut laisser parler nos envies, qui en général suivent les besoins du corps.

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Est-ce qu’être végétarien·ne fait maigrir ?

Pas forcément. Personnellement, j’ai pris du poids depuis que je suis végétarienne. Cela dit, je partais avec un déficit à combler, ayant eu des TCA par le passé. J’ai maintenant un poids stable et dans la moyenne basse. Je ne pense pas qu’être végétarien.ne soit le seul critère qui entre en compte lorsqu’on parle de prise ou de perte de poids, bien au contraire. On peut être végétarien et très mal manger : les chips et les frites, c’est végé ! Si on ne mange que ça, on ne risque pas de mincir. Pas mal de végétariens tombent dans un écueil facile dans les premiers mois de leur transition, à savoir remplacer la viande par encore plus de fromage \o/ et de crème fraîche ! Youplaboum ! Dans ces cas-là, il est plus probable qu’on prenne du poids que l’inverse, évidemment.

Le végéta*isme n’est pas un régime minceur.

Et si j’en crois toutes les recommandations qui m’ont l’air le mieux fondées, seule une alimentation variée et équilibrée, associée à une bonne hygiène de vie, sont efficace pour perdre du poids.

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Quels effets sur la santé peut-on remarquer après un passage au végéta*isme ?

Je ne peux ici parler qu’en mon nom, donc ce sera bref. Depuis que je suis végé stricte, je n’ai plus de problèmes digestifs : je n’ai plus mal au ventre de manière impromptue après les repas, et je n’ai plus de problèmes de transit. (je vous épargne les détails ♥) Et voilà, c’est tout. Je suis également beaucoup moins malade, et ça s’améliorera avec ma diminution de produits laitiers, je n’en doute pas. Je connais des végétaLien.ne.s qui ont remarqué que l’état de leur peau (acné, rougeurs, sécheresses) s’était grandement amélioré après avoir supprimé les produits laitiers, ainsi que l’état de leurs cheveux.

J’ai l’impression aussi d’être plus légère, et plus enthousiaste, mais ça c’est sûrement dans ma tête.

En gros il ne faut pas s’attendre à des miracles, devenir végéta*ien ne rend pas plus beau, plus fort, moins chiant ou moins con. Ca rend juste végéta*ien.

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Quelques définitions

J’ai déjà parlé de la différence entre un.e végétaRien.ne, un.e végétaLien.ne et un.e végane. Cependant quelques notions abordées dans ce billet ne sont pas forcément évidentes pour qui ne s’intéresse pas au sujet, et méritent d’être expliquées.

 

L’exploitation animale

C’est le fait de considérer qu’un animal est là pour être utile à l’homme, et donc de s’en servir allégrement. L’exploitation animale revêt beaucoup de formes, la plus connue est l’élevage de bétail pour se nourrir. On peut cependant exploiter les animaux dans les domaines suivants :

  • Le textile : cuirs bien sûr, vers à soie et laines diverses (mouton, alpaga…)
  • Le divertissement : les cirques animaliers aux conditions de vie désastreuses, les zoos, les aquariums type Marineland…
  • La science : tous les médicaments et beaucoup de produits cosmétiques sont testés sur les animaux, et beaucoup d’expériences scientifiques sont réalisées sur des cobayes animaux. Le documentaire Earthlings montre des vidéos des laboratoires, c’est absolument atroce.

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L’antispécisme

Le spécisme est l’idée selon laquelle l’espèce humaine est supérieure aux autres espèces animales, et qu’il est donc normal et moral d’exploiter les animaux non-humains.

L’antispécisme est donc l’exact opposé : l’idée que tous les animaux, humains et non-humains, sont sur un pied d’égalité et que la vie et le bien-être de l’un ne doit pas prendre le dessus sur l’existence de l’autre. Un.e antispéciste peut par exemple considérer qu’avoir un animal de compagnie est contraire à ses convictions, sauf s’il a été recueilli (et non acheté) et s’il est considéré comme un être individuel, sans idée de « possession » et de « domination ».

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Omnivore, carnivore ?

Non, le contraire d’un végétarien n’est pas un carnivore.

A la base, l’être humain est omnivore, dit-on. Ca veut dire qu’il a la capacité de manger de tout.

Vous qualifier de « carnivore », c’est considérer que vous avez le même régime alimentaire et le même métabolisme que le lion ou le tigre. Donc que vous mangez de la viande crue matin midi et soir, à même l’os de la bête que vous avez tuée, et que ça ne vous pose pas de problème. Essayez un peu pour voir.

Le contraire d’un végétarien serait plutôt un « carniste ».

Qu’est-ce que le carnisme ?

Le carnisme (néologisme inventé par Melanie Joy dans son livre Why we love dogs, eat pigs and wear cows) est l’idée selon laquelle il est normal et éthique de tuer certains animaux pour les manger. Cette idée s’inscrit dans une logique spéciste (voir plus haut) et veut ainsi dire qu’un carniste trouvera normal d’avoir dans son assiette, occasionnellement quotidiennement, de la viande ou du poisson.

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Le welfarisme

Encore un mot barbare.

C’est l’idée que les conditions d’abattage et de vie des animaux d’élevage sont actuellement inacceptables et qu’il faut tout faire pour obtenir leur amélioration à court terme. On peut être welfariste sans être végétarien : on peut reconnaître que les mises à mort dans les abattoirs sont horribles et qu’il faut changer ça, sans pour autant penser qu’il faut cesser de tuer des animaux pour les manger. Le welfarisme a pour objectif le bien-être animal à court terme et dans les limites du cadre déjà en place, et ne cherche pas forcément à abolir le système carniste mis en place.

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Comment faire pour vivre ensemble ?

Je vois souvent les carnistes omnivores reprocher aux végéta*iens d’être des extrémistes intolérants, culpabilisateurs et moralisateurs. Ces végéta*iens-là existent, évidemment, tout comme les carnistes extrémistes intolérants, culpabilisateurs et moralisateurs, finalement. Tout.e végéta*ien.ne pourra vous raconter l’histoire d’un oncle chiant qui a passé tout le repas de famille à se marrer sur sa tranche de lard et à agiter du gras de viande sous son nez, sans parler des parents véganes à qui on a retiré la garde de leurs enfants sans autre motifs que leur véganisme. Il semblerait qu’il soit plutôt difficiles pour végés et omnis de cohabiter en paix.

J’essaye de me mettre à la place de chacun. En tant qu’ancienne omni, qui ai un temps considéré que « tout ça, c’est des conneries » (sic) (oui je sais, c’est pas glorieux), je comprends bien qu’il soit difficile de manger tranquillement son steak tout en discutant avec un.e végétarien.ne qui a l’air, par la seule absence de viande dans son assiette, vous rappelle qu’il réprouve ce que vous faites. Et en tant que nouvelle végé, je suis parfois fatiguée de devoir justifier mes choix alimentaires à longueur de temps, à des gens qui s’improvisent soudain nutritionnistes pour me prédire des carences. Et si j’ai choisi ce mode de vie, c’est que j’estime qu’il est le meilleur, ou du moins le plus en adéquation avec mon système de valeurs. J’aimerais bien que tout le monde devienne végétarien, je suis contente quand des gens de mon entourage s’intéressent au sujet ou réduisent leur consommation de viande.

Et si je n’approuverai jamais une attitude agressive ou violente, je comprends que certain.e.s végétarien.ne.s en aient assez d’être sympa avec les omnis, si la majorité de ceux qu’ils croisent au quotidien sont de mauvaise foi et jouent du sarcasme et de la moquerie comme j’use de l’huile d’olive.

En tête à tête avec son assiette

Ma carte pour rester zen, c’est de ne me préoccuper que de moi. Je ne suis pas végétarienne pour que le monde m’applaudisse et suive mon chemin – même si je suis contente d’inspirer mes proches avec mes valeurs que je trouve particulièrement jolies. Je suis végétarienne parce que ça me convient. (cependant, le point de vue qui consiste à dire « Chacun fait ce qu’il veut avec ses cheveux » me gêne de plus en plus, à mesure que je prends conscience que dans l’équation, on ne demande jamais l’avis aux animaux qu’on massacre : font-il ce qu’ils veulent, eux ?) J’attends des gens qui m’entourent la même bienveillance que celle que je suis prête à leur donner.

Pour vivre en paix avec les omnis, j’attends d’eux qu’ils s’avouent que leur consommation de viande est un luxe qui a un prix – et pas forcément celui qu’eux payent à la caisse – et qu’ils pourraient s’en passer, dans l’absolu. Je préfère entendre que c’est trop difficile de faire l’effort. C’est plus honnête que le sempiternel « mais on peut pas vivre sans regarde le lion qui tue la gazelle » J’attends qu’ils ne me trollent pas avec leur viande, ne se moquent pas de mon engagement, et qu’ils ne réclament pas de chair animale quand je cuisine pour eux. En échange, je ne leur parle de mon régime que s’ils sont sincèrement intéressés, je ne leur fais pas la morale, puisque je pense que je n’ai pas le pouvoir de changer les gens et que je ne peux rien leur imposer. Et je suis toujours ravie de proposer des recettes pour donner des idées quand je suis invitée, voire même de cuisiner pour tout le monde. Je m’occupe de mes oignons, et eux des leurs. Et ça marche plutôt bien.

Au-delà de la question du végétarisme et de l’éternel « qu’est-ce qu’on mange ? », vous devez savoir si vous me suivez un peu que je suis non-violente de manière universelle et que la bienveillance a une place très importante dans mon fonctionnement. Je n’ai pas envie de heurter les gens, ni d’être heurtés par eux. Quand j’entre en relation avec quelqu’un, nous nous adaptons l’un.e à l’autre le temps nécessaire pour que tout le monde se sente bien. Je ne m’embête pas avec les relations qui me sont toxiques, et ce sur tous les plans. Je pense que si on essaye tous de placer le bien-être universel au centre de nos préoccupations, vivre ensemble entre omnis et végétariens deviendra vite plus facile. (et il y aura bien plus de végétariens, aussi, logiquement)

*

J’entame dans le billet suivant un autre axe qui va me demander énormément de temps et de place. Pour que tout reste digeste (à peu près…) et que tout soit mieux rangé, j’aborderai les questions « pratiques » liées au végétarisme.

Au prochain épisode :

  • Est-ce que c’est facile ?
  • A-t-on le sentiment de « se priver » ?
  • Cela revient-il plus cher ?
  • Cuisiner prend-il plus de temps ?
  • Comment faire en société ?
  • Et d’autres aspects…

Mais comme d’autres ont déjà écrit moultes choses sur la question, je me permets de vous laisser ici tout plein de liens vers des articles en ligne ou des livres très sympas que je vous invite fortement à consulter si le végéta*isme vous intéresse.

  • Comment devenir végétarien, par Myroie du blog Egalitariste : elle donne certaines pistes pour commencer
  • Le guide du végétarien débutant, édité par l’Association Végétarienne Française : une brochure très complète qui répond à la plupart des interrogations des débutants
  • L’antispécisme pour les nuls, par L’elfe du blog Les Questions Composent : cet article explique très bien pourquoi les antispécistes (dont je fais partie) peuvent s’énerver quand on leur oppose l’argument « chacun fait ce qu’il veut », entre autres choses admirablement écrites
  • Earthlings (Terriens), un documentaire indispensable, poignant mais atroce, sur l’exploitation animale. (en version française ici)
  • Le discours le plus important de votre vie, de Gary Yourofski (en VO sous-titrée) : véganisme, antispécisme, morale et éthique sont les thèmes abordés par Gary dans un discours effectivement très très très important.
  • No Steak, par Aymeric Caron est mon livre chouchou, un véritable argumentaire simple et clair. En sept chapitres, l’auteur explique pourquoi la consommation de viande est amenée à disparaître. Je regrette immensément de ne pas l’avoir eu avec moi pour rédiger cet article, c’est une véritable petite bible.
  • Lait, mensonges et propagande, par Thierry Souccar : pour tout savoir sur ce qui se cache derrière l’industrie laitière
  • Faut-il manger les animaux ?, par Jonathan Safran Foer, un très bon livre pour commencer à se sensibiliser à la question de l’éthique animale. Safran Foer y aborde tous les sujets avec beaucoup de délicatesse et d’humanité.
  • Pas lus ou vus mais ils m’ont été recommandés : L’Enquête Campbell sur la consommation de produits animaux et son impact sur notre santé, 180 jours, par Isabelle Sorente (180 jours est la durée de vie d’un porc de sa naissance à l’abattage) et Melanie Joy qui présente le carnisme en une vidéo.

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Pour parler bouffe, potes et budget serré, c’est par ici !

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5 Réponses

  1. Caro

    Un régal cet article! A lire, relire et re-relire!
    Tout me semble si juste et limpide… Je n’ai plus qu’à m’y mettre et surtout à lire à suite de cet article… Car pour moi, les croyances et la volonté sont là! Le plus dur reste de modifier 35 ans d’une façon de s’alimenter et donc de tout réapprendre…
    Mais je vais y arriver!
    Merci encore pour ce bel article!

  2. Pingback : Je suis une entre-deux qui aime sa planète. | PimPamBlog

  3. Mélaine

    Merci pour cet article, j’ai arrêté la viande depuis 1 an, je mange encore des oeufs (élevé à la ferme chez des voisins à la campagne donc 100% bio), et encore un peu de poissons (ma nutritionniste est une anti-vegan…).
    Mais petit à petit je ressens un profond dégoût en mangeant du poisson, je le digère mal (je pense que c’est un peu psychologique aussi car avant ça allait). Néanmoins j’ai du mal à aller vers une alimentation vegan. A chaque fois que je vais au restaurant avec des amis, il n’y a pas toujours d’alternative vegan, végétarienne oui, mais pas vegan. Du coup je me demande d’un point de vue sociable si ça n’a pas affecté tes relations avec tes amis, ta famille ?
    Les miens se sont habitués à ce que je ne mange plus de viande, ils me font du poisson, des légumes, des quiches, des gâteaux mais ils utilisent tous des oeufs, du beurre, du lait dans les recettes. C’est compliqué de forcer les gens qui nous entourent à apprendre à cuisiner autrement juste pour nous. Autant mes parents sont prêts à faire cet effort pour moi, mais mes amis c’est difficile.
    De mon côté j’ai toujours aimé cuisiner donc ça me poserait pas de problème chez moi de manger vegan, mais dès qu’on sort de chez soi c’est pas toujours simple. En Australie, il y a toujours une alternative vegan dans les resto mais en France ça tarde énormément à venir.
    Je voulais donc savoir comment tu fais dès que tu es en dehors de chez toi, en voyage, chez des amis ?
    Merci :))) et super blog !!!

    1. Merci à toi Mélaine pour ton commentaire !
      Pour manger végane à l’extérieur, il existe plusieurs outils afin de repérer les restaurants/snacks végane-friendly à l’avance, comme la carte Vegan Mafia, la carte VG-Zone, ou encore celle Vegoresto. Il existe de plus en plus de restaurants qui proposent des alternatives véganes, ça commence vraiment à se démocratiser en France aussi ☺ Sinon, oui forcément ça a influencé mes relations, surtout avec ma famille qui n’est pas du tout végétarienne ni intéressée par tout ça, mais je fais des compromis. (bon en ce moment je ne mange plus végétalien strict, donc ça me facilite grandement la tâche) Je propose toujours de faire la cuisine, de ramener mes recettes, et quand je mangeais végétalien strict, en famille je ne me formalisais pas s’il y avait de l’oeuf ou du fromage/crème dans un plat. Je n’aime pas faire des remous ! Mais c’est ma façon de fonctionner :)
      Par contre moi c’est avec mes amis que j’ai été intransigeante : par exemple je n’aime pas qu’on mange de la viande chez moi donc si on commande à manger, je vais râler s’il y a des gros burgers saignants dans mon appartement. Après j’ai beaucoup de chance aussi, la plupart de mes ami-es sont à minima végétarien-nes :) et les autres font avec ! non mais ;)
      bises !

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